La planète des chiens

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Je déteste les coqs. Ils sont trop matinaux. Je préfère un ténor qui se chauffe la voix en prenant sa douche. Je ne suis pas obligé de noter la qualité de son chant. L’entendre est déjà la preuve que mes murs sont en papier. Non, j’aspire à un monde où c’est un chien qui aboie pour annoncer le réveil du soleil. Il fera moins de canards.

L’agent immobilier, très professionnel, m’avait indiqué la bonne adresse.

« Moi aussi, j’exècre les gallinacés. On tue de magnifiques goupils à cause d’eux. Ma femme est rousse comme une renarde… mais moins rusée. »

Il gloussa.

Il m’avait déniché une maison idéalement située. J’y ai posé mes valises sans même la visiter.

Un soubresaut sous la couette. Je bâille en émettant un son de phoque apercevant une femelle égarée sur la banquise. Plus que deux jours et je prends ma retraite. La librairie va me manquer, mais rien ne m’empêchera d’y retourner pour acheter un peu de lecture. Et il y a Virginie, la vendeuse et néanmoins épouse du patron.

C’est l’heure… l’heure d’aller bosser.

Nonobstant mes jours de congés, j’ai réitéré cette obligation, six matins sur sept, depuis tant d’années. Au point de brancher mon reflet, dans la glace de l’armoire.

« Tu veux venir avec moi ? Je demanderai à mon ombre de te laisser la place, d’accord ? »

La porte s’ouvrait alors, toute seule, comme pour me repousser. Pas question de servir de bouche-trou. Un caractère de chien.

Je ne regrette rien. J’ai aimé mon boulot. Jongler avec des livres neufs avant de les distribuer d’office à des libraires pour lesquels je suis Dieu.

 

Je me rappelle mon arrivée sous mon nouveau toit. Mon premier réflexe avait été d’aller boire un coup, à l’heure de l’apéro. J’avais repéré un bar en descendant de voiture. J’ai longtemps respiré l’air du large. J’apercevais la mer, entre les platanes. Il y avait un terrain vague où des gamins shootaient dans un ballon en hurlant des noms de stars du football. Au-delà, des rochers surplombaient les vagues éclatées. Des géants de pierre prenant un bain de pieds. Du vent sifflait dans les branches, secouant les feuilles, tels des éventails, échevelant les cimes verdâtres.

Je me suis accoudé au comptoir après avoir commandé un demi. Je m’attendais à être mitraillé de questions. Non, je ne suis pas le nouveau facteur ! Oui j’ai acheté la maison d’en face ! Je m’appelle Franck, et vous ? »

« François. »

« Enchanté. »

« Pas mieux. »

Et soudain…

« Demain, c’est le caniche de madame Buttin qui s’y colle. »

« Non ! Pas lui ! Il collectionne les fausses notes. On dirait un chat qui vient de se faire marcher sur la queue. J’ai un vieux copain, dans le quartier voisin, qui a signé une pétition. Ils l’entendent de là-bas. Ils exigent qu’il soit remplacé par un clairon. Comme au bon vieux temps des conscrits. »

« Et ce satané Drakkar, le danois… toujours enroué quand le printemps se pointe. Un chien allergique au pollen… a-t-on idée ! Son énorme truffe ramasse tout. Mais vous avez raison, il faut souffler dans une trompette. Elle ne tombera jamais malade. »

« Le trompettiste, oui. »

« Il existe des vaccins contre le rhume. »

« Un vaccin contre le rhume ? Bon. Alors pourquoi pas un tambourinaire ? »

Une voix plus jeune s’interposa.

« Excellente idée ! Un tambour, ça remet la machine en route aussi efficacement qu’un tour de manivelle. »

« Vous nous prenez pour des 2CV ? »

Le garçon ne leur faisait aucun cadeau. Toujours la vanne au coin des lèvres, et le sourire qui va avec.

Les papets éclataient de rire et se séparaient après avoir avalé un dernier verre de pastis, pour la route.

Ils habitaient tous à deux pas du bar.

 

J’ai bien connu madame Buttin. Elle avait déjà des cheveux blancs quand je me suis installé dans le quartier. L’agent immobilier m’a confié qu’elle avait vu mourir une douzaine de caniches. Elle avait enfilé les chagrins comme des perles noires. Si elle avait pu en faire des colliers…

Elle s’était vantée de les avoir enterrés dans son jardin – elle m’avait mystérieusement épargné son délire.

La nonagénaire a prétendu que, les nuits de pleine lune, ils hantent les jardins voisins, à la recherche des baballes dont les gamins n’ont jamais eu la force de se débarrasser définitivement.

Au bar des papets, le garçon a lâché le lest à jeun. Madame Buttin voulait que sa tombe soit creusée entre ses deux massifs de belles-de-nuit. J’ai pensé qu’il me bizutait.

La maison a été mise en vente et les bavards, sauf un, l’ont mis en veilleuse.

