Si j'avais eu une fille...
La question n'est aisée quand l'heure est passée. Non pas que j'en éprouve des regrets, j'ai un fils qui me comble - même si l'adolescence ne saurait pour l'instant suffisamment le mettre en évidence - mais quand la lune sur moi son regard pose c'est une question que ma foi j'ose...
Que lui aurais-je dit que sa mère déjà ne lui ai transmis ? J'aurais probablement insisté sur la nécessité de ne rien céder - qui plus est quand Dame Nature de chromosomes appairés nous a gratifié - à cette fieffée vie si ce n'est un peu de son sablier, temps écoulé à se bâtir et l'Autre chercher puis choisir...
Il en viendra, nombreux peut-être, intéressants je l'espère, mais ne pas se précipiter alors il faudra, écouter ton cœur tu devras, non pas quand il accélère mais quand en son sein le calme il opère, car alors tu sauras, que celui-ci est différent, quand sur toi ses yeux il posera, non comme un trophée mais comme une note dont lui-même ignore encore la portée. Qu'il est gratifiant de se savoir tout à la fois musicien et instrument, ne pas comprendre où nous emmène le vent tout en sachant pertinemment que le destin n'a de comptes à rendre que si on le lui demande...
Je lui dirais probablement tout cela, en ces termes ou en d'équivalent, selon l'humeur ou le courage du moment, en espérant que ce qu'il est difficile de rendre tangible trouve écho quand mes précieux phonèmes se seront échoués sur la corde sensible de sa balance à damoiseaux...
Mais surtout je lui dirais que trop tard il n'est jamais pour connaître le véritable Amour, mais qu'au jour où il se présentera il faudra s'acquitter du passage... L'Achéron ne se traverse qu'à mesure que sa barque on ne renverse, quant à Alphée rien ne l'arrête si ce n'est Amour qu'on interprète, car alors par procuration il se vit et ainsi ne saurait prétendre sinon au titre d'accommodés circonvolutions. Je lui parlerai probablement aussi d'Orphée, de la vitale importance de ne point en arrière regarder car Amour pleinement dans le présent se vit, et nulles fantasmées réminiscences ne saurait revêtir autant d'importance que les bras dans lesquels chaque jour l'on danse...
Cherche petite, et jamais n'abdique, ce qu'au fond de toi ton cœur te dicte, car seconde chance tu auras mais alors trop tard il sera car la vie avance sans qu'il ne te soit donné de palimpseste la chance...
Vis ma belle enfant, à ton âme fidèle, tout comme l'hirondelle, changer de direction tu pourras, mais t'assurer de ne jamais minimiser de ton cœur l'horizon tu devras...
Ah, si j'avais eu une fille...