En mal avec les mots

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Elle prit place et annonça d’emblée qu’elle avait beaucoup de choses à dire.

 

 

 

 

 

 

 

 

-              Je ne sais si vos quarante-cinq minutes vont suffire.

 

 

( Je vous rappelle que je suis psy et que mon cabinet qui donnait sur la Bleue de C. a vu toutes sortes d’êtres en souffrance, en déroute, en perdition, au creux de la vague, en panique, en péril, en multiples désespoirs … Que si les murs parlaient, il y aurait un imbroglio humain absolument insoutenable. )

 

 

-         Les choses se mélangent, les choses s’amplifient …

 

-          Commencez par le plus dur.

 

-      C’est dur de toutes parts. Je m’y perds. Et je refuse de subir. Je déteste l’apitoiement, ce n’est pas pour moi.

 

 

Elle se tut en proie à un assaut intérieur. Je gardai le silence.

 

 

-      J’ai besoin de croire, de nouveau, que tout cela vaille la peine. ( Elle se tut, regarda la mer, semblait perdue dans ses pensées. ) Les Hommes sont laids. Et je sais qu’il faut soutenir l’inverse.

 

-        Beaucoup ne le sont pas.

 

-       C’est vrai. La pensée et l’art existent, ils ont leurs créateurs, les seuls qui me manquent ... Mais on ne les voit plus, il faut les chercher à la loupe.

 

-        Une occupation noble. Je le crois.

 

-   J’ai passé un temps épouvantable. La méchanceté m’entourait de toutes parts. Et même les réminiscences lointaines n’amenaient à la surface que mensonges et entourloupes. Je hais la malhonnêteté.

 

-    Elle est dans la nature de beaucoup d’entre nous. Ceux qui n’agissent pas dessus, la trimballent comme une fatalité.

 

-        Tout est affaire de réflexion et d’arrêts. Nous sommes d’accord. 

 

 

 

( Elle regarda de nouveau la mer. Le silence fut assez long et je ne fis rien pour l’interrompre. Elle faisait le tri dans ce qu’elle voulait exprimer. )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-     Un temps long, difficile, plein de déconvenues et je fis mine de n’en avoir pas souffert. Les Hommes sont laids, méchants et dépourvus de générosité humaine. Une poignée est suffisamment intelligente pour agir sur sa mauvaise part. Et puis, l’espoir qu’il ne faut jamais cesser d’entretenir. Ce qui nous maintient debout et tendus comme un arc en exercice. Mettre à terre la morosité. Vous comprenez, n’est-ce pas ?

 

-    Parfaitement. Et vous avez la main, fis-je le plus sérieusement du monde.

 

-       Je voudrais que vous sachiez que ce que je vais vous dire là sort du plus profond de moi-même. Que de le mettre en mots est rude. Qu’il y a son intimité avec soi-même et de la pudeur aussi. Je ne veux pas galvauder mon intimité. Mais je suis assez encombrée. Ce n’est pas aisé de dire l’indicible. Et je suis en mal avec les mots, ces temps-ci. 

 

 

 

 


 

 

 

 


Publié le 03/10/2026 / 3 lectures
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