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Une enquête grandeur naure

De Mikaël Archambault

Chroniqué par Michel Roberge
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Je connaissais le concept, mais pas vraiment l’expression « grandeur nature » pour désigner ces jeux de rôle qui mettent en scène des aventures thématiques auxquelles participent des personnes costumées, incarnant physiquement et psychologiquement des personnages fictifs. Les scénarios varient selon les univers et les choix des joueurs.

L’un des événements les plus connus au Québec est l’univers médiéval fantastique du Duché de Bicolline, dont le vaste site constitué de nombreuses constructions permanentes, est situé à Saint-Mathieu-du-Parc, près de Shawinigan.

 

C’est dans ce décor fantaisiste que Mikaël Archambault nous entraîne avec un « roman policier » sans policier, mais avec une enquête sur la disparition d’une personne – Charles, alias « Leprecharles » –, des indices, des suspects et la résolution d’une énigme. Un polar qui sort des sentiers battus et qui m’a offert une lecture rafraîchissante, ponctuée de plusieurs sourires entre la lecture de deux séries de romans noirs.

 

Lorsqu’on connaît Mikaël Archambault pour ses thrillers policiers plus classiques dans le milieu du sport ou avec Anna Blanc, son enquêtrice hors normes, on peut être surpris de découvrir « Une enquête grandeur nature ».

 

Ici, l’auteur met à profit ses talents de conteur, d’humoriste et de scénariste pour nous faire suivre Cathy Murphy, alias « Dame Elfe », son personnage principal et narratrice. Affublée d’oreilles pointues en caoutchouc, elle évolue dans un univers à 99,9 % masculin où, pendant la fin de semaine que dure l’action, on se soûle la gueule à qui mieux mieux. Cathy, affligée d’une malchance chronique qui transforme en catastrophe presque tout ce qu’elle entreprend, se retrouve dans des situations rocambolesques où l’absurde occupe une place de choix. Son créateur semble déterminé à lui faire subir presque toutes les « badeloques » imaginables.

 

En pages liminaires, une carte du village fictif de Brumeval, situé par l’auteur en Outaouais, nous permet de localiser les événements et les sites où se déroule l’action dans lesquels évoluent des Vikings, une sorcière, des chevaliers et de nombreux protagonistes hauts en couleur. Ces derniers se prennent au sérieux avec des noms les plus farfelus : Finneas et Panoremix du clan des Poivre et Celte ; Goldorök, Astemchök, Rupturedestök, Feuilledegyprök de la guilde des Thorrioeux qui vouent un culte au dieu Thor ; Ivan le Décapiteur et Pirlou le Poète qui s’affrontent au concours de bras de fer ; Grimwald, le revendeur de drogues ; le curé Père Sonne. Et d’autres personnages dont les dénominations nous rappellent des univers de BD ou de dessins animés. Le tout culmine avec un banquet qui n’aurait pas déplu à Goscinny.

 

J’y ai appris la différence entre le farfadet et le leprechaun :

 

« ... le farfadet arbore un bonnet conique, est issu du folklore breton et a un tempérament fêtard et espiègle, tandis que le leprechaun porte le haut-de-forme, appartient à la mythologie celtique et a une personnalité plus avare et maligne. »

 

Mikaël Archambault renoue avec la technique des titres de chapitres phrastiques – populaires au XIXe siècle – formulés comme de courtes phrases annonçant, avec humour, ce qui attend les personnages. Voici quelques exemples extraits de la table des matières :

 

  • « Où une damoiselle en détresse guette la venue d'un prince sur son destrier d'acier »
  • « Où l'on visite un cimetière en pleine nuit, même si tout le monde sait que ce n'est jamais une bonne idée »
  • « Où l'on constate que les détergents à lessive étaient beaucoup moins efficaces à l'époque médiévale »

 

J’ai noté au passage quelques exemples qui traduisent bien le style de l’auteur :

 

« Sa voix grave, digne des meilleurs chanteurs de death metal, souffle les feuilles des arbres et abaisse la température de plusieurs degrés. »

 

« Astemchök brandit son épée et pousse un hurlement primal en se frappant la poitrine avec son poing à la façon de Tarzan – ou d’un type qui a une bouchée coincée dans l’œsophage. »

 

« Je sais que j’ai autant de chance de le convaincre de changer d’avis que de déplacer les statues de l’île de Pâques à mains nues. »

 

Vous l’avez compris, ce qui caractérise « Une enquête grandeur nature », c’est d’abord un univers où l’enquête se déroule loin des policiers chevronnés et des procédures criminelles classiques. Nous suivons Cathy, qui ne sort jamais de chez elle sans ses boucles d’oreilles porte-bonheur en forme de pattes de lapin. Enquêtrice improvisée, elle tente de démêler les faits dans un monde où chacun doit composer avec les règles de son personnage, tout en cherchant à comprendre ce qui se passe réellement autour de lui.

 

Ce roman s’adresse autant aux amateurs d’enquêtes policières qui souhaitent sortir de leurs habitudes qu’aux lectrices et aux lecteurs en quête d’une lecture divertissante, décalée et franchement fantaisiste. Mikaël Archambault délaisse les codes du thriller classique pour jouer avec ceux du jeu de rôle, dans une intrigue où se côtoie l’absurde et l’humour. Une agréable surprise qui nous rappelle que le plaisir de lire passe aussi par la capacité de se laisser surprendre. Même dans l’univers des polars !


Publié le 18/10/2026