Introduction
Sur la couverture, un loup. Solitaire, attentif, presque immobile. Il ne menace pas : il veille. Ce loup, choisi par Le Goudron et la Plume pour orner Poéméride, résume à lui seul l’esprit du livre : une poésie de guet, d’instinct et de passage. Le titre, né de la fusion entre poème et éphéméride, évoque un calendrier intime où chaque jour devient un fragment de langage. Ce recueil ne raconte pas, il capte. Il ne décrit pas, il écoute. Poéméride est une traversée du temps par la parole, une tentative de retenir l’instant avant qu’il ne s’efface, comme une empreinte dans la neige.
I. Le temps apprivoisé par la parole
Le cœur de Poéméride bat au rythme du temps. Chaque poème semble naître d’un jour, d’une lumière, d’un souffle. L’écriture devient un geste d’attention, une manière de tenir tête à la fuite. Le poète ne cherche pas à arrêter le temps, mais à l’habiter, à le comprendre de l’intérieur. Le recueil se lit comme un journal sans dates, où les émotions remplacent les chiffres. Le temps y est vivant, mouvant, respirant. Il n’est plus une ligne, mais une matière que la langue façonne, un espace où le poème devient trace et mémoire.
II. Le fragment : une esthétique du manque
Poéméride s’écrit dans la discontinuité. Les poèmes, souvent courts, laissent des blancs, des silences, des respirations. Cette fragmentation n’est pas un hasard : elle traduit la difficulté de dire le monde dans sa totalité. Le Goudron et la Plume cultive cette écriture du heurt, où la beauté naît de la faille. Le lecteur est invité à recomposer le sens, à circuler entre les éclats, à accepter l’inachevé. Dans ces interstices, la poésie trouve sa vérité : elle ne prétend pas tout dire, mais elle dit juste. Le fragment devient un acte de sincérité, une manière de préserver la fragilité du réel.
III. Le loup : symbole de veille et d’instinct
Le loup en couverture n’est pas un simple motif graphique : il est le double du poète. Animal du seuil, entre la meute et la solitude, il incarne la posture de celui qui écrit. Comme le loup, le poète de Poéméride avance dans la nuit, guidé par l’instinct, attentif aux bruissements du monde. Le loup est veilleur, guetteur, passeur. Il hurle non pour effrayer, mais pour répondre à l’écho du silence. Ce cri, c’est celui du poème : fragile, nécessaire, tendu vers l’autre. Le loup devient ainsi le symbole d’une parole libre, indomptée, qui refuse la domestication du sens.
IV. Une poésie du quotidien et de la résistance
Sous sa forme fragmentaire, Poéméride porte une vision du monde profondément humaniste. Chaque poème, même minuscule, célèbre la présence : un geste, une lumière, un souffle. La poésie devient un acte de résistance contre la vitesse et l’oubli. Elle redonne du poids à ce qui passe inaperçu, du sens à ce qui s’efface. Dans un monde saturé de bruits, Poéméride choisit le murmure. Dans un monde d’instantanéité, il choisit la lenteur. Cette posture, à la fois esthétique et éthique, fait du recueil un manifeste discret : celui d’une poésie qui ne cherche pas à séduire, mais à durer.
Conclusion
Poéméride est un livre de veille et de silence, un carnet d’instants suspendus. En mêlant la rigueur du fragment à la tendresse du regard, Le Goudron et la Plume signe une œuvre rare, à la fois fragile et tenace. Le loup de la couverture, gardien du seuil et compagnon de solitude, en devient l’emblème : celui d’une poésie qui avance dans la nuit, fidèle à son instinct, à la recherche d’une parole juste. Poéméride ne se lit pas : il se respire, comme un souffle qui relie le jour à la nuit, le poème au monde.