La lampe mystérieuse

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Je n’ignorais pas que le grenier était bourré de souvenirs appartenant à mon père. Il y en avait un qui m’intéressait tout particulièrement. Papa était un homme secret et il me tardait d’avoir quelques informations sur sa vie d’homme. Vie que je devinais palpitante, de l’autre côté du masque. J’avais enfin atteint l’âge qui permettait d’être légitimement curieux au sein d’une famille. Son visage, trop souvent souriant, cachait quelque chose de tellement plus profond. Maman ne voulait rien savoir… peut-être parce qu’elle savait déjà, mais ne voulait pas le montrer. Et comme j’étais leur fils, j’étais aux premières loges.

J’avais surpris l’une de leurs conversations, un soir où j’avais collé mon oreille à la porte de leur chambre, pour une inavouable raison. J’étais coutumier du fait. Je découvrais, grâce à mon ouïe, la vie à l’horizontale autrement qu’en regardant des films cochons.

« Je veux bien que tu écrives un journal intime, pas besoin de me demander la permission, mais cache-le bien, d’accord ? Tu imagines si Franck le découvre… »

« Tu voudras le lire ? »

« Non. Tu sais bien que je respecte l’intimité d’autrui. C’est bien pour ça que je n’ai pas de copines. Elles ne comprennent pas que je ne veuille pas participer au tribunal des médisances. »

« Mais je suis ton mari. »

« Justement. Les secrets ne sont précieux que lorsqu’ils sont gardés. »

Je ne captais pas tout, mais peu importait, la franchise sourdait du timbre de ma mère, et cela semblait contenter mon père.

Admiratif et frustré, j’ai décollé mon oreille de la porte. Il n’y eut point de bruit de succion. Il était clair que si je lisais ne serait-ce qu’une phrase soutirée à la vie intime de papa, je le paierais cher. Je m’octroyais juste le droit d’écouter l’interdit, à l’occasion. Et comme j’ignorais à quoi je m’exposais si je désobéissais…

Ce jour-là, je me suis juré d’imiter maman. De ne pas me mêler des affaires des autres.

Mais le sort, bien plus tard, en a décidé autrement.

 

*

 

Bien plus tard…

 

J'avais un gros problème. Mon oncle, comme souvent, a voulu m'aider. Son idée n'était pas mauvaise, mais...

« Pourquoi tu ne vends pas les vieilleries qui traînent dans ton grenier ? Tes parents faisaient les vide-greniers et achetaient n'importe quoi. Je les ai aidés à tout monter là-haut. Ma camionnette était pleine de soldats de plomb, de disques 78 tours, de poupées... »

Il s'était imaginé que j'avais tout oublié. Il n'avait confiance qu'en sa mémoire. Il combattait son pire ennemi, le général Alzheimer, en faisant des cures de phosphore et de vitamine B12.

« Des poupées ? »

« Oui. Ta mère, comme tu le sais, était orpheline. Elle les collectionnait parce que, enfant, elle n'avait jamais rien eu à bercer. Quand tu es venu au monde, elle t'a arraché des mains de la sage-femme pour... »

Gêné, je lui avais coupé la parole.

« Oui, j'ai remarqué que les poupées étaient bien rangées. Il n'y a qu'une fille pour être aussi soigneuse. On dirait qu'elles sont au garde-à-vous. »

« Et les soldats de plomb, ils sont où ? »

« Sur l'unique étagère de la vieille armoire normande. Elle est bouffée par les termites. Un jour ou l'autre, ils vont être obligés de sauter en parachute. »

J'avais éclaté de rire, fier de ma vanne.

 

Je jouais au poker, gagnais rarement, mais ne perdais jamais de grosses sommes. Cette fois, hélas, ce fut différent. Je connaissais un brocanteur qui voulait bien m'acheter quelques babioles. Il s'était pointé, un matin, pour un devis, et nous n'étions redescendus des combles qu'à l'heure de l'apéro. Il avait bu trois pastis qui lui avaient rendu le sourire. Il l'avait perdu quand j'avais refusé de lui céder, même à un bon prix, la lampe de mon père. Une promesse : ne l'utiliser que si j'avais un urgent besoin d'argent.

