L'homme de peu de mots

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J’habite ce village sans nom, inconnu pour le plus commun des mortels. Il ne figure sur aucune carte. C’est à se demander s’il n’a pas germé à la suite d’une averse après que le ciel s’était déchiré au-dessus des vallons. Je l’ai déniché grâce à un agent immobilier, au départ très peu zélé, qui avait néanmoins accepté d’avoir affaire à un mec intuitif et chiant.

« Je vous dis que je veux finir ma vie dans une maison de ce trou perdu. »

« Mais… »

« Comment j’ai fait pour apprendre qu’il existait ? »

« Oui. »

« Il m’a suffi de fermer les yeux et de planter mon crayon… »

« Montrez-moi de quelle manière… »

« Je ne l’ai pas inventé… »

« Je vous assure, il n’est indiqué sur aucune carte. »

« C’est bon… Allez ! Prêtez-moi votre stylo ! »

Un silence s’instaura entre nous. Qui s‘alourdit au fil des minutes d’attente.

« Vous en avez une sous la main ? »

« Une quoi ? »

« Une carte. Il y apparaîtra dès que mon regard le survolera. Et je n’aurai qu’à le harponner… »

« Non, non, ça va, je vous fais confiance. »

Il devait me prendre pour un dingue. Il se crut obligé d’être relou.

« Ne vous en faites pas, je m’en occupe. Je suis un rapide dans le boulot. Vite et bien, c’est possible. Vous aurez ce que vous cherchez dans moins d’une semaine. Préparez-vous à déménager. Je vous souhaite juste de ne pas tomber dans ce trou perdu. »

« Je ne risque rien puisqu’il n’existe pas. »

 

*

 

Je n’ai qu’une seule maison voisine ; l’autre s’est effondrée, courbée par son grand âge. Il paraît qu’elle avait connu Napoléon III. Elle avait implosé deux mois avant mon arrivée. Tout le village avait participé à faire le vide en attendant qu’une nouvelle baraque pousse, à sa place, comme un arbre. Le maire n’était pas chaud, à cause d’un budget limité. L’opposition l’accusait de se venger des anciens résidents, tous de droite. Un ami maçon m’avait bien aidé à retaper celle que j’avais choisie pour ma retraite. Depuis le temps que je rêvais de me retirer à la campagne. J’en avais marre des vociférations urbaines, de l’insécurité, et des incivilités à répétition, sur le trottoir et dans les transports en commun. J’avais renoncé à conduire, de peur de me battre avec un abruti qui ne respectait pas la priorité à droite, ou empiétait sur la ligne blanche sans autre raison que celle d’être beurré.

Ce village me portait chance. J’avais hérité une somme d’argent d’un lointain parent qui me permit de faire le tour du monde en cinq semaines. Le navire – une ville flottante – était chargé de privilégiés, et je ne m’y étais point vanté d’avoir été chanceux grâce au malheur d’un cousin dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Nous avons fait escale dans les plus grands ports, passé la nuit dans les plus beaux hôtels, et assistait à des concerts de grande qualité.

J’avoue avoir été heureux de rentrer. L’odeur de poussière de ma maison m’avait manqué, au-dessus de l’écume des vagues échevelées. Ici, je n’avais pas à redouter d’être shampouiné par un goéland – les corbeaux ne bombardent que les épouvantails.

Heureux de rentrer… c’était vite dit.

Biboulet, l’idiot du village, avec qui j’avais immédiatement sympathisé – car je le soupçonnais de simuler – m’attendait devant ma porte au heurtoir à tête de loup.

« Bib’, si tu savais comme ça me fait plaisir de te revoir… »

« Tu as eu peur de couler ? »

« Pas de danger, ils tiennent la route, ces gros bateaux. »

« Regarde, Franck… »

« Tout à l’heure… »

« Regarde, je te dis ! »

Il me montrait quelque chose, sur la fenêtre de la maison voisine, inhabitée.

« Un pot de géraniums… C’est toi qui l’as mis là ? »

« Non. »

Il fronça les sourcils.

« C’est le muet… »

« Le muet… quel muet ? »

Je me suis dit qu’il faisait une crise. L’émotion lui faisait souvent cet effet.

