Ce texte participe à l'activité : La libération par l’écriture

Alors, nous aurions traversé la ville comme on traverse la fête foraine, puis, nous nous serions regardés et souris, heureux de ne pas leur ressembler, heureux de nous sentir liés par un fil ténu mais unique. Les amants libres sont des funambules qui ont choisi la corde raide.

Il est différentes formes d‘écrire, et il me semble que la plus sincère est l’écriture parlante ou parlée, je laisse les spécialistes se déchirer sur ce choix. Pour moi l’écriture honnête est celle qui respecte le langage, cet incessant échange verbal que nous avons avec nous mêmes et des âmes plus ou moins sœurs. Je me surprends d’ailleurs parfois à dialoguer avec ce qu’il me reste de mes ex amours ou ces représentations imaginatives que nous avons de nos proches avec qui, finalement, nous sommes en perpétuelle discussion, tantôt pour de vrai, le plus souvent pour de faux.

 

Evoquer Marcel Moreau c’est à chaque fois évoquer l’écriture. J’aime ses écrits parce qu’ils me parlent. Pour son extraordinaire ‘’imaginativité’’ et son analyse sauvage, j’adhère à ce discours ouvert qui se nourrit de tout ce qui se fomente dans les entrailles et dont le seul inconvénient, pour pimbèches offusquées, serait un omniprésent je mais à quoi bon masquer la vérité? Il faut toujours avoir le courage de ses opinions. Dans cette tendance générale à l’ (auto) émasculation, faisons nous de temps à autre, une bonne cure de moi je, les tripes à l’air, la seule façon, convenons en, d’être soi même.

 

Le langage peut être considéré comme un permanent dialogue qui nous habite et sa représentation la plus fidèle, la plus profonde, la plus explicite, la plus explorée, la plus naturelle est, en dehors bien sûr de nos sempiternels bavardages qui ressemblent parfois à s’y méprendre à de belles pages calligraphiées quand on s’applique, l’écriture.

 

Oui l’écriture que l’on chante, que l’on loue, que l’on adule, que l’on exècre, que l’on consacre, que l’on trompe, mais dont jamais nous ne nous défaisons, que nous déshabillons, habillons,,,

 

Elle trouve sa source au plus enfoui de nous. Elle ne peut être sans sa mère, la pensée, ni son père, le langage. Sans elle, point de mémoire, point de repère. L’écriture est ce tout sans lequel la pensée et le langage n’ont de sens profond. Cet ultime achèvement, ce fruit de l’amour entre la matrice et le mot. Une vérité ou un mensonge. Le territoire de l’absolue littérature. La terre promise du poète. La folle obsession de l’écrivain.

 

La pensée justifie sa féminité et utilise le langage pour raconter des histoires, déformant et transformant l’écriture. Soumise à une drogue dure nommée sensation, elle est le domaine du rêve, là où tout est possible. La pensée ne peut se départir du langage qui parfois la limite avec ses exigences mais lui trouve toujours une issue quand elle se perd.

 

Depuis l’écriture a elle même donné le jour au poème, à son grand frère le roman et sa coquine de sœur, la fable. Entre temps de sévères réflexions dénuées de viscères ont emprisonné le langage forçant l’écriture à de visqueux traités, essais, dissertations et autres (fou)thèses,,,

 

Enfin, l’une des plus belles formes d’écrire reste la déclaration d’amour. Certains grands esprits ont donné à l’écriture ses lettres de noblesse.

                                                                                                                  2007

Illustration: Moreau, Palimpseste

Son: Sade A, Soldier of love

https://youtu.be/TaD3SgPuccE?si=-TU2eQo0iJC51hnc

 

Publié le 13/02/2026 / 5 lectures
Commentaires
Publié le 13/02/2026
Un grand merci de m'avoir fait découvrir cet auteur il y a quelques années ! Vous en parlez toujours aussi passionnément !
Publié le 13/02/2026
Impossible d'évoquer l'écriture sans invoquer Moreau. Merci d'adhérer à cette idée de l'écriture.
Publié le 13/02/2026
C’est un bel hommage à l’écriture qui est bien rythmé et impactant. Les jeux de mots donnent du relief, du caractère à cette défense de l’écriture, et merci de faire découvrir aux lecteurs et aux lectrices de nouveaux auteurs. L’écriture est plus surprenante et vivace quand elle est libre, dénuée de toute contrainte, je suis d’accord. S’il y a bien une chose dont elle ne cessera jamais de parler c’est de l’amour de soi, de son prochain, de l’autre, du vivre ensemble. Merci pour ce magnifique texte !
Publié le 13/02/2026
Chère Lucie merci d'avoir eu la riche idée d'un atelier d'écriture qui évoque l'Ecriture, cette raison pour laquelle nous écrivons et sommes sur le Peuple des Mots.
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