« Monsieur, c’est vous le nouveau, je ne me trompe pas ? »

« Lui-même. »

« Je tenais à vous mettre en garde contre les bruits qui fleurissent dans le jardin de madame Buttin. Je vous dis ça parce que vous êtes son voisin. Les nuits de pleine lune, les pipistrelles n’osent même pas le survoler. Je suis sûr qu’elle… »

« Arrête tes conneries, Raoul ! » gueula quelqu’un, sur le trottoir d’en face.

J’ai immédiatement reconnu la voix du garçon. Il me fit coucou puis son index tapota sa tempe. J’ai traversé la rue pour le rejoindre.

« Il est dingue ? »

« Si peu. Il voit des fantômes partout. Il est né avec le cordon ombilical enroulé autour du cou. Il dit à tout le monde qu’un serpent a essayé de l’étrangler. C’est madame Buttin qui l’a mis au monde. Elle était sage-femme. »

 

Je vais régulièrement fleurir la tombe de la vieille dame, dans le petit cimetière où les allées sont conchiées par les oiseaux de passage.

Au moment où je trempe ma plume dans l’encrier pour vous raconter son histoire, sa maison  est toujours inhabitée.

J’ai été son unique voisin. De l’autre côté de son jardin, il y a une impasse jonchée de poubelles où les chats se perchent, le soir, sentinelles destinées à repérer des représentants du peuple trotte-menu.

 

*

 

La goutte de pluie qui a fait déborder la mer. Je vous en touche deux mots. Un tsunami de décibels matinaux.

Au début, j’en avais ri, hoquetant sous la couette, les yeux rouges de sourires. Et puis, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer de me lever si tôt alors que j’avais besoin d’une nuit sereine et complète pour attaquer ma journée de boulot dans une forme optimale. Une heure de route aller-retour. Je ne m’en plaignais point, j’avais choisi de vivre à l’écart des bruits de la ville, insultes et klaxons. La poisse, je suis tombé de charybde en scylla. Les aléas de vivre dans l’arrière-pays, en pleine garrigue. Mais je m’attendais plutôt au braiement d’un âne. Pas à ce qu’un retraité lozérien, rêvant des concerts de cigales, achète la bastide voisine et s’y installe avec son poulailler dont le coq souffrait métaphoriquement d’un cancer de la gorge.

« Cher monsieur Gallon… Vous aviez les grillons... La plus câline parmi tant de berceuses. Là, franchement, les cigales et leurs  violons désaccordés, ça casse les oreilles… et pas que les oreilles. »

Il avait haussé les épaules.

« Vous m’avez dit que mon coq vous réveille trop tôt le matin. Je n’ai pas rêvé, si ? »

« Non, non. Mais ne vous prenez pas le chou, je vais mettre les voiles. L’agent immobilier va me prendre pour un boomer instable, mais peu importe. Je ne peux pas vous demander de changer de roche. Le dernier arrivé à forcément tort. Sauf qu’un grillon accorde mieux son violon qu’une cigale. »

Nous avions failli en venir aux mains.

Mais s’il avait su que j’avais personnellement préféré les cigales aux coups de klaxons…

 

Nous nous sommes séparés bons amis après qu’il m’avait proposé l’aide de son fils, rugbyman, histoire de participer au déménagement.

« Vous verrez, il est bâti comme une armoire, et il déménage… A table comme sur le pré. Je vous prêterai ma camionnette. »

J’avais refusé.

Pas la peine, mon agent immobilier a des amis dont c’est le métier.

Le jour de mon départ, dans un clin d’œil, monsieur Gallon m’a offert un coq empaillé.

« J’ai un ami taxidermiste. C’est Léon, le père de celui qui vous réveille trop tôt. Il était toujours en retard, lui. Il vous aurait plu. »

« Merci. Au moins, il sera silencieux. »

« Vous croyez ? »

J’ai éclaté de rire. Il s’est contenté de sourire. Notre poignée de main a été sincère. Ma voiture a démarré dans un nuage de poussière. En passant devant le poulailler de monsieur Gallon, j’ai salué le coq qui paradait devant son harem.

 

Ce jour-là, à l’hôtel, j’ai rêvé que Léon se battait avec un chien et lui crevait un œil avant d’être égorgé.

Le lendemain, j’ai dormi sur le canapé de ma nouvelle maison. A l’aube, je me suis mis en branle pour mon dernier jour de travail. Une aubaine pour obtenir enfin un baiser de Virginie. Depuis le temps que…

Non.

Je me suis tenu à carreau pour ne pas être viré avant d’en finir avec la vie professionnelle.

Le front de mer me sembla la dernière étape avant le bout du monde. Un silence de cathédrale, à peine égratigné par le cri des mouettes. Ma vieille cafetière m’a fait sursauter. L’avantage avec la solitude, c’est que l’on peut verser des larmes sans être moqué.

