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Nous avons vécu dans une bulle, coupés du reste du monde pendant toute une semaine. Maintenant, je suis dans ma voiture, garée derrière la maison, comme d'habitude, mais... je n'arrive pas à en sortir. Mes mains sont serrées sur le volant, mes jointures blanchissent. Aujourd'hui, je dois affronter Monsieur Valygaut. Chaque pas me coûte. Je suis terrifié. Je ne veux pas perdre mon travail, mais après cette semaine... je serais prêt à tout recommencer si cela me permettait de continuer de voir Félicity. Mais tout ça, c'est un rêve... un rêve qui ne se réalisera probablement jamais.
C'est maintenant ou jamais. Je me retrouve enfin devant la porte imposante du bureau. Je prends une grande inspiration. Je frappe, puis entre. Il est assis derrière son bureau massif, concentré sur un dossier, probablement l'un des miens. Pas une seule fois, il ne daigne lever les yeux.
- Bonjour, Monsieur...
- Ah, monsieur West. L'assistant naïf, tombé dans les griffes de ma fille à la première occasion.
Sa voix est tranchante, chaque mot est une lame.
- Je vous pensais intelligent, mais comme j'ai maintenant des doutes, je préfère vous le demander. Vous comprenez pourquoi vous êtes ici, n'est-ce pas ?
- Oui, Monsieur...
Il finit par lever la tête, et ses yeux bleu cyan me transpercent comme des glaçons. Si son regard était une arme, je serais déjà mort depuis longtemps.
- Bien parlons-en. Vous avez osé interférer dans une affaire qui ne vous concernait pas. Vous avez pénétré dans la chambre de ma fille, sans autorisation de ma part, et vous vous êtes comporté d'une manière indécente. Vous avez trahi ma confiance.
Je sens mon cœur battre à tout rompre. Je serre les poings, tentant de garder mon calme, mais ma voix tremble légèrement malgré moi.
- Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur. Je ne pouvais pas rester là et vous laisser lever la main sur votre fille. Peu importe mon rôle ici, personne ne mérite ça.
Ma voix faiblit, mes souvenirs se mêlent à mes mots, ramenant des images que j'aimerais oublier.
- Je... je ne veux pas attirer votre pitié, mais j'ai vécu la plupart de mon enfance dans la rue où je me faisais frapper sans aucune raison. Je ne souhaite ça à personne... je suppose que je suis viré ?
Monsieur Valygaut reste silencieux un moment, puis un sourire glacial étire ses lèvres.
- Non, vous ne l'êtes pas. En-tout-cas, pas maintenant. Je veux que vous me prouviez que tout ce qui s'est passé n'était qu'une machination de ma fille. Alors, vous allez organiser ces rencontres, et vous veillerez à ce qu'elle en choisisse un.
- Et si, je refuse... ?
- Vous n'êtes pas irremplaçable, Monsieur West. Je vous virerais sans hésiter, et ma menace suivra rapidement. Vous ne trouverez plus de travail dans ce domaine. Je vous laisse le soin de lui annoncer vu que vous vous connaissez bien maintenant.
Le sol se dérobe sous mes pieds. Chaque seconde resserre un peu plus l'étau autour de mon cou. Je finis par sortir de son bureau pour me diriger vers la chambre de Félicity. Mon esprit est en tourmente, incapable de trouver une solution. Je sais que Féli fera tout pour éviter de choisir un prétendant, mais cela signifie que la faute retomberait sur moi.
J'ai étudié pour travailler dans la finance, j'ai accumulé des tâches annexes pendant plus de deux ans pour grimper les échelons. Cette année devait être différente... Les galas étaient censés être ma dernière tâche annexe. Est-ce que je regrette ma décision ? Peut-être que j'aurais dû enterrer ces sentiments bien avant qu'ils ne me consument. J'ai ignoré beaucoup de choses pour atteindre mon but. Est-ce que j'ai tout détruit en quelques secondes ? Est-ce que mes sentiments ont tout réduit en cendres ? Je sais que ce n'est pas bien de penser ainsi, mais je ne peux m'en empêcher...
- Monsieur West ? Pourquoi êtes-vous devant la porte de mademoiselle comme ça ? Vous pouvez rentrer, elle vous attendait.
- Oui, j'ai quelque chose à lui dire...
- Vous allez bien ? Vous mangez correctement ? Je ne suis plus là pour vos repas, mais j'espère que...
- Ne vous inquiétez pas, je fais attention maintenant puis Féli me tuerais sinon.
- Bien, je suis contente de l'entendre.
Je finis par entrer dans la chambre de Félicity. Maintenant, sa chambre est bien moins en désordre qu'avant, mais cela m'importe peu. Je l'ai déjà vue dans des états que l'on découvre après plusieurs années de relation. Par exemple, je l'ai vue jouer pendant des jours sans bouger, à part pour aller aux toilettes. Sa chambre sentait le renfermé, et elle aussi, d'ailleurs.
- Salut !
- Bonjour Féli, tu as l'air de bonne humeur...
- Oui, je me suis dit que si tu passais cette porte, c'était que tu étais vivant et que mon père ne t'a pas viré.
- C'est vrai, je ne suis pas viré...
- C'est super ! Alors... pourquoi tu as l'air si contrarié ?
- Je dois prouver ma loyauté... en organisant tes rencontres et m'assurer que tu choisisses l'un d'eux.
Ses yeux s'écarquillent, puis je vois la colère monter en elle, rapide et brûlante.
- Ce salopard... il va m'entendre, crois-moi !
- Félicity, ça ne sert à rien... si je refuse, il mettra sa menace à exécution. J'aurais dû m'en douter... il a raison, je suis un imbécile.
- Ne dis pas ça... on trouvera une solution tous les deux.
- Il n'y a pas d'autre solution...
- Qu'est-ce que tu racontes ? Ça veut dire quoi ? Tu comptes organiser tout ça et me regarder choisir ? Même m'orienter pendant que tu y es ?!
- Il faut qu'on soit réalistes...
- Arrête ! J'en ai marre de t'entendre dire ça ! Ton réalisme sonne beaucoup comme abandon !
- Je ne veux pas que tu sois en danger et je... je ne veux pas l'être non plus. Nos sentiments ne sont pas une arme suffisamment puissante pour ça. Ça se saurait sinon, il n'y aurait carrément pas de guerre dans le monde.
- Tu m'énerves.
- Tu crois que la situation me plaît ? Si je dis oui, je sauve ce rêve que j'ai toujours poursuivi... mais je te perds. Et je ne sais pas si je pourrais vivre avec ça.
- Et tu ne vivras pas avec ça...
- Féli... je suis le premier... peut-être que...
- Je t'interdis de continuer ta phrase.
- Je suis ici depuis trois ans, je suis le seul homme que tu fréquentes...
- La ferme ! Tu veux que je rencontre d'autres hommes ? Soit, je le ferai.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, Félicity...
- Organise ces putains de rendez-vous, Sacha.
Sa voix claque, froide, implacable, et chacun de ses mots résonne comme une gifle. À cet instant, pour la première fois, je reconnais son père en elle.