Jean Jacques Christophe Mervilus (3 janvier 1919 – 13 mai 1987)

PARTAGER

« Jeune homme, surveillez-vous ! » : L’itinéraire d’excellence du Colonel Christophe Mervilus

Au début du XXe siècle, le paysage éducatif de Port-au-Prince se partage entre les grandes congrégations religieuses et le prestigieux Lycée national Alexandre Pétion. C’est pourtant à l'Institution Saint-Louis de Gonzague que le jeune Christophe Mervilus forge sa réputation d’excellence, décrochant la médaille d’argent de sa promotion en 1936. À cette époque, l’artère bordant l’établissement porte encore le nom d’avenue du Président Trujillo, et les enseignes de la capitale témoignent d’un cosmopolitisme vibrant où familles italiennes, arabes, allemandes et juives cohabitent au cœur de la cité haïtienne.

Son baccalauréat en poche, il intègre l’École des sciences appliquées — ancêtre de l’actuelle Faculté des sciences. Mais en 1938, des restrictions budgétaires contraignent l’institution à fermer ses portes. Ce coup du sort décide de sa vocation : il se tourne vers la carrière des armes. Alors que le gouvernement haïtien sollicite une mission américaine pour réorganiser l’École militaire, Mervilus réussit le concours d'entrée en novembre 1938.

De Fort Benning à l’Université de Salamanque

Sa formation d’officier s’étale de janvier 1939 à juillet 1941. Son parcours le mène ensuite aux États-Unis, où il suit les cours avancés d’infanterie à Fort Benning, en Géorgie. Tandis que certains de ses frères d'armes s’envolent pour l’Alabama pour se former au combat aérien, Mervilus affirme son profil d'intellectuel militaire.

En 1951, alors qu'il officie comme bibliothécaire et instructeur en topographie à l’Académie militaire, il obtient une bourse d’études pour l’Espagne. Des archives de l’Université de Salamanque, consultées en 2020, révèlent qu’il y côtoya les sommités des lettres ibériques : Ramón Menéndez Pidal, Fernando Lázaro Carreter, ou encore le futur prix Nobel Camilo José Cela.

Un officier d'État et de plume

Le capitaine Mervilus ne se contente pas des casernes. Du 14 juin au 22 octobre 1957, il dirige le département du Commerce et de l’Économie nationale. Au sein des forces armées, il gravit les échelons jusqu’au grade de colonel, occupant les fonctions de directeur adjoint de l’Académie militaire d’Haïti sous les commandements successifs des colonels Marcel Colon et Harry Neptune.

Sa plume marque également l’histoire de l’institution. En septembre 1945, il co-signe avec le sous-lieutenant Raymond Lafontant le premier article de référence consacré à l’Académie dans la revue Les Cahiers d’Haïti. Ce texte fondateur de dix pages, initié par le major Levelt — futur général —, reste un document précieux pour l'histoire militaire du pays.

Le « maître » polyglotte

Homme de culture et polyglotte émérite, Mervilus brille par ses talents de traducteur. Le Dr Pierre Montès rapporte qu’en 1966, lors d'une réception au Palais national, il assura l'interprétation consécutive des discours du président François Duvalier et de l'invité d’honneur, Galo Plaza Lasso. Impressionné par la virtuosité du colonel, l'ancien président équatorien et futur secrétaire général de l'OEA brisa le protocole pour le féliciter publiquement.

Ancien professeur respecté — notamment du général Fritz Antoine —, le colonel Christophe Mervilus demeure, dans la mémoire de ceux qui l'ont côtoyé, l'incarnation de la rigueur et de l'érudition sous l'uniforme.

Note historique : L’École militaire, créée en octobre 1921, a officiellement pris le nom d’Académie militaire d’Haïti en 1943.

Extrait de: Visages d’hier et d’aujourd’hui; Quartiers de naguère (Petites et grandes histoires autour de certains quartiers d’Haïti…)

 

 

 


Publié le 07/05/2026 / 8 lectures
Commentaires
Connectez-vous pour répondre