« Ne sois pas hypocrite, vieux coquin ! Tu es triste surtout parce que tu ne verras plus la femme de tes nuits. »

« Je vais me remettre à lire et ma bibliothèque est vide. »

J’ai avalé cul sec le café brûlant. La voix tombée du ciel a toussé. Une grimace a fait craquer ma barbe naissante. J’avais oublié de me raser.

 

Le déménagement avait été plus rapide que prévu. L’agent immobilier avait mis la main à la pâte. Au moment de glisser la clef au creux de ma main, il m’a regardé bizarrement. Il me prenait pour un boomer instable, c’est sûr.

« Vous vous trompez. »

« Pardon ? »

« Non, rien. Et merci pour tout. »

Il m’a fait un petit signe en montant dans sa voiture.

« J’en ai vu d’autres… »

Je crois bien qu’il mentait.

 

*

 

Ma dernière journée à la librairie s’est déroulée dans une ambiance glauque. Un malaise planait, et je n’étais pas armé pour le chasser. De fidèles clients m’avaient gâté. L’un d’eux m’avait offert un livre dédicacé par l’auteur, régional de l’étape. J’avais partagé des chocolats qui nous avaient fait glisser lentement dans l’euphorie. Mon patron, un ami qui ne se dévoilait jamais, avait misé sur l’humour.

« Je t’enverrai un cadeau d’adieu par pigeon voyageur. »

« Est-ce que je peux savoir… »

« Non. Tu auras la surprise s’il n’est pas intercepté par un faucon… ou un vrai. »

« Moi, je balance – c’est mon signe du zodiaque. C’est un billet d’absence signé de la main du patron. » avait lâché Virginie.

Un fou rire en trinôme avait résonné dans la librairie – paravent d’une véritable émotion.

« On ne se perdra pas de vue, n’est-ce pas ? »

« Je ne suis pas maso, chère Virginie. »

Un silence qui dura le temps d’un soupir.

« C’est marrant, j‘ai commencé ma vie d’adulte en écrivant, je l’ai poursuivie en vendant des livres, et maintenant, je vais avoir enfin le temps de lire. »

Je n’avais pas eu droit au baiser promis, mais Virginie s’était fendue d’une bise sur le front après s’être quillée sur la pointe des pieds, comme lorsqu’elle était ballerine. Son mariage avait privé la danse classique d’une nouvelle étoile.

 

Ce soir-là, je suis rentré chez moi – une maison que je connaissais à peine – avec la certitude de ne pas avoir perdu mon temps.

Ma première nuit, sous ces nouveaux cieux, je l’ai passée à surfer sur d’improbables rêves. J’avais monté les treize marches de l’escalier – je ne suis pas superstitieux – comme si, paradoxalement, je montais à l’échafaud. La sensation d’avoir fait une grosse bêtise en me privant de la visiter avec l’agent immobilier. Les marches craquaient méchamment dans le silence. Les murs de la salle à manger étaient, par endroits, lézardés. On avait cherché à masquer les déchirures en accrochant des tableaux probablement peints par un amateur. Je n’avais pas voulu savoir qui avait occupé ces lieux avant moi.

« Un artiste peintre, non ? »

« Ne pas se fier aux apparences. » avait lancé le vendeur de biens, laconique.

« Un collectionneur de croûtes ? »

« Non plus. »

Je n’avais pas insisté.

La maison était meublée à l’ancienne et je m’étais bien gardé de demander le nom de l’artisan menuisier qui avait sculpté le grand buffet de la salle à manger, ainsi que la table de la cuisine, aussi lourde qu’un rocher. Un agent immobilier n’est pas un brocanteur. Je suis entré dans la chambre telle une jeune mariée poussée par un courant d’air. La porte s’est refermée – le courant d’air, assurément – alors que je testais le lit – qui ne craquait point, lui. Il était moelleux et je me suis allongé tout habillé, fixant le plafond où un lustre aussi poussiéreux que la lune quand elle est pleine, trônait, tantôt gris, tantôt lumineux, mais surtout dangereux pour le dormeur s’il venait à déserter son orbite.

J’avais été impressionné par les casseroles en cuivre accrochées au mur, dans la cuisine, et alignées au-dessus du four à micro-ondes, poupées gigognes au garde-à-vous.

Une horloge à balancier ne donnait plus l’heure, sur le palier. Vers minuit, j’avais assez sottement attendu que sonnent les douze coups.

« Elle est en panne, grand couillon ! Tu te croyais capable de la remettre en marche rien qu’en la caressant du regard ? Ce n’est pas une femme. »

J’avais mentalement compté jusqu’à douze. A dix, je me suis endormi et j’ai rêvé.

 

Rêvé que je veillais sur un poulailler, la crête fièrement dressée au-dessus de mon regard de dinosaure. En mode gardien de prison. Les poulettes somnolaient, prêtes à pondre. Un être à la fine moustache et la queue en panache – qui n’était point un écureuil – approchait à pas de loup. Je ne le voyais ni ne le sentais. Je savais que c’était lui parce que c’était écrit dans le scénario.

Un renard.