« Mais c'est le cas ! » avait lancé le brocanteur. « C'est vous qui l'avez dit, tout à l'heure, je n'ai pas rêvé ! »

« Je n'ai qu'une parole, je ne peux pas m'en débarrasser. Pas si je peux régler mes dettes... normalement. Papa était persuadé qu'elle fonctionnait comme celle d'Aladin. Le génie lui était apparu alors qu'il la dépoussiérait. Il n'aimait pas quand c'est maman qui s'y collait. Il disait qu'elle était trop maniaque. Qu'elle frottait trop fort. Que le génie avait le mal de mer à force d'être balloté. Il l'avait baptisé Bernard. Bernard, oui, avec la lampe dans le rôle de la coquille. Bernard-l'hermite. »

Le sourire crispé du brocanteur m'avait amusé.

« Oui, j’avais compris. Votre papa avait beaucoup d'imagination. »

« Moi, je le crois. Mais je n'ai jamais osé imiter Aladin. »

« Peur d'être déçu ? »

« Probablement. »

J'eus soudain une fulgurance. Je suis allé chercher, dans le tiroir de mon bureau, la page du journal intime de mon père que j'avais photocopiée, tant elle m'était chère. Je craignais tellement qu'elle ne fût grignotée par des souris.

Son journal intime, il me l'avait donné juste avant de décéder.

« Même ta mère n'a pas voulu le lire. » avait-il dans un souffle.

Sous l'effet de l'alcool, j'étais moins pointilleux avec l'intimité.

« Tenez, jetez un œil là-dessus ! Ça ne sera pas long. »

 

Il était clair que la main de papa avait tremblé.

« J'ai frotté la lampe. Le génie est apparu. Le conte a menti, il est tout petit. »

– Je veux partir avant ma chienne.

– Je suis désolé, je ne peux pas donner la mort.

– Alors je veux qu'elle soit immortelle. »

 

« Et, bien sûr, la chienne est morte. »

« Non. »

Soudain, des aboiements retentirent, en provenance de la terrasse.

« Comme vous pouvez l'entendre, Minette va bien. Elle a quarante-huit ans. »

Le brocanteur était devenu livide.

« Vous plaisantez ? »

« Pas du tout. »

« Et elle s'appelle Minette... Amusant. »

« Nous avions aussi une chatte. Toutoune est morte le jour de mon entrée au collège. Elle avait dix-sept ans. Elle n'avait pas eu droit aux faveurs du génie de la lampe. »

Il n'a rien dit. Le temps de rejoindre Minette pour la calmer, il avait déguerpi. Par la suite, il a toujours refusé de me répondre au téléphone. J'ai laissé tomber. Il me restait la solution de solliciter le génie. J'allais pouvoir vérifier s'il était aussi petit que le prétendait papa.

« Moi qui croyais le génie de la lampe grand, imposant, je suis tombé des nues quand j'ai vu ce petit bonhomme, minuscule caricature de celui du conte. J'ai cru à une hallucination. »

A force de relire son journal intime, je l'avais appris par cœur.

 

A mi-parcours de l’ascension, j’ai marché sur…

J’ai haussé les épaules.

J’ai atteint le palier, méchamment essoufflé. La sensation d’avoir escaladé une colline. La porte du grenier était fermée. Elle a grincé lorsque j’ai sollicité la poignée, mais a cédé alors que je pestais contre la rouille de ces serrures préhistoriques.

Bref.

La lampe trônait sur le buffet Henri II dont les colonnes torsadées semblaient des piliers incapables de soutenir un temple. Le meuble fatigué penchait telle la Tour de Pise. Maman y rangeait son service en porcelaine. Des souvenirs me harcelèrent, mais je les chassai d'un revers de main mental. Les mouches, en été, sont moins envahissantes.

La lampe avait remplacé la soupière sur son napperon, mais la fine étoffe avait disparu, dévorée par les mites.

Je mis machinalement mes mains dans les poches. Etait-il possible de sortir le génie de son hibernation en lui soufflant dessus ? Mon haleine était fraîche, je venais de me laver les dents. Fragrance à la chlorophylle refoulant le goût des bonnes soupes mijotées par maman grâce au potager de papa.

