Voilà déjà quelques jours que je suis de retour. Au fond de mon sac j’ai bien quelques cartes postales, non-envoyées car…non-écrites, bien entendu, comme à chacun de mes voyages.
Comme à chaque fois, je les ai achetées en pensant au destinataire et à ce que je pourrais écrire derrière. Pour la tienne j’ai même choisi une enveloppe car ce que j’ai à dire est tellement personnel que je n’aurais pas supporté que quiconque puisse me lire. Le timbre, je me suis dit qu’il le fallait beau, remarquable… L’idée qu’il soit en fin de course intégré à une collection m’a fait plaisir et puis, il y a toujours une suite, je suis retournée à la poste pour un timbre d’une banalité effarante, un que personne ne pourrait envisager de voler dans la boîte-à-lettre du hall de ton immeuble.
Que de tergiversations me diras-tu ! En rentrant à l’hôtel j’ai soigneusement collé le timbre de collection dans le rabat de l’enveloppe, le timbre moche à la place prévue pour cela sur l’enveloppe bordée de chevrons bleus et rouges (entre nous soit-dit on ne parle jamais des chevrons blancs).
Et j’ai vidé mon sac, pas pour te dire tout ce qui me passait à l’esprit, non, seulement dans l’espoir de retrouver mon stylo… Et mes poches, et la petite sacoche que je trimbale sous mon bras, coincée dans un repli du corps où aucun pickpocket ne se hasarderait. Et là, rien non plus quand je dis rien c’est qu’il n’y a plus rien, pas de passeport ni de permis de conduire, pas de photo de famille, pas d’image de toi. Rien !!!
Comme à chaque fois dans cette cruelle absence de moyens, j’ai imaginé ce que je devrais t’écrire, j’ai repris plusieurs fois l’ouvrage. Je suis passée des choses que l’on dit par manque d’imagination à celles que l’on invente d’en avoir trop. Mais le sujet, le vrai, le profond, l’inévitable, mon esprit à seulement glissé autour. Tu vois dans une mare le caillou que l’on jette, qui après ce bruit mouillé en éclaboussures disparait pour dessiner des cercles concentriques ? Et bien ma créativité épistolaire se dessine au dernier cercle, juste avant de disparaitre. Donc, le lendemain, je me suis rendue au consulat et au bureau de police pour déposer une plainte. Un traducteur à écrit à ma place et quand il m’a demandé de signer, j’ai volé le stylo. Une revanche sur l’adversité. C’est un outil banal, qui bave un peu, dont l’encre noire a un reflet violet pas désagréable…
Je suis devant la carte qui t’était destinée et je n’ai rien à dire que ces pauvres anecdotes de voyage, ces bavardages qui je l’espère te feront sourire. C’est promis, la prochaine fois, j’irai jusqu’au bout !