« Ça mord ? »

« Les poissons n’ont pas de dents, par ici. »

L’homme était visiblement énervé. Je comprenais son désarroi. Il utilisait un attirail de qualité, canne en fibre de verre et moulinet. De quoi remplir sa besace, qu’il portait autour du cou tel un facteur distribuant le courrier à vélo. Mais j’étais le facteur déclenchant d’une colère, légitime ou pas, jusque-là maîtrisée. Il avait pesté dans les embruns, invectivant la météo. Ce satané mistral… Les proies prenaient le large, hors de portée des prédateurs embusqués dans les calanques.

Il faut dire que je ne m’attendais point à trouver quelqu’un, sur ce rocher, à quatre mètres au-dessus des flots, et bataillant contre les bourrasques salées afin de garder un semblant d’équilibre. J’étais là, aux premières loges, pour admirer les îlettes, vaisseaux immobiles canonnés par une écumante armada.

« Tu verras, c’est tellement plus beau quand le vent souffle. Mouettes et goélands sont secoués comme dans un shaker. » m’avait dit Raoul, un ami.

Je venais à peine de le rejoindre ici, dans le grand sud. J’avais gardé pas mal d’attaches, en Lozère. Mon éditeur m’avait suggéré de changer de roche.

« La prochaine fois, je vous trouve quelque chose en haute montagne. »

Il prétendait que l’inspiration était sclérosée par la routine, le surplace.

« Si vous ne bougez pas, vos romans se mettent à vous ressembler. Mais, rassurez-vous, je n’ai aucune maison à l’étranger. Comme je vous connais, vous seriez capable d’écrire dans la langue locale. »

 

Un détail – qui avait sollicité ma mémoire – m’éclaboussa.

Il avait tenu les mêmes propos qu’un autre pêcheur, rencontré au bord d’une rivière, au cœur de la Margeride, lors d’une randonnée en solitaire.

Je comprenais que ces braves gens en aient marre d’entendre toujours la même question, mais c’était plus fort que moi, je ne pouvais m’en empêcher. Il m’était même arrivé, croisant un chasseur, de lui demander si les oiseaux volaient bas, aujourd’hui. Il avait failli me menacer de son fusil, avant de me proposer son plus beau sourire en me lançant : « Vous avez fait l’école du rire, vous ! »

Vanne de beauf. Pas de quoi se prendre le chou.

Je m’étais juré de ne plus mettre un pied en forêt, le dimanche matin. Le sourire était beau, mais pas le regard.

« Et pourquoi pas, les autres jours ? »

« Parce qu’en semaine, ils travaillent, non ? »

« Les plus adroits se mettent en maladie, et c’est les animaux qui trinquent. »

Raoul était de bon conseil lorsqu’il s‘agissait d’écologie ; il avait abandonné chasse et pêche après avoir eu la révélation. Il avait déménagé ici, à Marseille, à cause d’un problème de santé. L’iode pouvait aider son traitement à être plus efficace. Son « papillon » commençait à battre de l’aile. Il souffrait d’une thyroïdite.

Et il avait ajouté : « Il existe de très jolis sentiers de randonnées en rase campagne. »

C’était déjà du passé.

 

Alors que je m’apprêtais à repartir, frustré d’avoir très peu profité des îlettes, le pêcheur de la calanque est subitement devenu aimable.

« On m’a conseillé ce coin parce qu’il est, soi-disant, à l’abri du mistral. Je vais retrouver ce mec et lui faire sa fête. C’est mon dernier jour avant de reprendre le travail. »

« Vous étiez en arrêt maladie ? »

Je me suis dit, me retenant de glousser : « Il va mieux, il est temps qu’il reprenne. »

« Non. A la recherche d’un emploi, et je commence demain. »

« Ce n’est pas si grave. Il ne l’a peut-être pas fait exprès. »

« Je ne crois pas, non. Je me suis fait avoir comme un bleu. Il a voulu se moquer… Il savait pertinemment que le mistral soufflait face à cette calanque. Il m’a pris pour un touriste. »

« Je ne crois pas que ça vaille la peine de… »

Il m’interrompit, échevelé.

« Vous êtes un pacifiste, vous, ça se voit tout de suite. »

« Pas du tout. Je veux bien faire la guerre, mais uniquement pour me défendre. »

Il m’a alors lancé un regard qui m’a glacé le sang.

J’avais déjà eu affaire à un bonhomme qui…

Celui à qui j’avais demandé, en Lozère, si ça mordait.