Je me dressais sur mes ergots tout en soufflant dans mon clairon afin d’alerter la meute de chiens qui roupillaient dans leurs niches, au cœur des maisons.

Mes complices, pour commencer, se contentaient d’aboyer fort, risquant de réveiller leurs maîtres et d’être sanctionnés, ce qui faisait fuir l’affamé goupil. J’en déduisais que ces bipèdes étaient insensibles (ou sourds) à ma musique.

Puis j’étais bouté hors du songe par deux chocs sourds en provenance du rez-de-chaussée. Qui pouvait bien toquer à ma porte en pleine nuit ?

J’ai consulté le réveille-matin. Huit heures. Probablement le facteur. Je figurais parmi les premiers servis sur sa tournée. Une lettre recommandée ? A peine installé ? Peut-être voulait-il me souhaiter la bienvenue dans le quartier.

Mon séjour dans la peau d’un coq avait occupé tout mon temps de sommeil.

L’occasion de revisiter mon lointain passé. Un ami d’antan affirmait que les rêves avancent au ralenti.

« Même les lévriers y courent lentement. On a l’impression qu’ils font du surplace. Remarque, il vaut mieux, comme ça, lorsqu’il s‘agit de loups, dans une forêt profonde, ça nous laisse le temps de déguerpir. »

« Mais alors, le dormeur… il est dispensé de ce ralenti ? »

« Je l’ignore. J’avoue ne pas y avoir songé. »

 

J’ai dévalé l’escalier, comme au temps de ma jeunesse galopante, sans crainte de me casser la gueule. Je me suis précipité sur la porte, l’ai ouverte. Il n’y avait personne. Mirage sonore ? J’ai machinalement regardé ma montre. Je m’étais peut-être trompé, tout à l’heure.

« Mais que t’es bête ! Tu vois bien qu’il fait jour. »

Je suis rentré, déçu.

« Attendez ! »

Le facteur.

« C’est vous qui… »

« Non, non. C’est Raoul qui vous bizute. Vous apprendrez à le connaître. Il a dix ans dans sa tête. Il va revenir à la charge. Il y a quelqu’un, dans le quartier, qui l’a arrosé d’eau de Javel alors qu’il faisait mumuse. On ne le déteste pas, par ici, mais il fait peine à voir. Si beau et débile. Je vous prie de croire que les femmes le reluquent. Mais lorsqu’il leur parle, elles prennent la fuite. Elles sont cruelles. Pas sa faute si la sage-femme a eu du mal à dénouer la cravate sanguinolente qu’il avait autour du cou. Vous êtes au courant, n’est-ce pas ? C’est votre voisine. Elle s’est absentée. Elle part souvent en voyage avec son chien. Je suis sûr que, dès son retour, elle viendra vous saluer avec un gâteau. Ses tartes aux pommes sont délicieuses. »

J’ai éludé, mal à l’aise.

« Vous n’avez pas de courrier pour moi, je présume. »

« Non, bien sûr. Je suis juste venu me présenter. Je suis content que cette maison soit enfin habitée. »

« Je vais essayer d’être digne d’elle. »

« Alors bienvenue dans le quartier, j’espère avoir souvent l’occasion de remplir votre boîte aux lettres. Les facteurs ne sont pas tous des feignasses. En plus, je fais courir le bruit que je vais être muté dans le nord. J’aime bien faire des blagues. Et puis, ils sont contents de moi, les riverains, et j’aime quand ils me supplient de rester. »

Il  a eu droit à mon sourire.

J’avais eu envie de lui demander si mon prédécesseur, entre ces murs, n’était pas, par hasard, un artiste peintre.

« Et il est parti en laissant ses toiles accrochées au mur de la salle à manger ? »

« Il est peut-être mort. »

« Peut-être, oui. Mais l’agent immobilier me l’aurait dit. »

« Ces gens-là ne se contentent pas de mentir, il leur arrive de cacher la vérité. »

J’ai congédié la voix qui hantait mon cerveau et j’ai refermé la porte en évitant de la claquer. J’avais remarqué qu’il y avait de l’écho, dans le quartier.

« Heureusement qu’il n’y a pas de coq, dans le coin. »

« Je crois t’avoir demandé de me foutre la paix. »

« Je ne suis pas obligé de t’obéir. »

 

*

 

Ce matin-là, après avoir siroté un café méchamment sucré, histoire de me remettre les idées en place, je suis allé me balader sur le front de mer pour m’enivrer – par-dessus le marché – de l’air du large. La vue était magnifique. Des îlettes, un phare pointant le ciel sans animosité, et moult pointus rentrant au port, suivis par une nuée de mouettes. J’ai entendu des pas, je me suis retourné. Quelqu’un se glissait derrière un platane. Je l’entendais respirer fort, preuve d’un silence qui devenait assourdissant. Ses doigts griffaient l’écorce. Etait-il incapable de dompter ses mains ? L’individu avait probablement couru pour…

La voix était intervenue.

