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Ce qu'il restait du ciel
Le carnet

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Le carnet

En rentrant chez moi, je posai mon sac près de la porte sans allumer le Réseau Sensoriel.

Ce geste était devenu presque naturel. Quelques semaines plus tôt, j'aurais choisi un paysage, une musique ou une promenade virtuelle avant même de retirer mes chaussures.

À présent, le silence me suffisait.

Je sortis le carnet dans lequel je notais mes pensées depuis ma rencontre avec Élise.

Au début, je n'y écrivais que des phrases. Des mots entendus. Des dates. Des citations relevées dans les archives.

Puis, sans m'en rendre compte, je m'étais mise à y écrire autre chose.

Des questions.

Je relus les premières pages.

« Que voulons-nous sauver ? »

Plus loin.

« Une solution répond-elle toujours au bon problème ? »

Encore quelques pages.

« Qui manque autour de la table lorsque les grandes décisions sont prises ? »

Je reposai le carnet sur mes genoux.

Je n'avais toujours aucune réponse.

Et pourtant, je ne regrettais pas de les avoir écrites.

Je compris alors que les questions avaient une étrange façon de travailler en silence.

Elles continuaient leur chemin bien après qu'on les avait refermées.

Je tournai une page restée blanche.

Pendant plusieurs minutes, mon stylo demeura immobile.

Puis j'écrivis lentement :

« À partir de quel moment une adaptation cesse-t-elle d'être provisoire pour devenir un nouveau mode de vie ? »

Je relus cette phrase.

Je pensai aux bulles agricoles.

Aux combinaisons.

Aux villes souterraines.

Aucune de ces inventions n'avait été conçue pour remplacer le monde.

Elles devaient lui permettre de traverser une crise.

Alors...

À quel moment la crise était-elle devenue notre quotidien ?

Je refermai doucement le carnet.

Une notification s'afficha sur le mur de mon appartement.

Temps d'exposition recommandé en surface demain : 18 minutes.

Je restai quelques instants à regarder ce chiffre.

Dix-huit minutes.

Toute une civilisation capable de nourrir des millions de personnes sous des dômes, de construire des villes entières sous terre et de maintenir une qualité de vie que beaucoup auraient autrefois enviée.

Et pourtant...

Sortir dehors était devenu une activité qui se mesurait en minutes.

Je ne ressentais ni colère.

Ni nostalgie.

Seulement une immense curiosité.

Je voulais comprendre.

Non pas ce qui avait été perdu.

Mais comment une succession de décisions prises pour protéger la vie avait pu transformer aussi profondément notre manière de vivre.

Je rangeai le carnet dans un tiroir.

Pour la première fois, je ne le considérai plus comme un simple cahier de notes.

Il devenait le témoin d'un voyage dont j'ignorais encore la destination.

Mais je savais désormais une chose.

Je n'écrivais plus seulement pour me souvenir.

J'écrivais pour ne pas cesser de me poser des questions.

Publié le 06/07/2026 / 12 lectures
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