Un second détail… et j’en fus tout autant éclaboussé.

« A propos… Et vous, avec ce temps à décapiter les arbres, vous êtes là pourquoi ? »

« Pour me moquer de vous. »

Je me suis ébroué mentalement.

Ne pas se mettre en danger, non.

« Pour admirer les îlettes. »

« Et qu’ont-elles de si particuliers, ces îlettes ? »

« On m’a vanté le spectacle de l’écume les transformant en gâteau à la meringue. »

« Vous êtes un marrant, vous ! Vous avez fait l’école du rire ? »

J’ai cru m’évanouir. Un troisième détail qui a bien failli me précipiter au bas du rocher, où les vagues giflaient les moules accrochées comme des tiques au cul d’un chien.

 

*

 

Je me suis promis de revenir… par temps calme. Le pescadou n’y serait pas puisqu’il aura commencé son nouveau boulot. J’éviterai de m’y pointer, un week-end.

J’ai haussé les épaules. Etais-je, à ce point, effrayé par cet homme colérique ?

« Mets-toi à sa place, vieux ! »

« Il n’avait qu’à venir, un autre jour, titiller les girelles. Faire demi-tour, une fois qu’il a constaté les dégâts. Un vrai pêcheur doit savoir ces choses-là. »

« Et si son attirail était un cadeau… Si ça se trouve, sa femme le lui a offert, la veille, pour son anniversaire… Et il l’a testé face à l’adversité… Et l’adversité, pour un pêcheur, c’est le vent… La pluie ne mouille pas les poissons. »

Raoul, oui, était un pacifiste. Il ne voyait le mal nulle part alors qu’il était partout.

« Nous sommes victimes d’une paranoïa ambiante, mon ami. »

Son côté gauchiste m’agaçait.

« Sors ta tête du sable, il va devenir mouvant ! »

« Tu me prends pour une autruche ? »

« Surtout pas, je t’aurais déjà plumé, et je tiens à te garder comme ami. »

Alors il me prenait dans ses bras, pour un gros câlin, et j’avais confirmation qu’il avait été rugbyman, dans une autre vie.

 

Cette nuit-là, j’ai rêvé que Godzilla sortait des flots dans un bouillonnement qui provoquerait un tsunami, puis déracinait les îlettes une par une avant de les lancer sur le continent. L’une d’elles s’encastrait dans la calanque où…

Le monstre irradié était-il céphaloclastophile ?

Je me réveillais avant d’être aplati tandis que le pêcheur sautait à l’eau, rejoignant ses proies.

J’ai eu envie, bizarrement, de replonger immédiatement dans le sommeil, espérant retrouver ce songe déjanté. Je voulais vérifier si le pêcheur revêche était pourchassé, entre deux eaux, par des girelles aux dents de piranhas. J’avais la main sur ma boîte de somnifères lorsque le téléphone a sonné. J’ai regardé l’heure.

Raoul ?

Se passait-il quelque chose de pas très catholique ? Il était abonné au quotidien local. Six heures du matin, il me tardait d’avaler le premier café de la journée. J’avais du mal à me situer dans le temps, le ventre vide.

C’était Raoul.

« Salut, mec ! Tu m’excuseras de te déranger si tôt. Je crois que ton pêcheur a fait des siennes. Je t’envoie la photo, tu me dis si c’est bien lui, d’accord ? »

« Vas-y ! »

J’ai béni la modernité. C’était bien la première fois.

« C’est lui, oui. Il a fait une connerie ? »

« Oh… pas grand-chose ! Juste assassiné sa femme ! »

« Quoi ? C’est déjà dans les faits divers ? »

« Il habite à deux pas des locaux du journal. »

« C’est vrai ? »

« Mais non ! En tout cas, il n’est pas rentré bredouille de sa partie de pêche. Il avait acheté un couteau. Vingt centimètres, la lame. Il l’a égorgée ! Un voisin les a entendus, ensuite vus sur la terrasse mitoyenne. »

« Et il l’a également vu rentrer de pêche avec le couteau à la main ? Il passe son temps à la fenêtre, ce mec. »

« Faut croire. Il avait pris sa décision bien avant, à mon avis. La partie de pêche, c’était juste pour réfléchir à son acte. Le pour a battu le contre, dans sa réflexion de connard ! Et le mistral l’a probablement aidé. Il souffle sur les nerfs comme sur la braise. »

 

J’ai soudain réalisé que quelque chose clochait. Je manipulais mon portable, création diabolique, à mes yeux et mes oreilles, avec un naturel peu en rapport avec mon aversion pour cet objet. Il détonnait dans mon paysage mental. Mon éditeur avait compris qu’il fallait me proposer des baraques qui, en ville comme à la campagne, avaient poussé au siècle dernier.