« M’étonnerait qu’il se cache. Au contraire, il t’a suivi jusqu’ici pour te parler le plus loin possible du quartier. Là-bas, les oreilles volent plus bas que les hirondelles. Et je crois savoir qui c’est. »

« Si tu pouvais ne pas ramener ta fraise ailleurs qu’à la maison… »

L’homme bondit hors de sa cachette.

« Encore vous ? »

« J’ai à vous parler. »

« Qu’est-ce que je te disais… »

La voix me cassait les oreilles lorsqu’elle murmurait. Je baignais dans un délire absolu, mais je commençais à en avoir l’habitude. La retraite me rendait schizophrène.

Raoul shoota dans un galet qui trainait par terre.

« Heureusement qu’il est petit. » fis-je.

« Petit mais lourd. »

Il simula une claudication.

« Cinéma ! »

Il sourit, me montra un banc et m’invita à le suivre.

« Il y a une très jolie vue. Si ce que j’ai à vous dire vous ennuie, vous n’aurez qu’à m’ignorer en admirant les chalutiers et leurs cortèges de goélands. »

« Je croyais que c’étaient des mouettes. »

Il avait haussé les épaules.

« Les mouettes, elles préfèrent les déchetteries. »

Il attaqua.

« Elle est bientôt de retour. »

« Qui ça ? »

« Madame Buttin, votre voisine. Si vous écoutez la radio à plein tube, il va falloir la mettre en veilleuse. »

« Comment savez-vous qu’elle… »

« Son chien me l’a dit. »

« Je vois, je vois. »

« Non, vous ne voyez pas. Je sais bien que vous me prenez pour un fada. Vous êtes comme les autres. Je vous croyais différent. Je vous observe depuis que vous êtes arrivé. Vous n’avez pas fait un malheur quand j’ai frappé à votre porte, l’autre jour. Le facteur m’a engueulé, mais bon, il me comprend, lui. »

« Le chien… »

« Oui ? »

« Vous êtes sûr qu’il parle ? »

« Il ne parle pas. C’est moi qui comprends son langage. »

« Vous parlez le chien couramment ? »

« Vous voyez, vous vous moquez. »

« Désolé, c’est plus fort que moi. Comprenez que ce n’est pas courant… »

« Il suffit de naître avec un boa autour du cou. »

Il éclata de rire et s’en alla d’un pas pressé. Je n’ai pas eu le courage de le retenir.

Après avoir fait dix pas, il se retourna.

« Ce soir, à 21 heures, rendez-vous dans l’impasse des poubelles. Là, je vous prouverai que le chien me parle. Et il me parle parce qu’il sait que je capte ce qu’il me dit dans sa langue natale. Sa langue natale… il me lèche aussi. »

Et il recommença à rire en hoquetant.

« Mais… le chien… On m’a dit qu’elle était partie avec lui… »

« On en a déduit qu’elle était partie avec lui. C’est une hypothèse, pas une affirmation. A ce soir. »

Il s’est levé et s’est mis à courir. Il me fit penser à un gamin qui vient de voler une pomme au marché. Je me suis ébroué. Je l’avais imaginé en culottes courtes, retombant physiquement en enfance. Il ne l’était que dans sa tête. Il a disparu au coin de la rue après que mon attention fut détournée par un vol d’hirondelles. J’ai respiré à fond l’iode et je me suis senti rajeunir. C’était hélas provisoire. Envie d’un autre café méchamment sucré.

 

« Tu vas y aller ? »

« Pourquoi pas ? Ce mec m’intrigue. Il me fait penser à un vieil ami qui prenait un malin plaisir à se sous-estimer alors qu’il avait un talent de dingue. »

« Il était dingue ? »

« Mais non ! Juste un peu allumé. Il écrivait des textes qu’il rangeait dans un tiroir. Il invitait ses amis à l’ouvrir pour en prendre un au hasard. Ils devaient le lire à haute voix. Les applaudissements claquaient sous son toit. En échange, il leur payait un coup à boire. Il ne m’a jamais fait le coup. Il n’ignorait pas que je l’estimais aussi pour ses qualités de nouvelliste. Les autres disaient que sa prose saoulait plus que cinq verres de pastis. Il est mort, l’année dernière, sans même avoir cherché à être édité. A l’époque, tu ne squattais pas encore ma tête. »

« Tu avais de ces fréquentations… »

 

21 heures.

Le crépuscule m’avait tendu les bras. Je me serais jeté tout contre lui même si je n’avais pas rendez-vous avec Raoul. Et maintenant, c’est la nuit qui m’invitait à la biser sur les deux joues. Les poubelles débordaient. Pas un jour de passage des éboueurs, visiblement. Cette pensée me fit réaliser que l’odeur ne m’importunait point. Des nuages s’étaient réunis en troupeau pour charger, flanc contre flanc, un ennemi que j’étais bien incapable d’appréhender. Le vent, leur allié, assurait leurs arrières. Pas ma guerre.

Raoul se pointa. Il faisait des gestes de pantin abandonné par son marionnettiste.

