Résumé :
Le polar est, par définition, un genre littéraire qui reflète les tiraillements agitant la société dans laquelle il s'incarne. Tous les jours ou presque, une suite ininterrompue d'évènements force notre monde à se remettre en question, parfois brutalement. C'est précisément ce choc de la réalité la plus quotidienne, souvent ordinaire, qui constitue la trame de fond de tous les polars, d'où qu'ils viennent et de quelque type qu'ils soient. Polar & Société propose de lire ou relire 36 polars provenant d'un peu partout, dont des ouvrages québécois signés par Chrystine Brouillet, Jean Lemieux, Patrick Sénécal, Jacques Savoie et plusieurs autres.
Commentaires :
« Chroniques d’un monde qui s’écroule » regroupe 36 critiques littéraires publiées par Michel Bélair dans le magazine en ligne En Retrait, sous la rubrique Polar & Société, entre 2021 et 2024. Des chroniques qui, comme le précise le sous-titre, « remettent en question nos certitudes ».
Comme l’explique son auteur en introduction, les ouvrages retenus sont des polars « écrits originellement en français ou traduits d’une autre langue, par des éditeurs européens et québécois ». Des récits qui « illustrent à leur façon la théorie du chaos... qui semble désormais prendre un sens de plus en plus concret un peu partout à travers le monde » :
« Tous ces récits témoignent des conflits et des enjeux majeurs secouant le monde déjanté dans lequel nous vivons désormais puisque le polar est, par définition, un genre littéraire qui reflète les tiraillements agitant la société dans laquelle il s’incarne. »
Le chroniqueur rappelle également l’« étourdissante diversité » de cette littérature de genre et les sources d’inspiration quasi inépuisables des auteur,e,s :
« il y a des polars drôles et des polars tristes, des polars historiques, psychanalytiques ou philosophiques, des polars ‘’ sociaux ‘’, politiques, ou même complotistes et il y a aussi des polars ‘’ polars ‘’, mafieux, violents, tout comme des polars à l'eau de rose et d'autres résolument sanglants, ‘’ gores ‘’ -, le polar naît et se nourrit des tensions et des inégalités du monde. »
Les 36 chroniques sont réparties en trois blocs aux dénominations particulièrement évocatrices :
· « Le monde à l’envers »
· « Des repères de plus en plus flous »
· « Violences ordinaires et autres »
Chacune d’entre elles est précédée d’un titre qui résume en quelques mots la thématique du roman commenté : « L’apocalypse en temps réel ou presque », « L’insoutenable lourdeur de l’être », « Retrouvailles en enfer »...
Michel Bélair commence généralement par situer le contexte sociétal, politique ou culturel dans lequel s’inscrit le récit. Il propose ensuite un résumé assez détaillé de l’intrigue, présente les principaux personnages et analyse les enjeux soulevés par le roman. Le tout est ponctué de cette formule, ou de l’une de ses variantes : « on ne vous en dira pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir le pot aux roses ».
Des commentaires sur la qualité de l’écriture, et de la traduction lorsqu’il s’agit d’un roman étranger, complètent chacune des chroniques, accompagnés des références bibliographiques et de la date de publication initiale dans En Retrait.
Ce qui m’a particulièrement intéressé dans ce recueil, c’est la manière dont Michel Bélair dépasse la simple critique littéraire pour replacer chaque polar dans le monde qui l’a vu naître. Guerre, montée des populismes, dérèglements climatiques, immigration, radicalisation, inégalités sociales, corruption, crise des institutions, violence, manipulation de l’information : derrière les enquêtes, les meurtres et les intrigues, c’est notre époque que le chroniqueur nous invite à regarder.
Ces « Chroniques d’un monde qui s’écroule » démontrent que le polar n’est pas qu’une littérature de divertissement. Il constitue également un formidable observatoire de nos sociétés, de leurs contradictions, de leurs dérives et de leurs inquiétudes.
Les 36 romans retenus offrent d’ailleurs un remarquable panorama de la production policière contemporaine, québécoise, française et internationale. Plusieurs auteurs que je connaissais déjà côtoient ici des écrivains que je n’ai pas encore lus. Et, comme tout bon recueil de critiques devrait le faire, certaines chroniques auront probablement pour vous un effet très concret d’ajouter quelques titres à votre pile de lecture.
Avec « Chroniques d’un monde qui s’écroule », Michel Bélair propose donc beaucoup plus qu’une compilation de textes publiés au fil des années. Il offre une cartographie personnelle d’un polar contemporain qui observe, questionne et parfois dénonce le monde dans lequel nous vivons.
Pour les amateurs de polars qui aiment comprendre ce qui se cache derrière les crimes et les enquêtes, mais aussi pour celles et ceux qui sont toujours à la recherche de leur prochaine lecture, ce recueil constitue une excellente porte d’entrée vers 36 univers littéraires différents.