D’un geste vif, je l’ai balancé par la fenêtre, laissée ouverte à cause de la chaleur. Il fut gobé par l’extérieur et je pus émerger du rêve où je commençais à dériver.

Je me suis précipité dans la cuisine. Il était temps que j’avale un café chaud en le humant comme on sniffe une fleur. Il me tardait de me remettre au travail : les derniers chapitres d’un roman de quatre cents pages commencé six mois plus tôt. J’avais un peu traînaillé et mon éditeur ne s’était point gêné pour me relancer à toute heure de la journée.

Une heure plus tard, au sortir d’une douche écossaise, je suis entré dans mon bureau où s’impatientaient mon cahier et mon crayon – pas question d’utiliser un ordinateur, évidemment. Je me suis mis au garde-à-vous devant le poster de Godzilla faisant mumuse avec un porte-avions. Je l’ai saluée militairement avant de lui grattouiller le bide. Elle était insensible à mon guili-guili… et puis, je me disais que si elle gloussait, les murs se lézarderaient. Mais je ne pouvais me passer de ce rituel. Elle était la sentinelle de mon bureau ; personne d’autre n’avait le droit d’y entrer. Il lui en cuirait.

Ce matin-là, j’ai bien bossé, mais j’étais hanté par les îlettes. Le mistral avait fini par rendre l’âme, mais il reviendrait à la charge si quelques nuages venaient à gâcher le plaisir des « visages pâles » venus du nord. C’était le gardien des vacances. Seul hic, il refroidissait la mer d’une poignée de degrés en quelques minutes.

J’ai mangé un morceau, bu un autre café, avant de retourner dans la calanque. Je comptais me percher au sommet du rocher et me rincer l’œil. Je ne prenais pas de photos, je me fiais à ma mémoire, flirtant avec le déni au sujet de mon âge.

Parvenu au pied du perchoir, après avoir ramassé quelques galets, choisi le plus beau, et rendu les autres à leur maman la mer, je suis tombé des nues.

Hier, il y avait des marches creusées à même le roc. Là, que des arêtes effilées comme du silex qui risquaient, si vous glissez, de vous déchirer le cuir.

« Tu as rêvé ça, aussi ? »

J’ai décidé de rester, les pieds plantés dans les galets. De là, j’apercevais deux ou trois îlettes, la plus grande surmontée d’un pain de sucre. On eût dit une fusée prête à décoller.

Une chanson dit : « Si j’avais un marteau… »

Moi, ce fut : « Si j’avais un bateau… »

Raoul avait le mal de mer, pas moi.

Depuis le temps que je rêvais d’écrire un roman se passant sur une ile déserte qui se repeuplait à la suite du naufrage d’un pédalo.

J’ai éclaté de rire. L’écho me répondit. Son retour de service marqua le point. Je suis reparti, frustré, les yeux levés vers les hauteurs de la calanque. Comment grimper là-haut ?

 

*

 

J’ai regagné mes pénates, énervé. Dans mon bureau, j’ai lutté contre une pulsion : prendre mon crayon à deux mains et le briser, histoire de me défouler. Je n’aurais qu’à imiter Godzilla fracassant un porte-avions d’un atémi digne d’un karatéka.

Pour me délasser, j’ai repensé à un épisode de ma vie de lycéen, quand Raoul m’avait fait une mauvaise blague en croyant qu’elle était bonne.

Ce jour-là, j’avais failli l’étrangler. Aujourd’hui, ce voyage à rebrousse-temps, paradoxalement, me calme. Pas cette fois. J’étais trop ébranlé par la mascarade organisée par mon sommeil.

Raoul s’était cru malin en gommant l’un de mes textes. Il avait juste oublié que ma mémoire en béton résistait aux missiles les plus pénétrants. J’ai tout réécrit et proposé ma prose à un fanzine qui l’a publié – c’était avant qu’Internet n’impose sa virtualité dans les chaumières.

Raoul voulait que je le remercie. Il avait eu droit à une simulation de pain dans la gueule.

C’était il y a un demi-siècle. Une bonne mémoire permet de gagner du temps.

 

Mon téléphone a sonné. L’impression de revivre la scène d’avant-hier. Sauf qu’il s’agissait du fixe, donc je ne dormais point.

