J'ai mal à ma terre, dit-il

PARTAGER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La même mer, le même paysage côtier, le même lieu chargé d’histoire, le même personnage atypique, le même bureau et la même écoute …

Le même intense désir de mettre des mots.

 

 

 

 

-  Vous n’êtes quand même pas à la veille de votre mort ? 

 

 

-  Nous le sommes tous. Donnez-moi une seule personne qui ne soit pas à la veille de sa mort ! 

 

 

-  Peut-être voulez-vous faire votre testament ? 

 

 

-  Je m’en fiche des testaments comme de l’an 4000 ! 

 

 

-  Mais alors expliquez-moi votre présence, votre état ! Je n’y ai pas compris grand-chose.

 

 

- Écoutez, je viens chez vous à chaque trop-plein. Ça fait des décades, alors ne jouez pas au plus fin avec moi. Je ne suis pas fou, je suis spécial et vous le savez. Je vis en périphérie du monde parce que les gens m’insupportent aux trois-quarts. Je suis un être de réflexion moi. Oui, un peu trop, je reconnais. Je m’y perds quelquefois. C’est vrai. 

 

 

( Silence ) 

 

 

 

 

- Peut-être êtes-vous là pour votre testament moral en quelque sorte ? 

 

 

( Regard sans aménité )

 

 

- Je suis ici pour dire le monde, la méchanceté, la jalousie, le mensonge, l’indifférence … Mais surtout la bêtise.

 

 

- C’est ainsi.

 

 

-  Nous sommes dotés d’un cerveau.

 

 

- En principe. Mais il y a aussi la nature profonde de l’être humain primaire. C’est lui le gros de l’étoffe. 

 

 

- De la bure. Pourtant, il y a aussi les gens de bonne foi.

 

 

- C’est le poids du faux qui envenime tout.

 

 

- Vous savez ma vie consiste à regarder la mer, à lire, à réfléchir et à souffrir du mal que vit ma terre. Par la faute des hommes laids à l’intérieur. J’ai aussi perdu beaucoup des miens d’esprit et il y a un grand vide.

 

 

- Vous êtes toujours dans le monde d’hirer alors que vous savez fort bien que le changement est inhérent à tout. Il est inscrit dans la nature, mais aussi dans la nature des choses, des êtres, des vies, des situations …

 

 

- Il y a un recul. Jusque dans la joie de vivre. Il y a des monochromes qui s’installent et ils sont dangereux. Je n’ai même plus mes interlocuteurs d’hier. Ceux d’aujourd’hui sont gonflés de vérité. Pouah ! Il y avait un plaisir à entendre une pluralité de sons de cloches. Pourquoi ?

 

 

- C’est l’uniformisation. Mais reconnaissons que les voix libres existent.

 

 

- A la loupe.

 

 

- C’est déjà cela de gagné. Et puis, nous parlons, nous communiquons. Ce n’est pas que professionnel. Nous sommes d’accord sur bon nombre de points. Et puis, il y a l’âge, les époques se succèdent aussi et je crois qu’il y aura toujours de la lumière. 

 

 

( Silence )

 

 

- Merci, lui dit-il. 

 

 

 

 

Fin de l’entretien. Des touches de sens. 

Il quitta le bureau, longea la mer, apaisé. Des jours, des êtres, des mots meilleurs viendront.

 

 

 

 
 
 

 

 

 

 


Publié le 28/06/2026 / 1 lecture
Commentaires
Connectez-vous pour répondre