« Ton voisin… Il est arrivé, la semaine dernière. Il ne parle à personne. Il est muet. Tu es sourd ? »

Je le sentais énervé. Et je n’aimais pas quand il s’agaçait. Il avait tendance à oublier à qui il parlait, confondant amis et méchantes personnes.

« Calme-toi, Bib’ ! Je suis fatigué, j’ai vogué sur tant de mers… »

Son visage s’illumina.

« Tu me raconteras, dis ! Tu me l’avais promis. Je suis content que tu sois de retour, mon ami. »

« Tu veux bien me laisser, maintenant. Dès que je suis plus en forme, je viens te voir, et je te montre mon circuit sur ta mappemonde, d’accord ? Tu l’as toujours, j’espère… »

Il a boudé comme un gamin et s’en est allé, shootant dans un caillou, les mains dans les poches. Il avait trente ans.

 

J’ai poussé ma porte et je suis retourné à ma voiture pour récupérer mes affaires. J’ai dû faire trois voyages. Je n’avais pourtant rien ramené des escales, juste des photos. Je me suis allongé sur le vieux canapé, à maints endroits rapiécés, et je me suis endormi, ivre d’avoir bourlingué sur les flots, si loin au-delà de l’horizon.

Et j’ai rêvé d’une tempête.

Des sirènes battaient de la queue dans les rouleaux… J’étais allongé sur le sable et j’admirais la mer que la main d’un dieu démontait.

Je n’étais pas seul. Il y avait un chien avec moi. Il m’avait ramené des bouquets d’algues…

« Mais… Toto… On dirait des cheveux… Tu as scalpé les vagues ? »

J’étais bouté hors du sommeil par une bourrasque alors qu’une volée de harpons tombait du ciel afin de me clouer sur la plage abandonnée.

« Tu te rends compte ? Les sirènes m’ont pris pour une baleine échouée. »

« Elles ont raison. Tu as un peu grossi, non ? On mange bien sur ces villes flottantes, n’est-ce pas ? Il faut se méfier de l’argent facilement dépensé, il un arrière-goût de trop salé. »

« T’es jamais content. Si j’avais su, je t’aurais effacé de ma vue à ma majorité. »

« Qu’est-ce que tu serais devenu sans moi ? Tu n’aurais pas eu tout cet argent sur un claquement de doigts. »

« Que veux-tu dire ? »

« Ton cousin… tu crois qu’il est mort naturellement ? »

Je me suis giflé. C’est à ce prix que mon compagnon imaginaire disparaissait de ma vue et désertait mes oreilles. Il était trop bavard.

Mon soufflet a été stérile.

« Ton voisin, c’est tout le contraire. »

« Tu l’as vu ? »

« Je croyais que je parlais trop… En fait, c’est juste pour te voir te mettre un pain dans la gueule. Tu ne veux pas recommencer, dis… »

Un grand éclat de rire, puis le silence, noir et profond.

« Alors… tu l’as vu ? Réponds, connard ! »

Je suis allé prendre une douche, l’eau coula terreuse.

 

*

 

Mon compagnon imaginaire avait le mal de mer. Il voyageait gratis mais n’en profitait point lors des croisières qu’il m’arrivait de me payer. Il détestait le train à cause du roulis – logique. J’ai honte de reconnaître qu’il me manque lorsqu’il la boucle, alors je le provoque, parfois. C’est si facile. A cause de lui, je n’ai fréquenté que des filles stupides – je ne me suis pas marié, mais je serais de mauvaise foi si je le lui reprochais.

Il est tellement laid que je me refuse à solliciter son apparition. Gamin, je l’avais créé moche – un corps de mille-pattes surmonté d’une gueule de T-Rex – parce que je craignais que mes copains ne me le chouravent. Ils étaient intrigués quand je les boudais pour jouer seul. Ils se doutaient qu’il y avait anguille sous roche – une anguille du Crétacé. Ils m’avaient espionné, en vain. Ils me surprenaient blablatant avec mon ombre, ils haussaient les épaules, et retournaient jouer entre eux. La solitude n’existe pas quand vous êtes suivi partout par un hologramme invisible et bavard qui vous parle de tout et de rien, surtout de rien.

Mais je m’y étais tellement attaché que…

Alors que les autres avaient « tué » le leur pour sortir avec des filles… Ils ont cru que j’étais homo et m’ont fui comme la peste.

