[ ... ] nos corps décélèrent à mesure que la magie opère, nos visages se rapprochent et sur nos épaules se posent et s'accrochent.. tous deux l'on se tient et à espérer l'on en vient que ce morceau jamais n'ait de fin...
Las, slow cède à nouveau à du plus dansant, nos gestes se font alors hésitants, nos corps refusant un moment d'obéir et de l'autre se dessaisir.. durant ce lié moment, nous nous étions inconsciemment éloignés de la piste et de la foule, nul besoin de témoins et d'attention quand c'est à l'autre uniquement qu'on destine sa tendresse et dont on se fait compresse.. délicatement ma tête de ses cheveux je retire, un mot aux autres inaudible alors je lui susurre, elle le comprend sur l'instant, ses mains rembobine, relâchant ma chevelure, dans un soupir exaltant de désir, comme si on lui retirait le jouet qu'on venait de lui offrir, caresse mes épaules, s'attarde sur mes bras et cherche mes mains, ces mains qui elle le sait déjà lui appartiennent.. j'opère alors symétrique retraite, mes mains quittant la cambrure de ses reins où elles avaient élu domicile, s'attardant elles-aussi à mesure qu'elles explorent, pratique est le dos-nu pour le corps à corps, nul tissu ne venant atténuer la caresse donnée..
Un mot seul je lui avais dit, commun et universel : viens. Sa main dans la mienne, aussi solidement amarré que deux aimants, je me retourne et avance, nul besoin de parler quand l'autre aussi sait, et confiance on avait installée pour qu'à travers l'enfer il accepte de se laisser guider, elle me suivant, moi traçant un sillon ardent, écartant de ma main disponible et sans ménagement les trop nombreux et alcoolisés gens, vers la terrasse et la noire nuit.. je la sens à travers sa main qu'elle a glissée dans la mienne et je devine son corps collé au mien pratique bouclier quand je ralentis pour me frayer un chemin.. proprement l'on manœuvre, évitant regards et invitations, déjà à cette soirée plus nous n'appartenons.. et enfin, la libération.. je pousse le battant, m'engage sur la terrasse et en choisis un bord, sans table ni fauteuil à même d'attirer les précédents boulets..
Je ralentis et me retourne alors, elle n'en fait rien, continuant sa course, sa tête heurtant ma poitrine avec une infinie douceur, ses mains quittant les miennes, se nouant dans mon dos.. j'ignorais qu'une femme pouvait serrer si fort... Elle avait retrouvé le jouet nouveau dont on l'avait privé une minute éternité, et plus jamais elle ne voulait que pareille injustice ait à se répéter... Nous n'avions alors plus ni l'un ni l'autre le besoin et la volonté de jouer. Nous savions nos corps au diapason et au service d'une nouvelle et symphonique passion.. nous sommes restés ainsi un long moment, les émotions sont telles les profondeurs, il faut par pallier en revenir.. ce dont le DJ nous avait privé, le silence de la nuit nous le rendait, le stroboscope avait cédé aux étoiles, moins agressives, plus expressives, soin de découper notre unique silhouette..
Mes mains en communion ont trouvé l'une la nuque, l'autre le menton et délicatement arraché ma belle à sa nouvelle maison, nos regards se sont croisés.. et le temps s'est à nouveau arrêté.. à mesure que nos yeux, moins timides, plus courageux s'accordaient à se dire, refusant plus encore de taire l'évidence, que nous partagions le même univers, et que l'un de l'autre nous voulions nous nourrir, notre pouls une fois encore accélérait, s'alimentant et s'emballant de notre soudaine proximité..
Et c'est alors qu'une fois encore elle en premier osa, apposant sa main, douce et chaude, sur ma joue, les doigts espiègles courants lentement sur ma barbe.. son visage vers moi tourné, yeux de biche en embuscade, ses dents mordillant ses lèvres glossées, elle me regarda comme jamais on ne l'avait fait.. ma main sur sa nuque la pression accentua, l'attirant tendrement plus avant, à mesure que mes lèvres s'offraient aux siennes.. et à nouveau on s'aperçut que du même moule nous étions issus.. sucré-salé mélange où douceur le dispute à passion, candeur à fougue.. liminaire baiser, épiphanique communion, où les lèvres se présentent plus qu'elles ne se livrent, se cherchent et s'accordent, in fine sourient, oubliant pour un temps qu'il faut penser à respirer et donc accepter d'à nouveau se séparer.. commence et se combine alors l'exploration et l'escalade, les langues jalouses se délient, joutent et s'affrontent, les dents pour arbitres, pénètrent dans la danse, la raison s'éteint, le désir s'allume, à mesure que les baisers s'enchaînent et que des corps les verrous sautent.. les mains à leur tour vexées qu'on les ai remplacées s'invitent à nouveau, là détache un chignon, là s'empare d'une chevelure, là cartographie une poitrine et un fessier.. les corps s'empressent et tour à tour se pressent, car nul d'être en reste n'a alors envie..
Peu à peu nous nous calmons, non pas que repus déjà nous soyons, mais intimité ainsi publiquement trop longtemps ne s'expose.. Le calme suit toujours la tempête, et l'un l'autre enlacés, d'aucuns diraient enchâssés, la voûte céleste nous regardons et les Dieux nous louons d'avoir ainsi réunis nos fils.. et silencieusement nous nous promettons de poursuivre plus avant ce qui pour un premier rencard est amplement suffisant..
C'est ainsi que je me rappelle la première fois où Elle et moi à notre commune Passion avons répondu à l'appel.. l'histoire retiendra que d'autres occasions suivront mais que Décence parfois impose à Description un nécessaire silence, laissant soin à Imagination de combler les blancs et faire conversation.. quant à moi, j'ignore encore si un jour la belle ces mots lira mais si tel est le cas, je tiens à lui dire qu'ainsi retranscrire ce qui ce soir là nous arriva fait monter en moi la sève du désir et qu'un baiser lui donner vaut éternité...