Elle, c'est Emmanuelle.

Vêtue de sa robe verte de témoin, qu'elle porte fièrement pour le mariage de sa meilleure amie.
J'ai réussi à la convaincre de poser seule ; elle m'offre un large sourire et des yeux encore pétillants des émotions de la matinée.
En tant que photographe de cet événement, il y avait beaucoup d'autres personnes à immortaliser, mais je ne pouvais détourner mon regard d'elle.
Ses beaux cheveux blonds ondulés, dans lesquels j'avais envie de passer mes doigts, étaient attachés en une coiffure élégante, sûrement réalisée dans un salon. Sa robe aux larges bretelles laissait apparaître sa peau blanche, qui me paraissait si douce. Ses grands yeux bleus m'ont immédiatement hypnotisé.
Il fallait à tout prix que je lui parle et fasse sa connaissance. En fin d'après-midi, j'ai pris mon courage à deux mains et ai prétexté vouloir son avis sur une photo du couple afin d'illustrer l'album de mariage que j'allais leur envoyer. Peu après, nous avons digressé sur des sujets d'abord très banals, puis plus personnels. Je sentais qu'une idylle était sur le point de naître.

Terrasse d'un café, la semaine suivante. La voici seule, en train de boire un verre. Je n'ai pas pu m'empêcher de la photographier au moment où elle sirotait son mojito. Je me souviens qu'il faisait très beau ce jour-là et qu'elle était très jolie dans sa robe à fleurs aux fines bretelles.
Elle avait attaché ses cheveux en une queue-de-cheval qui laissait ses épaules nues. Tout en prenant le cliché, je m'imaginais glisser mes mains sur sa peau avant de l'enlacer. Je la trouvais encore plus belle que lorsque je l'avais aperçue pour la première fois.
Ses yeux bleus étaient cachés derrière une paire de lunettes de soleil qui lui donnait un air mystérieux.

Sa maison, située dans un hameau, possède un jardin où elle aime prendre son petit-déjeuner lorsque le temps le permet. C'est le moment où je la trouve la plus authentique.
C'est exactement ce que représente ce cliché : sa beauté naturelle, sans artifices. Elle porte un t-shirt blanc sur lequel est inscrit « Sexy Girl » et un mini-short noir.
Elle approche son thé de ses lèvres rosées. Quelques tartines beurrées reposent à sa gauche, dans une assiette posée sur une petite table ronde blanche. Le parasol derrière elle n'est pas encore déplié ; à cette heure matinale, sa terrasse est encore à l'ombre.

Son regard est absent. Elle semble perdue dans ses pensées.
Sont-elles pour moi ?


Elle n'est pas du genre à passer toutes ses soirées en boîte de nuit mais, de temps à autre, elle aime retrouver une amie pour dîner, boire un verre et aller danser.
Elles échangent un sourire sincère. On ressent immédiatement la force de leur amitié.
Toutes deux portent des robes noires ajustées et leurs cheveux sont détachés. Son amie est également blonde mais, à mes yeux, elle ne lui arrive pas à la cheville.
Le verre de sa camarade, d'un rouge intense, est bien plus vide que le sien. Pour Emmanuelle, toujours la même boisson : le Mojito. On distingue beaucoup de personnes en arrière-plan, mais je ne vois qu'elle.


Elle est très sportive et cela se remarque immédiatement. On la voit partir pour son jogging.
J'ai réussi à la photographier au moment où elle entame sa foulée tout en mettant son deuxième écouteur à l'oreille gauche.
Ce matin-là, il faisait un peu froid. Elle porte un legging noir assez épais et un sweat à capuche bleu marine. Ses cheveux sont attachés en un chignon de fortune.
Même ainsi, je ne peux m'empêcher de la désirer.
En arrière-plan on distingue sa maison, le début de son garage sur la gauche et le nez de sa voiture. Tous les deux jours, elle sort courir le matin, avant d'aller au bureau.

D'ailleurs en parlant de son travail, je suis assez fière de cette photo où on la voit sur le point de franchir la porte principale de l'entreprise dans laquelle elle travaille. 
Ce jour-là, elle portait un tailleur noir et, sous sa veste, on distinguait le col d'une chemise blanche.
Elle est presque de dos mais tourne légèrement la tête, comme pour me laisser admirer son profil.
Cette fois, son chignon est impeccable, pas une seule mèche ne dépasse.
Je me souviens m'être dit que ses collègues avaient bien de la chance de pouvoir la voir chaque jour.


Les clichés de nuit sont compliqués à réaliser, surtout sans flash, mais j'avoue ne pas m'en être trop mal sorti avec celui-ci.
Elle s'apprête à quitter sa chambre pour rejoindre la salle de bain. Son doigt est sur le point d'appuyer sur l'interrupteur afin d'éteindre la lumière.
Elle porte un pyjama rose qui semble particulièrement confortable ; elle aime visiblement se sentir à l'aise pour dormir.
Ce n'était pas évident. À travers la fenêtre et les rideaux presque entièrement tirés, je ne disposais que d'un angle réduit.

Le moment de nous revoir approche.

Je trépigne d'impatience.


Le jour J. Enfin.

Celle-ci possède une valeur inestimable à mes yeux. Après tout, Emmanuelle est la première à avoir fait naître cette pulsion en moi.
Nous sommes dans sa chambre. J'ai allumé plusieurs bougies afin de créer une ambiance romantique.
Cette fois, pas de pyjama rose. Elle porte la nuisette noire en satin que j'ai apportée.
Elle est allongée sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Sa tête est tournée vers moi. Un bâillon blanc recouvre sa bouche et de grosses larmes coulent de ses yeux bleus.
Dans son regard se mêlent l'incompréhension, la peur et la supplication.

Il continue de me fasciner.

Voici la dernière photo de la série ; plus artistique, j'en conviens.
Ses yeux bleus se reflètent sur la lame du couteau que j'ai apporté.

Ce dernier regard, je le garderai à jamais en mémoire.

J'ai cherché à maintes reprises à recréer cette nuit et les trois jours mémorables qui ont suivi, mais les autres n'ont jamais été à sa hauteur.


Publié le 09/06/2026 / 1 lecture
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