« Pas grave, mec, ils sont cons et ne te méritent pas. Sinon, tu as songé à me trouver un nom comme je n’arrête pas de te le demander ? »

« T’es pas capable de t’en trouver un, tout seul ? »

« Je suis comme un nouveau-né auquel on impose une religion, je suis dans l’impossibilité mentale de choisir… »

« Impossibilité mentale, mon cul ! »

La procrastination est une seconde nature et je le lui ai prouvé jusqu’à aujourd’hui. A-t-on vraiment besoin d’appeler quelqu’un qui se pointe sur un claquement de doigts ?

 

« Tu vas y aller ? »

« Où ça ? »

« Chez le dingue. »

« Il n’est pas dingue. »

« C’est tout comme. »

« Je lui ai promis de lui raconter mon voyage, je dois tenir parole. Il est fragile, il s’énerve vite. »

« Il n’a plus ses parents ? »

« Ils ont disparu dans la nature quand on leur a appris qu’il subissait les contrecoups de sa naissance, avec le cordon ombilical enroulé autour du cou. Il a failli mourir alors qu’il venait à peine de naître. »

« C’était une bonne idée, ça. »

« Quoi donc ? »

« De mourir. »

« Tu sais que, si je veux, tu peux disparaître sur un… »

« Sur un claquement de doigts ? Je sais. Et j’en ai marre de tes menaces. »

« Arrête ton cirque… »

« Je n’aime pas le cirque. »

« Enfin un point commun. »

« Bon, tu vas lui raconter quoi ? Que les sirènes, c’est un fantasme de poissonnier ? »

« T’es con. »

« Je suis comme tu m’as fait. Et cette histoire de voisin muet qui profite de ton absence pour s’installer… t’en penses quoi ? »

« Il n’a pas dit qu’il avait attendu que je m’en aille… »

« Décidément, tu es son meilleur avocat. Ses parents n’auraient pas fait mieux. »

« Tu es odieux… et jaloux ! »

« N’importe quoi. »

Il émit un bruit de déglutition. Jamais compris pourquoi il improvisait ce son de glotte. Peut-être parce qu’il buvait mes paroles, histoire de ne perdre aucun mot – mes phrases comme des puzzles. D’ailleurs, il m’accusait souvent d’être saoulant. Le dromadaire qui se moque du bossu.

« Et la bienséance impose à cet homme de venir se présenter… »

« Mais puisqu’il est muet… »

« Il viendra avec une ardoise et une craie. »

J’ai eu envie de le gifler mentalement. Mais il était capable d’utiliser sa gueule de carnassier pour me mordre, et ses mille pattes pour s’enfuir. Pas envie de courir derrière une ombre que personne ne verrait. On me croirait aussi « idiot » que Biboulet.

« Quand je vous disais que c’est contagieux. »

Pour sûr, j’y aurais droit.

 

Quelqu’un a toqué à la porte en maniant le heurtoir à tête de loup. J’ai sursauté. Personne, dans le village, n’osait se risquer à poser la main sur ce museau de fauve. La superstition est partout.

J’ai pensé que c’était le voisin…

Coïncidence qui plairait à mon compagnon imaginaire.

Mais non. C’était l’agent immobilier.

Il était en train de bigophoner quand j’ai ouvert la porte. J’ai entendu mon portable tintinnabuler.

« Bonjour, pourquoi êtes-vous à ce point pressé ? »

« Non, mais vous ne répondiez pas. Et comme votre véhicule est garé là… »

« J’avais la tête ailleurs. Voyager par la pensée rend sourd. Sinon, concernant ma voiture, vous êtes très observateur. »

« Et pourquoi ? »

« Entrez. Pourquoi ? Peut-être parce que je ne vois pas comment vous avez deviné que je conduisais une voiture bleue. »

« Peu importe. Je suis venu vous dire que vous allez avoir un autre voisin… »

« Comment ça ? Il n’y a pas de maison. »

« Un touriste qui va venir y garer son camping-car. Un ami du maire. Vous avez tout intérêt à être sympa avec lui. Il restera un mois. J’ai pris l’initiative de vous avertir. »

« Vous avez bien fait. Mais comment avez-vous eu cette info ? »

« Mon petit doigt. Non, je connais quelqu’un qui travaille au cadastre. »

« Et alors ? »

« C’est tout ce que je peux vous dire. C’est secret défense. »

Il avait barré ses lèvres de son index.