Je me suis approché comme au ralenti, traqueur. Quelque chose a craqué sous mon pied. Un cafard ? Quoi d’autre ? Le plancher ? Je me suis bien gardé de vérifier. J’ai tendu les bras afin de capturer la lampe. Pas question d'avoir la main molle et de faire sortir le génie avant de l'avoir sollicité. Il risquait de se cogner le crâne au...

Je dodelinai de la tête.

« Qu’importe la taille… Gulliver a souffert sous le nombre… Il vaut mieux un soldat armé que cent quidams, les mains dans les poches… »

L'émotion me faisait dérailler. J'ai maudit le poker, jeu de cartes qui me faisait glisser sur une pente savonneuse. Gamin, je me contentais du toboggan du parc.

J'ai saisi le lampe, je l'ai soulevée, et...

Elle était lourde. De quoi faire saillir mes biceps. La peur de la lâcher… de la recevoir sur mon pied d’appui. J’avais dû me hisser sur la pointe des orteils, comme pour regarder chez le voisin – sa fille se faisait bronzer, nue, sur la terrasse.

Quelle idée d’avoir essayé de la caler avec des vieilles encyclopédies !

Lourde, la lampe… oui. Très lourde. Le génie était-il devenu obèse, à force de sédentarité ?

Elle était écaillée. La peinture bleue partait en lambeaux, lépreuse.

La lampe était jaune.

Elle était en or.

J'étais sauvé.

Papa m'avait bien baladé. Il avait aussi leurré mon oncle. Lui, c’était parce qu’il l’aurait chouravée.

Alors je me suis amusé à la caresser comme une femme.

Un nuage se forma et l'enveloppa. Je l’ai posée par terre et j’ai reculé. Le nuage enfla puis monta, monta… Creva le plafond…

Je me suis ébroué. J’ai poussé un cri de victoire. Je l’ai récupérée et calée sous mon bras tel un ballon de rugby. J’étais d’attaque pour marquer un essai. La barbe à papa m’a suivi. J'allais pouvoir régler mes dettes. Je me suis mis à siffloter en descendant l'escalier. Là, j'ai dérapé sur...

Sur le cafard que j'avais écrasé à l'aller, et dont j'avais zappé le bruit, croyant qu'il émanait de l’escalier. Ces satanées marches qui craquaient au cœur de la nuit.

J'ai ouvert les yeux. Le génie était là, devant moi, bleu, les bras croisés.

« Je veux rembourser ma dette ! »

« Tu n’en as qu’une ? »

Un grand éclat de rire ébranla mes convictions.

Je rêvais. La première fois que je m’endormais à la suite d’un choc qui m’avait ouvert la porte de la maison d’Hypnos.

En grimpant, j’avais donc dérapé sur une marche méchamment cirée et je m’étais cogné la tête à la rampe.

 

J’ai tâté ma bosse en grimaçant. Ce n’était pas une bonne idée d’obéir au journal intime de papa.

Un autre cafard s’est suicidé en sautant d’une marche. Un coup de poing l’a achevé après qu’il avait réussi une réception parfaite de gymnase aguerri.

Il a fallu que je coure dans la salle de bains où je me suis lavé les mains comme si je les avais plongées dans la poitrine d’un ennemi pour lui arracher le cœur.

 

*

 

J’ai été plusieurs fois relancé par mon créancier. Ce n’était pas un mauvais bougre, mais lui aussi avait besoin d’argent. C’est ce qu’il prétendit, en tout cas.

« Je sais que tu es un type honnête, mais là, j’ai des traites à payer. Je ne suis pas encore chez moi. Le banquier ne me fait aucun cadeau. J’ai déjà beaucoup de retard. »

« Tu t’es offert une maison ? »

« Non, une librairie. »

« Je peux te régler en livres, si tu veux… »

Il avait souri.

« En livres sterling ? »

Ce n’était pas un mauvais bougre, non.

Ce matin-là, il a appelé.

« C’est pour aujourd’hui ? »

« Demain. »

« Ça marche. »

Le mot était tombé de ma bouche sans que je puisse lui lancer une corde pour qu’il s’y agrippe et remonte.