« Je suis en retard. »

« C’est quelle heure ? »

« 21 h 08, précisément. »

« Vous y voyez dans le noir ? »

« Peu importe. »

Il y eut un silence. Des clapotis poussés, dans notre direction, par une bourrasque vagabonde, le troublèrent. J’en fus ébouriffé. Le mistral était bien capricieux, ce soir-là.

« C’est un débarquement ? »

Son index, posé sur ses lèvres, me fit taire.

« Ecoutez ! »

Il colla son oreille contre le mur du jardin de madame Buttin.

« Il ne va pas tarder. Il est souvent en retard. »

« Qui ça ? »

« Le chien de la vieille dame. »

Il apparut, à l’entrée de l’impasse, se faisant remarquer par un grognement qui, paradoxalement, me parut amical.

Dans le jardin de madame Buttin, une clameur canine s’éleva soudain. Des jappements de chiots cohabitèrent avec des menaces de loups. C’était donc cela que Raoul espionnait, tel un médecin auscultant un patient.

« Regardez ! »

Raoul me montra le ciel. Je me suis abstenu de regarder son doigt. Pas envie de passer pour un imbécile. Deux nuages avaient déserté le troupeau, permettant à une lune ronde et rousse d’apparaître à la fenêtre.

Le chien vint lui lécher la main qu’il tendait. Il m’ignora et j’en fus bizarrement vexé.

« Tu veux que je t’aide à franchir le mur, c’est ça, hein ? »

Le brave toutou aboya longuement.

« Qu’est-ce qu’il a dit ? »

« Il me demande de faire attention. Il a mal aux pattes. Il a beaucoup marché pour être fidèle au rendez-vous, et les chiens, comme nous le savons tous, sont naturellement fidèles. »

« Et madame Buttin ? »

« Elle le cherche. Quand elle l’aura trouvé, elle rentrera. Ils font toujours ça. C’est un rituel. »

« Mais… ne me dites pas qu’elle a enterré ses chiens dans le jardin… »

« Si, si. Je vous le dis. Ce n’est pas un ragot. Enterré tout en sachant qu’ils reviendront hanter le quartier pour une nuit. La pleine lune les fait remonter à la surface. Lui, il est destiné à devenir le chef de meute. Je crois que la vieille dame s’est plus attachée à lui qu’aux autres. Ça crée des embrouilles au sein de la meute. »

« Mais ils sont morts… »

« Pas totalement. La lune veille sur eux. »

« C’est une histoire de fou. »

« Je suis fou. Ce n’est pas ce que vous pensez ? »

« Plus maintenant. Vous avez un don, c’est tout, et les autres préfèrent se cacher derrière un rideau de facilité. »

« C’est joliment exprimé. Derrière ce rideau, oui, ils observent en s’efforçant de ne pas être repérés par leurs voisins. De vraies sentinelles. Heureusement qu’ils ne sont pas armés. Un monde de faux-culs. »

Raoul choisit l’endroit où le mur était le moins haut, saisit le chien et grimpa sur une poubelle. Il lâcha le brave toutou, de l’autre côté du mur.

« Mais… »

« Il ne risque rien. Il n’y a qu’un mètre de haut. Il a atterri sur le compost. Ça amortit le choc. Ce n’est pas un chat, mais bon, il a des amortisseurs à la place des coussinets. »

J’ai deviné qu’il se retenait de glousser. Je me suis demandé combien ils étaient dans sa tête.

« Pas comme nous, pas vrai ? » lança la voix.

« Pardon ? »

« Nous sommes un couple. Une troisième personne donnerait raison au proverbe, et l’adultère est sévèrement puni par la loi. »

Et elle éclata de rire. J’ai grimacé.

 

Il y eut de l’effervescence, coups de gueule et couinements. Un combat de rue chez les toutous. La planète des chiens désertait son orbite.

« Mais comment allez-vous le récupérer ? »

« Il est chez lui, et je vous ai dit que sa maîtresse allait rentrer. »

« Mais elle s’étonnera de le trouver dans son jardin. »

« A son âge, on ne s’étonne plus de rien. »

Il accompagna son propos d’un rictus. Le silence reprit possession du quartier. Des volets, claquant dans la nuit, s’étaient refermés tels les yeux d’un mort.

« Mon Dieu ! » hurla Raoul.

« Quoi ? »

« Ils l’on tué. La jalousie n’a pas de limites chez les zombies. La pleine lune est notre ennemie. A force de côtoyer les humains, ils deviennent aussi cons qu’eux. »

« Que nous… »

« Non, qu’eux. Je ne suis pas humain. »

La lumière du réverbère transforma ma grimace en sourire, et il sembla s’en émouvoir.

« Vous ne me jugez pas, c’est bien. Je savais que je pouvais vous faire confiance. »

« Demande-lui de te tutoyer. » me souffla la voix sur un ton de reproche.

« Tu es jalouse ? »

« Tu oublies que je suis une voix d’homme. Mais peut-être que… »

Je lui coupai la parole.

