En mal avec les mots, 2

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Les jours de la vie ne se ressemblent pas. Fort heureusement. Les plus intenses sont les plus marquants et il reste toujours quelque chose d’eux en mémoire. Et, je crois, que je suis dans une phase de mon temps d’aujourd’hui où un rien me hérisse le poil. 

 

Je viens vous voir pour la mer et pour les mots. La mer vue d’ici est moins tumultueuse que quand je suis au rivage. Elle me heurte moins. Et puis, les mots qui refusent quelquefois de couler ont plus de chance de se laisser aller ici. C’est que ma pudeur est primordiale à mes yeux. Au point où certaines fois, pour la préserver, je clos les portes. Et jamais quitter un port n’est plus dur que dans ses opportunités-là. Je vous prie d’excuser mon atermoiement. Les choses ne vont pas d’elles-mêmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

J’appartiens à un monde qui se meurt. Celui des idées, des livres et des mots. Celui des associations inhabituelles et des tournures imagées. Celui des bureaux en verre au milieu de la foule derrières lesquels les plumes les plus folles s’exerçaient et noircissaient le blanc immaculé du vide en exacerbant l’irrationnel le plus spontané. Pour créer, pour dire, pour amplifier le décryptage des choses folles et inaccessibles, pour espérer signifier. Et s'apaiser.

 

Non, je ne suis pas déraisonnable. Je suis curieuse des silences et je veux sonder l’insondable. Et même si je n’y arrive pas, j’aurais le mérite d’y avoir prétendu. C’est nécessaire. Et cela est inhérent à mon appétit de connaissance.

 

Je suis en mal avec les mots parce qu’il y a peu d’oreilles attentives, peu de temps curieux, peu de conditions opportunes ou alors c’est moi qui demeure en mes temps de prédilection.

 

Je suis encombrée par la méchanceté des humains, par leur présence soudaine en temps de douleur et par leur absence criante en temps de rire, par leur refus d’intégrer la spécificité de chacun et par leur désir d’uniformisation. Il y a de l’envie, je le sens fort. Pourtant nos convictions ne sont pas les mêmes. Qu’ils nous laissent donc notre foi en les mots et qu’ils épuisent le sol et le ciel, les terres et les mers de leur cupidité. 

 

Je suis une rationnelle pure, je ne prendrai pas une ride là-dessus, mais la méchanceté a un pouvoir de nuisance mesurable. Je ne peux vous en dire plus et je concède mon ignorance là-dessus.

 

L’esprit seul, sa clarté, sa force, son exercice, ses arrêtés vaincront la méchanceté. Or, l’esprit se meurt. Il est rare, se tait, se terre et n’a plus la puissance de jadis face à l’image et au réchauffé. 

L’esprit appelle l’esprit dans une ambiance survoltée de couleurs criardes et de hurlements. Le Factice. 

 

Et puis, quand noyée dans le bruit assourdissant du Factice, j’interroge mes références, je me trouve sur la grande place vide de la solitude. Mon monde se meurt.

 

 

 

 



 

 

Notre monde se meurt et nous sommes impuissants à le faire aimer aux jeunes pousses. Les mots, les plumes, les couleurs de la nature et les sons et puis reproduire, charger et faire exalter. Une dynamique qui s’épanouissait de tout acte, de toute histoire et de toute circonstance. La machine à penser et à vouloir tout remettre à neuf, puissamment. 

 

Que vois-je aujourd’hui ?

Du vacarme et de la vacuité ou peut-être un nouvel espace-temps duquel je suis écartée.

 

 

-      Les vôtres, les leurs se feront vos échos en temps et en heure. Il faut aussi vous dire que cette dynamique-là n'a jamais été le lot de tous. 

 

 

Mais ce n’est pas tout. 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 06/10/2026 / 1 lecture
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