Il m’a serré la main. Il était parti depuis une minute quand j’ai vérifié mon portable. Il n’y avait qu’un seul appel manqué.

 

Trois jours plus tard, toujours pas de voisin muet, ni de camping-car. Chez Biboulet, tout s’était très bien passé, il avait adoré mon récit.

« Cinq semaines pour faire le tour du monde… c’est peu. »

« Avec Jules Verne, c’était en ballon. Je sais que tu aimes bien cet écrivain. Il n’y a eu que six escales. On mettait pied à terre, on visitait, certains soirs, on assistait à un opéra, ou à un concert symphonique, et on repartait. N’oublie pas que les bateaux de croisière ne dorment pas. »

Il avait éclaté de rire.

J’étais reparti sans qu’il m’ait proposé à boire, mais bon, j’avais passé un bon moment à évoquer cet enrichissant voyage. Il m’applaudissait encore alors que je traversais, d’un pas alerte, la place du village.

 

Et puis, un jour de grand soleil, j’ai croisé un inconnu. J’ai tout de suite deviné qu’il s’agissait de mon voisin. Une baguette sous le bras, il sortait de chez la boulangère, femme avec laquelle je m’acoquinais parfois. Il avait baissé les yeux alors que je m’apprêtais à trouver un prétexte pour lui adresser la parole.

« Bonjour, monsieur, c’est vous le muet du village ? »

« Il n’y en a pas d’autres ? C’est une chance. »

« Mais… vous parlez ? »

Le temps de m’ébrouer afin de redescendre sur terre, il avait disparu de l’autre côté d’une haie de cyprès. Mon imaginaire s’envolait. J’avais eu le temps de remarquer son regard.

Bleu. Glaçant.

Il avait un faux air d’Henry Fonda.

Une fois rentré, j’ai convoqué Biboulet.

« Tu me convoques, maintenant ? Tu te prends pour le roi du monde ? »

« Non. Pour un dieu. Puisque je t’ai créé. »

« Bon, qu’est-ce que tu veux, ton altesse ? »

« J’ai vu notre voisin. Il ressemble à Henry Fonda. Tu ne trouves pas ça bizarre… C’est mon acteur préféré. Et j’ai vu au moins dix fois IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST. »

« Les voies du Seigneur sont impénétrables. »

« Bien sûr. Mais je ne crois pas aux coïncidences. »

« Et alors ? »

« Alors rien. Je vais devoir changer d’avis. Tu peux te retirer. »

« Je vous remercie, ton altesse. » 

 

*

 

Et le camping-car est arrivé. J’ai assisté au spectacle par la fenêtre donnant sur mon jardin. J’étais en train d’admirer les monts couverts d’un beau dégradé de verts.

Un homme en descendit et fit quelques mouvements destinés à le détendre. Il avait dû conduire longtemps. Longtemps et seul.

Il était chauve.

Il a machinalement regardé dans ma direction, et je me suis cru obligé de mettre ma tête à l’abri. Il n’était point armé, pourtant.

Biboulet est intervenu.

« T’as vu sa gueule ? Je suis sûr que c’est un détective privé. Fais gaffe, on cherche à te piéger ! »

« Me piéger…. Mais pourquoi ? »

« Peut-être parce que ton ami, l’idiot du village, a un casier judicaire long comme le bras. »

« Tu vois, je le savais que tu étais jaloux… »

« Jaloux d’un fada ? Tu te sous-estimes… Tu veux que je m’en charge ? »

« Que tu t’en charges… Mais tu n’as aucun pouvoir sur la matière… »

« Certes. Mais je peux agir mentalement sur certains cerveaux… »

« Qui ? »

« Biboulet, justement. »

« Laisse tomber ! »

« C’est ton fils ? »

« Non. Mais toi, je sais que tu as choisi d’être muet dans la peau d’un inconnu. Quel étrange rempart face à mon monde. Tu ne pouvais pas être importuné, parce que si quelqu’un te posait une question, tu ne pouvais pas répondre, et te proposer d’écrire la réponse, c’était une façon tellement humaine de t’humilier. Tu t’es parfaitement adapté à nôtre  époque. Bravo ! »

« Tu délires. Parce que si c’est vrai, tu as créé un monstre. »

« Tu avais tellement envie d’être un bipède. Tu as puisé dans mes goûts de cinéphile. Tu es pathétique. »

« Si j’ai ce pouvoir, c’est de ta faute. C’est toi qui fantasmais… Tu voulais être marionnettiste. Mais je ne serais jamais ton pantin. »

« Tu n’es responsable de rien, évidemment. »

Un courant d’air me décoiffa. La porte d’entrée. Quelqu’un avait ouvert la porte d’entrée.