 

Cette nuit-là, j’ai été réveillé par des aboiements en provenance du jardin.

« Tu as encore rêvé. » me suis-je dit en allumant la lampe de chevet.

Une clarté solaire a envahi la chambre.

Je me suis levé et j’ai machinalement ouvert la fenêtre et les volets.

Un silence de cimetière.

« C’est toi, Minette ? »

Pauvre Minette, qui reposait depuis tant d’années dans le jardin.

Même sachant que c’était interdit, mon père avait enfreint la loi. Pas question de la faire incinérer ou, encore pire, de la jeter dans une benne à ordures comme un sac d’épluchures. Elle avait appartenu à la famille, elle en avait même été un membre parmi les plus fidèles. On lui avait conseillé de la faire empailler. Il avait refusé. Il ne voulait pas l’avoir, tous jours, sous les yeux, sans pouvoir une réclamer une léchouille. Sans qu’elle lui obéisse, surtout.

« C’est une bonne gardienne, jamais aucun cambrioleur n’a osé pénétrer chez nous, elle mérite une place de choix. A deux pas des rosiers de maman. »

« Bien sûr, papa. »

Et il avait pleuré, comme moi, quand j’y repense.

Je me suis essuyé les yeux avec un mouchoir en papier. Des souvenirs ont afflué.

Je venais d’entrer au collège et, un soir, Minette m’avait accueilli différemment de l’habitude. Elle parvenait à peine à remuer la queue et tremblait sur ses pattes.

« C’est pour cette nuit. »

« Quoi donc, maman ? »

« Son départ pour les étoiles. »

Le lendemain, papa l’avait mise en terre sans attendre que je me lève pour aller au collège.

 

Je suis retourné me coucher, laissant ouverts fenêtre et volets, l’oreille aux aguets.

Je me suis rendormi alors que je revoyais les photos représentant Minette lorsqu’elle n’était qu’un chiot. J’avais rangé les clichés dans un endroit secret que personne ne pouvait violer : ma mémoire.

Contrairement à mes parents, je ne gardais rien. Et je n’avais jamais rien collectionné.

Dans mon esprit, les souvenirs appartiennent à un monde virtuel, celui de la mémoire. Ils y sont inébranlables. C’est leur mauvais côté. Ils nous hantent, contrairement aux souvenirs palpables, bibelots et photos, dont il est aisé de se débarrasser, parfois moyennant finances.

« Quand tu veux, tu paies tes dettes ! »

Je venais d’ouvrir les écoutilles, comme chaque matin, à 6 heures. La durée de mon sommeil était réglée comme du papier à musique.

« Qui est là ? »

Je savais qu’il n’y avait personne, dans la maison, mais je faisais mon cinéma, le ventre gargouillant, histoire de relancer la machine.

Mon bol de café noir et non sucré, accompagné de tartines de miel, le tout ingurgités dans la bonne humeur, mais pas au point de siffloter, ma décision était prise.

Je m’apprêtais à solliciter la générosité du génie de la lampe de papa.

A ce jour, j’avais lu et relu son journal intime. Il était clair que son style imagé attestait que, s’il n’avait pas rencontré maman, il aurait fait une carrière d’auteur de best-sellers.

Après avoir fouillé les lieux, alors que j’avais décidé d’y rester, j’avais espéré découvrir des feuillets manuscrits, mais non, peine perdue, papa n’avait pas occupé son temps libre à ébaucher des histoires à convertir en romans.

Je ne pouvais que regretter de ne pas avoir son talent. Je n’aurais pas laissé passer le bus sans lui faire signe, et, à ce jour, j’aurais assez d’argent pour payer mes dettes.

« Tu crois vraiment que tu aurais joué au poker si un éditeur avait permis à ta plume de voler sur le papier ? »

« C’est toi, papa ? C’est si joliment dit. »

J’ai attaqué l’ascension de l’escalier. Longtemps que je n’avais pas mis les pieds dans le grenier.

J’ai eu un trac fou après avoir manié la poignée pour ouvrir la porte qui grinça.

Je savais où trouver la lampe.

L’odeur de poussière m’éclaboussa, parfum exagérément pomponnant, avant de m’enivrer.

