Bibliothèque

Roche papier ciseaux

De France Lorrain

Chroniqué par Michel Roberge
PARTAGER

« Roche papier ciseaux » : quand l’école primaire devient le théâtre d’un meurtre.

 

Après avoir publié principalement des romans jeunesse et historiques, France Lorrain fait une première incursion dans le monde du polar avec « Roche papier ciseaux ». Et pour cette première expérience du genre, elle choisit un environnement pour le moins original : celui d’une école primaire.

 

Une enquête policière dans un univers peu exploité

 

Avec « Roche papier ciseaux », titre qui fait référence au jeu des trois coups inventé en Chine, France Lorrain nous propose un polar d’enquête plutôt traditionnel. Deux enquêteurs qui se retrouvent rapidement devant une liste de suspects qui ne cesse de s’allonger : collègues de travail, parents d’élèves et autres personnes ayant eu maille à partir avec la victime, « madame Linda », qui était loin de faire l’unanimité.

 

Et c’est probablement l’un des éléments qui m’a le plus intéressé dans ce roman. Alors que plusieurs personnages auraient pu avoir une raison de souhaiter sa disparition, il devient difficile de déterminer lequel aurait pu passer de la rancœur au meurtre.

 

L’auteure prend d’ailleurs bien soin de multiplier les pistes, les motivations et les possibilités. Jusqu’aux derniers chapitres, je me suis demandé qui pouvait bien être responsable de l’assassinat. Même lorsque certaines hypothèses semblent plus plausibles que d’autres, le doute demeure.

 

Et c’est ce qui m’a incité à poursuivre ma lecture malgré certaines longueurs.

 

Une école primaire vue de l’intérieur

 

L’un des principaux intérêts de « Roche papier ciseaux » réside dans la connaissance très concrète du milieu scolaire que possède France Lorrain.

 

Après une longue carrière dans l’enseignement, celle-ci puise largement dans son expérience pour décrire le fonctionnement d’une école primaire, les rapports entre enseignants, la direction, les parents et les élèves, mais aussi les nombreuses tensions qui peuvent se développer dans un milieu où plusieurs intervenants doivent quotidiennement travailler ensemble. Elle a certainement puisé dans ses années d’enseignement et dans les expériences racontées par ses collègues pour construire cet univers. Et cela se sent tout au long de la trentaine de chapitres.

 

L’école n’est pas simplement un décor permettant de situer l’action. Elle devient presque un personnage du roman. On découvre ses règles de fonctionnement, les réunions, les relations entre les différents membres du personnel, les rapports avec les parents et les responsabilités qui incombent à la direction. Cette connaissance du milieu donne beaucoup de crédibilité au récit.

 

Des personnages bien campés

 

France Lorrain réussit également à créer une galerie de personnages suffisamment différents les uns des autres pour maintenir l’intérêt. Certains sont attachants, d’autres beaucoup moins, mais chacun possède ses secrets, ses propres motivations, ses frustrations et ses relations avec la victime. L’auteure n’hésite pas non plus à aborder la réalité de la violence conjugale, ajoutant ainsi une autre dimension sociale à son récit.

 

Les deux enquêteurs occupent évidemment une place importante dans le récit. Leur démarche est rigoureuse et méthodique. Ils avancent progressivement dans leur enquête, recueillent les témoignages, vérifient les différentes hypothèses et tentent de départager les faits des impressions.

 

Rien de spectaculaire ou de particulièrement innovateur dans cette démarche, mais une enquête qui se construit de façon cohérente et qui permet au lecteur de suivre leur raisonnement.

 

Un premier polar qui aurait gagné à être plus court

 

Pour raconter cette histoire, l’auteure utilise efficacement l’analepse en décrivant progressivement les événements antérieurs et postérieurs au crime avec un certain suspense pour maintenir l’intérêt.

 

Par contre, j’ai trouvé que « Roche papier ciseaux » aurait gagné à être resserré. Avec un peu plus de 400 pages, le roman comporte certaines longueurs et plusieurs passages qui, à mon avis, auraient pu être éliminés ou raccourcis sans nuire à l’intrigue. Une cinquantaine de pages de moins aurait probablement donné davantage de rythme à l’ensemble.

 

Cela dit, le principal objectif d’un polar d’enquête est de donner envie de savoir qui a commis le crime. Et sur ce plan, France Lorrain atteint son objectif.

 

Je me suis demandé à plusieurs reprises si j’avais finalement identifié le coupable. Chaque fois, une nouvelle possibilité venait remettre mes certitudes en question et il faudra attendre les tout derniers chapitres pour connaître la personne responsable du meurtre.

 

Une première incursion réussie dans le polar

 

« Roche papier ciseaux » n’est peut-être pas, dans sa structure dramatique, le polar le plus original que j’ai lu, et l’écriture, bien que solide et agréable, ne m’a pas particulièrement impressionné. Mais France Lorrain possède manifestement une bonne connaissance des mécanismes du roman d’enquête et elle sait maintenir suffisamment de mystère pour inciter le lecteur à poursuivre sa lecture. Surtout, elle exploite avec beaucoup d’efficacité un milieu qu’elle connaît de l’intérieur.

 

Une première incursion dans le roman policier qui donne envie de voir ce que cette nouvelle polariste pourrait nous proposer si elle décide de poursuivre dans cette voie.


Publié le 21/09/2026