« Pas remarqué la différence. »

Raoul était parti, tête basse, sans mot dire.

Le mistral a cessé de souffler. Je ne l’avais même pas entendu siffler.

 

 

– EPILOGUE –

 

 

Madame Buttin m’a rendu visite le lendemain matin. J’étais assis dans ma cuisine, me demandant si ce que j’avais vécu, la veille au soir, appartenait à un rêve, ou pas.

« Arrête de douter de ta mémoire ! Tu n’as pas la gueule de bois. C’est donc que tu n’as pas bu après que tu as rejoint Raoul dans l’impasse. Tout s’est réellement passé. Bien souvent, la réalité est pire qu’un cauchemar. »

La vieille dame a sonné une fois. Elle n’avait plus la force de toquer. J’ai ouvert dans un grand sourire forcé qu’elle a néanmoins capturé à la volée.

« Je suis madame Buttin. Depuis le temps que je réclame un voisin. Ça fait une éternité que je n’ai pas cuisiné une tarte aux pommes. »

« Bonjour, madame. Depuis le temps qu’on me parle de vous. Je suis enchanté de faire votre connaissance. »

« Pas tant que moi. Nous allons fonctionner en trinôme. Mon petit chien va être jaloux, mais bon… Il est si possessif. »

J’ai pâli. Avais-je rêvé de cette soirée au clair de lune ?

« Bougez pas, cher monsieur, je vais la chercher ! »

« Quoi donc ? »

« La tarte. »

« Oui, bien sûr. Où ai-je la tête ? »

J’avais été impressionné par la luminosité de son regard. Je me suis dit qu’avoir été mis au monde par cette créature était un bon départ, dans la vie. Oui, mais voilà, si Raoul était capable de lire dans mes pensées…

Elle est revenue cinq minutes plus tard avec son chien.

« Je vous ai fait attendre. Il ne voulait pas me suivre. Il lui arrive d’être têtu. »

La sensation qu’il m’avait reconnu. Madame Buttin a posé la tarte sur la table de la salle à manger. Le petit chien a grogné. Je venais de penser qu’il avait l’air bien fragile pour un chef de meute. Je lui ai posé une question mentalement à laquelle c’est la voix qui a répondu.

« Là oui, tu rêves. Les chiens ont toutes les qualités, mais pas celle d’être télépathe. »

« Je le croyais mort. Mais tu as raison. Je m’attendais plutôt à lui parler dans l’autre monde. »

« Dans l’autre monde… un chien ? Tu rêves encore. Ils méritent mieux. »

J’ai fait la gueule et madame Buttin a cru que j’étais pressé qu’elle s’en aille. Je me suis rattrapé in extremis.

« Je ne sais comment vous remercier. »

« Le facteur m’a dit que vous étiez libraire… »

« Pas libraire, juste employé. »

« Oui, voilà. J’aime lire, alors j’ai pensé que… »

« Ce sera avec plaisir, chère madame. »

Lorsqu’ils ont franchi le seuil, j’ai remarqué que le chien claudiquait.

« Il fait semblant. »

« Tu crois ça ? Il avait toute une meute contre lui… Quand je pense… Certains, dans le quartier, prétendent que c’est un fantasme. »

« Quoi donc ? »

« Qu’elle a enterré ses toutous dans le jardin. »

 

Nous sommes restés en très bons termes, Madame Buttin, le chien et moi.

Jusqu’à ce que…

Jusqu’à ce que Jésus meure de vieillesse – ses chiens s’appelaient tous comme le Christ.

Jusqu’à ce que j’aie une idée.

La voix qui me hantait, d’ordinaire omniprésente, s’est faite rare, avant de s’éteindre.

Monsieur Gallon, le vieil homme de l’arrière-pays, ne m’avait-il pas dit qu’il avait un ami taxidermiste ?

J’ai demandé à madame Buttin si elle voulait bien que…

Elle a accepté, les larmes aux yeux, en déclarant que je lui sauvais la vie.

« Tu vas voir, tu en hériteras quand elle passera l’arme à gauche. »

« Tu ne respectes rien ni personne. »

« Ça m’a échappé. »

J’ai dodeliné de la tête. Je n’avais vraiment rien à lui dire.

« Déjà de retour ? »

« J’avais des RTT en retard. Avoue que je te manquais. »

J’ai éludé.

« Demain, je retourne dans la garrigue. J’ai un petit service à demander à monsieur Gallon, et un gros à rendre à madame Buttin. »

 

Cette nuit-là, j’ai rêvé que le chien boiteux dormait sur mon lit. Il était secoué de spasmes et je me mettais en branle pour aller le promener.

« Allez, viens ! Une petite balade te fera du bien. »

Madame Buttin m’avait avoué que, lorsqu’il ne parvenait pas à dormir, il lui léchouillait le visage jusqu’à ce qu’elle se rhabille et le sorte au clair de lune.

En me levant, j’ai vu, dans la glace de l’armoire, que j’étais seul dans la chambre.

