L'inconsolée,

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J'ai été de ces êtres

inconsolés

inconsolée

de la tristesse de mes parents

de l 'alcoolisme de mon père

 

de ce jeune homme projeté sur notre pare-brise

par d'autres jeunes alcoolisés

 

d'enfants morts d'accidents

de maladies

de famines

 

des victimes de génocides

du nazisme

que je n'ai pourtant pas vécu

 

de ce que la religion nous a fait naître coupable

 

de ce couvreur tombé de notre toit

 

d' adolescents qui se sont suicidés

 

de ce que des abrutis m'aient violentée

qu'un inconnu ait voulu me tuer

 

Peut-être étais-je trop fragile

et si forte pourtant

de me consoler toute seule

malgré tout

 

 

D'ailleurs

me suis consolée

de tous ces sales esclavagistes

connus au travail

 

J'étais tellement plus belle qu'eux

 

Il m'est arrivé de choisir la pauvreté

pour ne plus les subir

 

J'ai choisi la vie

la joie

 

et d'en rire même

 

Finalement

me suis consolée de tout

 

Il m'a fallu des années

 

Je refuse les regrets

et la nostalgie

J'ai tout fait avec du cœur

même quand on ne m'en demandait pas

 

J'en reste fière

et fière de mes enfants

 

J'ai eu cette peur là

leur transmettre la peur justement

 

Il fallait en finir avec la culpabilité

 

Je préfère passer pour faible qu'être un bourreau

 

Lors d'une formation

une psy m'a dit comment avez-vous fait ?

 

Comment ai- je fait quoi ?

 

Comment avez-vous supporté tout ça ?

 

Avec de la force mais en gâchant mes études

c'est sûr

 

Avec de la lenteur aussi

Avec quelques années de dépression

quelques tentatives de suicides

quelques jours de coma

des errances

des erreurs

 

J'ai fait la paix avec mon passé

 

Ne la ferai pas avec les bourreaux

Quand à la joie, il n'y a pas d'âge pour la connaître ni pour l'accepter

 


Publié le 17/02/2026 / 5 lectures
Commentaires
Publié le 17/02/2026
Pas triste non plus. C'était avant. Pour ce qui est des violences, le lot de trop de jeunes femmes de toutes conditions. Une histoire de culture ? L'homme fort, la femme faible. Je pense que trop d'hommes de mon âge ont forcé, violé trop de femmes dans leur jeunesse. C'était l'époque du "C'est toujours oui quand elles disent non". Nous étions nombreuses à penser que la soit-disant libération sexuelle libérait surtout des hommes de leurs instincts primaires. Et nos libérations économiques, ils n'en avaient rien à faire. Est-ce que ça a vraiment changé ? Ce qui a changé en tout cas, c'est qu'elles puissent le dire. Pour ce qui est du consentement, que les femmes disent oui. Car non, elles ne peuvent pas toujours le dire. J'ai aussi de très bons souvenirs à la fois de mon enfance et de mon adolescence. Ceux-là devaient l'emporter sur les autres. Et puis il y avait de l'amour. ça aide. Pour signifier que rien n'est jamais perdu et qu'on peut avoir été très malheureux et s'en sortir, du moins, je suppose.
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