la rivière

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La rivière

 

 

Elle ôta ses chaussures, releva sa jupe et sauta dans la barque.

Elle prit place à l’avant du bateau.

Pus vif, en connaisseur des rivières, il attrapa les pagaies et s’assit à l’arrière.

Plus d’un mètre les séparait, mais très vite le rythme coulé qui animait l’avancée de la barque les enveloppa d’une étonnante douceur.

 

Ils remontèrent longuement le cours d’eau, éblouis par l’enchaînement magique des paysages et des éléments.

L’ouverture tendre et frémissante de l’eau répondait à la ferme poussée des pagaies.

L’ondoiement mordoré des herbes, des algues et des roseaux balayaient les rives.
L’ombrage accueillant des arbres envahissait leur cœur alors que se succédaient lentement dans le bercement tranquille de la barque, la vision des saules pleureurs, le massif gracile des bambous, une jonchée de nénuphars.

De temps à autres quelques canards, une poule d’eau.

 

Puis soudain sur le chemin du retour, dans un seul mouvement, ils posèrent les pagaies.

Tout l’univers s’arrêta.

Jamais ferveur n’avait traversée leur être comme en une seule ascension.

L’air vibrait d’un silence total et plein.

Alors la terre ne fut plus la terre

L’eau ne fut plus l’eau

A ce moment culminant

Le ciel habitait la rivière

La rivière s’unissait au ciel

L’eau claire devenait lumière

Plus un seul souffle de vent

Plus un seul balancé de bambou

Alors très lentement elle se retourna.

Ils se regardèrent.

 

 

                                                              Reine

 


Publié le 08/04/2026 / 2 lectures
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