Je me suis réveillé d’un bond. Adossé à l’oreiller, j’ai tâtonné pour mettre la main sur le bouton de la lampe de chevet. Un clic et la lumière fut. Il n’y avait personne, dans la pièce, même pas une ombre voyeuse, et j’en ai été profondément déçu. Je me suis rendormi. A cinq heures du matin, un aboiement m’a fait sursauter. Je me suis précipité à la fenêtre. J’avais oublié de fermer les volets. L’un des réverbères clignotait. Je suis retourné m’asseoir sur le lit.

« Déjà debout ? »

« L’aboiement, c’était toi ? »

« Je ne suis pas un chien… ni un coq. »

« Sans blague. »

« Seule la réalité me permet de parasiter ton cerveau. Je passe mal en songe. Je risque de m’y transformer en voix de ventriloque médiocre. Bois un café méchamment sucré et ça ira mieux dans ta tête. »

« Tu crois que j’ai rêvé l’aboiement ? »

« J’en suis sûr. Le coq de monsieur Gallon te manque. Faut-il que tu sois maso… »

Je me suis contenté de bougonner.

 

Monsieur Gallon s’est déclaré ravi de me revoir. Quelque chose m’avait perturbé en arrivant. Son poulailler avait été pillé. Plus un seul gallinacé pour caqueter au passage d’un véhicule.

« Mais que s’est-il passé ? Et Léon ? »

« Des renards. J’en ai tué deux et les ai faits empailler. Ils me serviront de cibles quand j’aurai envie de m’exercer au tir de précision. Je ne suis pas maladroit, mais quand on vit au cœur de la garrigue, il faut savoir tirer ailleurs que dans les coins. »

Il avait souri tristement.

« Je vous ai amené le corps du petit chien. Je compte sur vous. La vieille dame est prête à y mettre le prix. »

« Non, non. Mon ami ne voudra pas parler d’argent. Et il aimera rendre service à cette vieille dame. Moi, j’ai voulu qu’il s’occupe de Léon, mais il avait été décapité. Je suis arrivé trop tard. Je collectionne les cauchemars depuis. Je me bourre de café pour ne pas dormir. Je vais faire un ulcère à force de culpabiliser. »

Je suis reparti, à la fois heureux pour madame Buttin et maussade à cause de la mauvaise nouvelle touchant mon ancien voisin.

« Tu peux, maintenant, revenir vivre ici. Il n’y aura plus de cocori… »

« Mais tu vas te taire ! »

« Je retire. Le père Gallon est capable de repeupler son poulailler. »

 

Madame Buttin a survécu dix mois à Jésus. Elle avait prévu d’en adopter un autre, mais elle craignait qu’il ne fût effarouché par la présence de son prédécesseur empaillé.

La voix avait raison, j’en ai hérité lorsqu’elle est décédée. Le médecin a dit qu’elle était morte d’ennui. Dans le quartier, il s’est murmuré qu’elle était capable de se faire enterrer dans son jardin,  au milieu de la meute. Une pétition a circulé, destinée à museler les médisants.

Un soir, je me suis baladé sur le front de mer. Raoul se faisait petit. Je n’ai pas cherché à savoir pourquoi il m’ignorait. Il avait probablement peur que je lui demande s’il se sentait vengé.

« Il lui en voulait à ce point ? »

« Faut croire. »

Une jeune femme fit sonner ses talons hauts sur le trottoir. Je l’ai immédiatement reconnue.

« Virginie ? Quel plaisir de vous voir ailleurs que dans la librairie. »

Nous nous fîmes la bise.

« Que me vaut le plaisir… »

« Je promène mon chien. »

« Mais il est où ? Vous ne le tenez jamais en laisse ? »

« Jamais. Ça le stresse. Nous sommes venus dans le coin parce qu’il y a très peu de voitures. J’avais complètement oublié que vous habitiez ce quartier, maintenant. »

« Je vous invite à boire un verre. Vous venez ? Votre toutou aura droit à une friandise. »

« Avec plaisir. »

Il nous précéda comme s’il savait où j’avais posé mes valises.

Virginie a apprécié la cuisine « à l’ancienne ». Elle a souhaité boire un thé. Nous nous apprêtions à trinquer dans la bonne humeur lorsqu’un couinement a retenti en provenance de la salle à manger.

« Mon Dieu ! Jésus ! »

Je me suis levé sous le regard intrigué de Virginie.

« Il a dû se cogner à votre table. Il se dandine. C’est un Shih Tzu, Ça lui arrive souvent. »

« Je vous dis que c’est Jésus ! »

Elle m’a emboité le pas et a poussé un cri quand nous avons trouvé son chien égorgé, perdant son sang sur le tapis, devant la cheminée.

« C’est lui, Jésus. Cadeau de ma voisine. Il est empaillé. Mais il se réveille parfois. »

« Quoi ? »

Elle poussa un hurlement qui me vrilla les tympans.


Publié le 17/02/2026 / 2 lectures
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