Pas de surprise. Raoul.

« Franck, regarde le journal à la page des faits divers ! »

Je savais ce qu’il allait me dire.

« Un homme a assassiné sa femme à coups de couteau. »

« Bravo ! Je croyais que tu ne lisais plus les infos. Tu l’as entendu à la radio ? »

« Tu sais bien que je n’écoute que France Musique. »

« Oui, c’est vrai. Mais alors… »

« L’autre nuit, j’ai rêvé que tu m’appelais pour me proposer de consulter la photo de l’assassin. Je parie qu’il a déclaré à la police que sa femme l’avait charrié parce qu’il était rentré bredouille de la pêche. »

« Toi alors… Tu me surprendras toujours. Comment tu fais pour trimbaler tant de dons ? Ce n’est pas trop lourd à porter ? »

« Je fais avec les moyens du bord. Je rame mais j’avance. Je n’ai pas ta force. Je n’ai jamais joué au rugby, moi. »

« C’est le type dont tu m’as dit qu’il taquinait la girelle alors que le mistral décornait les cocus ? »

« Il était cocu… tu crois ? »

Nous nous sommes forcés à ne pas rire de la situation.

Je me suis assis sur le canapé du salon qui grinça. J’ai évité de fermer les yeux. Je me serais endormi et j’aurais rêvé de…

J’ai fait un bond comme si la terre avait tremblé.

Une idée avait traversé mes pensées comme une comète. J’ai pris la direction de mon bureau. J’ai oublié de chatouiller Godzilla. Je l’entendais hurler sa peine, mais elle ne risquait pas de déranger le voisinage.

« Doucement, gros iguane ! Je vais choper des acouphènes, à force… »

Silence radio.

Elle m’obéissait toujours. Sauf quand je lui demandais de cesser de transformer le porte-avions en branchette sur laquelle on marche, dans une forêt.

J’ai achevé mon roman et averti mon éditeur que j’étais prêt à en commencer un autre.

« Mais d’abord, il faut que je retourne en Lozère. Je voudrais vérifier quelque chose. »

« Vous allez écrire là-bas ? »

« Non, non. J’ai rendez-vous avec le plus improbable des hasards. »

« Je ne comprends pas. »

« Je vous expliquerai dès mon retour. Je ne serai pas long. »

J’ai fait un gros bisou à Godzilla – elle a vibré, si, si – et je suis retourné dans le salon où j’ai rappelé Raoul.

Il a refusé de m’accompagner.

C’était compréhensible.

 

 

– CHANGEMENT DE ROCHE –

 

 

La première fois de ma vie que je faisais quatre heures de route pour un détail. Détail qui avait son importance. J’allais peut-être sauver la vie de quelqu’un. J’étais encore sous l’émotion d’avoir achevé mon roman, et je m’apprêtais à affûter l’idée du suivant. Je misais sur une coïncidence. Le pêcheur de l’Allier et celui de la calanque, même s’il n’y avait aucune ressemblance physique, me paraissaient tous deux sortis du même moule. Le cynisme ne me détournait point de ma mission, au contraire. Tant d’écrivains s’étaient pris pour des détectives avant d’attaquer un nouvel opus.

« Je suis en repérages. »

« Tu mens ! »

« Tous les romanciers mentent. »

« Sur le papier, certes… Mais toi, tu… »

 

J’étais parti à vide. Une seule nuit dans un hôtel suffirait probablement. J’en connaissais un de pas trop cher, à Langogne, face à la gare. Ses abords étaient silencieux, la nuit, car aucun train ne roulait, du crépuscule à l’aube.

Je m’étais refusé à descendre dans le village où j’avais passé deux années plutôt agréables, d’abord parce que c’était trop loin du lieu où j’avais dérangé le pescadou dont l’allure de mousquetaire m’avait amusé, avec ses cuissardes et son accent, ensuite à cause de la nostalgie du bon temps que j’avais passé en Margeride, tout près de Langogne, bourg médiéval aux racines difficiles à déterrer. Le centre ville évoquait une place forte ; d’ailleurs, il restait des traces des anciens remparts. Le décor idéal pour un roman médiéval.

En Lozère, on préfère pêcher que chasser. La mauvaise foi guide ceux qui remettent les truites à l’eau, la gueule massacrée par un trident. En gros, ils préfèrent que le pauvre – et si beau – poisson meure à petit feu, après avoir tant souffert, plutôt qu’immédiatement à cause du manque d’eau.

Bref.