« Qui est là ? »

« Ton loup ne te défend pas. Tout fout le coup. »

« Ta gueule ! »

Pas de réponse.

Le silence était de retour dans la maison. J’ai descendu l’escalier accédant au rez-de-chaussée, en comptant les marches à haute voix. Ma façon de lutter contre le stress.

Du bruit dans la cuisine.

« Toi ? »

« Tu étais là ? Pourquoi n’as-tu pas ouvert ? »

« Tu as sonné ? »

« Bien sûr. »

« Je n’ai rien entendu. Je suis désolé… »

Biboulet s’était assis et comptait les clémentines alignées sur la table.

« Il faut que tu saches… »

« Quoi donc ? »

« Le mec du camping-car, je l’ai surpris qui discutait avec le muet. Ton voisin… il n’est pas muet. »

« Je t’avoue que je m’en doutais, Bib’. Mais, rassure-toi, c’est réglé. Je sais qui c’est. »

« Et c’est qui ? »

« Je ne peux pas te le dire. »

Il s’est emparé d’une clémentine, me l’a lancé dessus, puis s’est levé et a pris la poudre d’escampette en me traitant de « fils de pute ». C’est la première fois qu’il le manquait de respect.

« Je vois que tu as toujours la côte avec ton ami. Tu devrais revoir ta copie. Heureusement que tu n’as pas d’enfant. »

Je me suis précipité dans le garage, j’ai attrapé mon fusil de chasse, et suis allé chez le muet. Il n’a pas ouvert, évidemment. Je savais comment me débarrasser de mon compagnon imaginaire, mais j’étais tellement respectueux de mon enfance que…

J’ai fermé les yeux et j’ai pensé très fort au jour de sa création. J’avais six ans, je voulais faire comme les autres enfants. J’avais six ans, et si je me rappelais clairement de cette année-là, c’est parce que mon grand-père est décédé le soir de Noël. Il s’est effondré sur le sapin dont les boules roulent encore le long de ma mémoire. Il était en train de ranger les cadeaux tout autour. Il s’est baissé, son cœur a dit non, il a battu des bras et…

Et nous avons dû tirer un trait sur ces fêtes de fin d’année.

Je m’étais dit qu’un compagnon imaginaire m’aiderait à supporter sa disparition.

J’ai pensé très fort à ce jour-là, et un grand cri a retenti dans ma tête.

« Tu as osé ! Espèce de… »

Je me suis soudain senti nu comme un ver.

 

J’ai sursauté quand l’homme chauve est entré dans la maison sans frapper. La seconde fois que le loup me trahissait.

C’était l’homme chauve du camping-car.

« Bonjour, monsieur. Je suis détective privé, je crois que vous êtes responsable de la mort de votre cousin. Vous étiez au courant qu’il vous avait couché sur son testament. Vous étiez le rescapé de la famille et il n’était pas marié. »

« Mais je… »

« Vous voulez savoir qui a financé mon enquête ? Il est agent immobilier et vous a trouvé cette maison, loin du monde. Vous vous imaginiez à l’abri, ici ? »

Biboulet entra, un couteau de cuisine à la main et le planta dans le dos du chauve sans que celui-ci ait le temps de réagir.

« Il n’avait pas vraiment l’allure d’un touriste. »

Je l’ai aidé à le transporter dans le jardin où nous l’avons enterré.

C’est Biboulet qui a appelé la police.

« Maintenant, c’est à toi de faire le nécessaire. Tu veux que je téléphone à l’agent immobilier ? J’ai une idée pour l’attirer ici. »

« Elle est bonne, au moins… »

« Imparable. »

« Dis toujours. »

« Je me fais passer pour l‘homme chauve. »

 

Ce jour-là, j’ai eu la preuve que Biboulet simulait… même avec moi.


Publié le 16/01/2026 / 2 lectures
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