 

La lampe était enveloppée d’une triple couche de toiles d’araignées.

Rien compris.

Comment était-ce possible ?

Un paquet cadeau ?

« Merci papa ! » ai-je hurlé.

Dans mon rêve, elle était lourde. Là, elle était légère. Et elle n’était pas posée sur le buffet Henri II, non. Normal, puisqu’il était démembré, ses colonnes torsadées éparpillées sur le sol couvert de sciure telles les quilles d’un jeu de la renaissance.

Elle trônait sur un vieux rocking-chair.

Je me suis amusé à la balancer, au risque de donner la nausée au génie, qui n’avait certainement pas le pied marin.

Le fauteuil à bascule craquait comme s’il était vertébré et atteint d’arthrose.

J’ai ordonné au capitaine de stopper les machines. Il était temps de redescendre. Je commençais à avoir envie de… de tousser.

Elle a pesé mille et une fois son poids lorsque nous sommes parvenus sur le palier ; Il m’avait suffi de refermer la porte. J’aurais dû la laisser ouverte. Je m’en suis voulu jusqu’à ce que je lâche la lampe. Pas parce que j’avais dérapé sur une marche fraîchement cirée, non, parce qu’elle était devenue brûlante. Elle a ricoché jusqu’en bas. Elle s’était immobilisée au milieu du couloir donnant sur le salon. Sans bobo, apparemment, si ce n’est le chapeau qui s‘était décroché et continuait de rouler en direction de la porte d’entrée. Je l’ai ramassé, ainsi que le corps de la lampe dont l’ampoule paraissait soudée, puis j’ai tout emporté dans la cuisine.

« Veuillez m’excuser, monsieur le génie, mais ce n’était pas une bonne idée de prendre une douche chaude pendant que je vous trimbalais. »

J’ai gloussé.

Je me suis soudain senti seul comme jamais.

« Je ne vous sers pas à boire du café, monsieur le génie. Vous risqueriez de boire la tasse. Sinon, j’ai du whisky, trente ans d’âge. On peut négocier, si vous voulez… Je vous l’échange contre… »

Je me suis servi un verre d’eau et c’est en me retournant que j’ai vu le bout de papier qui dépassait du chapeau. Il y avait été agrafé.

Je l’ai arraché. Quelques mots étaient manuscrits, à intervalles réguliers, et j’ai immédiatement reconnu l’écriture penchée de mon père.

 

Si tu attends le génie, tu attendras longtemps. C’est comme les bus quand on est pressé. Va plutôt voir dans la tombe de Minette. Tu y trouveras ce qu’il te faut pour payer tes dettes, et même au-delà.

 

Je me suis effondré.

J’ai entendu, yeux fermés, mon oncle reprochant à mon père d’entasser des meubles vermoulus, et tant d’autres vieilleries, dans le grenier.

« Quand tu auras faim, tu mangeras du bois. Mon beau-frère serait-il xylophage ? »

 

Je suis allé chercher la bouteille de whisky, dans le salon, et je l’ai vidée.

 

 

– EPILOGUE –

 

 

J’ai obéi à papa.

J’ai retourné la terre du jardin, mains nues, à l’endroit, indiqué par une croix de bois qui bourgeonnait, où Minette reposait.

Entre les quatre pattes du squelette, il y avait un sac en plastique avec, à l’intérieur, des liasses de billets.

« Papa… tu nous a bien eus, avec ton histoire de lampe squattée par un génie. »

Et puis, quand j’ai vu que c’étaient des francs, j’ai éructé comme si j’avais fait une fausse route.

Du mal à digérer cette mauvaise blague.

J’ai alors réalisé que j’avais profané la tombe de Minette pour des prunes.

 

J’ai pris un bain moussant très chaud, pour me réfugier dans l’équivalent du ventre d’une mère.

Envie de renaître dans la peau d’un autre. De me réincarner de mon vivant.

On toqua à la porte de la salle de bains.

J’ai eu le réflexe d’enfoncer ma tête sous l’eau moussue.

Ne pouvant plus respirer, je me sis renfloué.

Minette était là, debout, les pattes avant sur le rebord de la baignoire, et couinant.


Publié le 08/04/2026
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