Raoul m’influence, parfois.

Il y a des coins à truites comme des coins à champignons. Je me suis dit que le « mousquetaire » fréquentait le même cours d’eau, forcément le matin, très tôt – l’après-midi, les truites font la sieste.

Je comptais sur la chance.

« Tu vas longer la rivière pendant de longues heures, et tu n’es même pas sûr de le retrouver, le premier jour. »

« Oui, et alors ? »

« Alors tu as réservé la chambre pour une seule nuit. Tu es optimiste. »

« Tu sais, ma conscience, la plupart des grands romans ont été écrits par le hasard. Il faut juste être là, au bon moment, pour s’inspirer de la réalité et la transformer en fiction. »

« S j’avais des mains, je t’applaudirais… »

 

Je me suis pointé au même endroit, à la même heure.

« Il est peut-être fétichiste. »

« Oui, bien sûr. Et puis, la chance… Par exemple, il n’a pas encore agi. Puisque tu es persuadé qu’il est aussi con que l’autre. J’ai ouï-dire que les poissons de rivières sont moins stupides que ceux de mer. Le sel, sans doute. »

« Tais-toi, ma douleur… où j’avale un analgésique ! »

« Tu en as sur toi ? Tu es hypocondriaque ? »

Il y eut un silence.

« Planque-toi, il arrive ! Tu as de la chance. Si t’étais marié… »

Je me suis glissé derrière un rocher, et me suis accroupi. Je ne savais trop comment l’aborder. S’il avait la mémoire des visages, j’étais cuit. Que lui dire ? Que sa dégaine me fascinait ? Que je voulais m’en inspirer pour draguer les sirènes ?

« Ce n’est pas lui ! »

« Chut ! »

 

Un  type armé d’un fusil.

Je n’en ai pas cru mes yeux. Je ne pouvais même pas me pincer. Je ne dormais pas, non. Allongé, il m’arrive d’entendre mon cœur battre dans mes oreilles. Là, il était étrangement calme.

J’avais rendez-vous avec un drame, car le nouveau venu n’avait vraiment pas l’air d’un chasseur.

 

Un randonneur est arrivé.

Un autre… puis un autre encore… et enfin un troisième.

Ils furent bientôt quatre à fouiller les eaux claires du regard.

« C’est ici, François ? T’es sûr ? »

« Oui. Il y a tellement de truites qu’elles jouent aux autos tamponneuses dans le courant. »

« Pas aujourd’hui, en tout cas. »

« On reviendra demain. C’est sympa de ne pas avoir gardé ce coin à truites pour toi. ? Je connais un mec qui… »

Un coup de feu.

Celui que je connaissais est tombé, les bras imitant les ailes d’un oiseau, un troisième œil atteint de conjonctivite entre les sourcils.

J’ai profité de la panique pour prendre mes jambes à mon cou, oubliant que j’avais beaucoup couru, dans ma vie.

Le « mousquetaire » avait eu le tort de rameuter d’autres pêcheurs, et le mec armé n’avait pas supporté de ne plus être le seul à pouvoir rivaliser avec… avec sa cible.

Il avait fait d’une pierre… quatre coups.

 

Je n’ai même pas rejoint l’hôtel, je suis parti directement, rejoignant l’A75 sans respecter les limitations de vitesse, comme si j’avais Godzilla aux trousses.

« Impossible de ralentir, monsieur l’agent. Elle m’aurait rattrapé. Depuis le temps qu’elle rêve de me faire un câlin avec ses grosses pattes… »

« Permis de conduire, carte grise… »

« Vous ne connaissez pas Godzilla ? C’est comme King Kong, mais avec des écailles. Et Casimir ? »

 

J’avais prévu d’utiliser cette histoire pour remplir des pages et des pages.

Mais non !

Pas question de me remémorer cette scène. Si seulement je pouvais m’en délester sur le papier…

Je n’ai pas cherché à savoir si les médias en parlaient.

Un matin, Raoul a appelé.

« Allume la télé, mon ami ! On parle d’un quadruple assassinat en Margeride. C’est toi ? Qu’est-ce qu’ils t’avaient fait, ces pauvres bougres ? »

J’ai raccroché. Je me suis réfugié dans mon bureau. Le poster de Godzilla s’était décollé du mur et pendouillait lamentablement.

J’avais une envie folle de prendre mon crayon et de…

Crac !


Publié le 14/01/2026 / 2 lectures
Commentaires
Publié le 14/01/2026
Je pensais que Popol rachèterait wlw
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