Mon grand-père est décédé, l’année dernière. Dans deux mois, il aurait été centenaire. Je n’avais que lui. Je le voyais peu, mais bon, il avait une infirmière particulière qui passait chez lui, tous les jours. Il n’y avait pas d’heure précise. J’ai été convoqué par le notaire, un ami d’enfance. Il avait triché avec l’éthique.
« Promis. Je ne le répèterai à personne. »
Il avait souri tristement.
« Donc, monsieur m’a convoqué. Monsieur a sans doute quelque chose d’important à me dire. »
« Ferme la porte ! Ma secrétaire à l’oreille fine. »
J’ai fredonné un air connu en singeant un joueur de mandoline.
Parle plus bas car on pourrait bien nous entendre…
« T’es con ! Tu ne sembles pas beaucoup ému par sa disparition. »
« Il n’avait plus toute sa tête, alors à quoi bon ? »
« Le mien est parti avec la sienne bien pleine, mais c’était un sale type. Enfin bref, il ne t’a laissé qu’une vieille lampe de chevet. Je me suis dit que ce n’était pas la peine de dégainer les salamalecs. On gagnera du temps. »
« Mais… et le reste ? Ses maisons, son argent… »
« Il n’avait plus rien. Il a tout perdu au jeu. »
« A son âge ? »
« Quelqu’un d’autre jouait pour lui. J’ai eu un cas similaire à mes débuts dans la profession. J’étais clerc, à l’époque. Le gars utilisait l’argent de son grand-père. Celui-ci avait cette manie qu’ont beaucoup de vieux, de garder le fric à la maison, dans un coffre. Il arrive un âge où les banques n’inspirent plus confiance. »
« Oui, c’est vrai. Moi, les banques, elles me font peur, comme les compagnies d’assurance. Elles nous volent. »
« T’as toujours été un révolté. »
« Je ne suis pas de gauche, pourtant. »
« Qui l’est vraiment, de nos jours ? »
La porte du bureau s’est violemment ouverte et a claqué contre le mur. La secrétaire entra, furibarde. Elle avait un physique de catcheuse.
« J’ai tout entendu ! »
Une gifle est partie, et elle m’était destinée. C’est ce qui m’a réveillé.
« Mais pourquoi me gifler, moi ? »
Cette image est restée longtemps devant mes yeux tandis que je descendais les marches pour me rendre dans la cuisine où m’attendait un bon café.
« Pourquoi me gifler, moi ? »
Ce n’était pas la première fois que je rêvais du décès de mon grand-père. Ma mère disait que la mort en songe rallonge la vie du défunt. Elle collectionnait les proverbes sans queue ni tête. Des alibis ridicules.
La preuve, en un rien de temps, je me suis retrouvé seul. Papy m’avait abandonné sur le bord d’une route qui s’appelle « la vie ».
Il était l’autre rescapé du clan. La famille s’était crashée tel un avion. Nous avions deux parachutes. On a eu le temps de tirer à la courte paille. C’était mon dernier parent sur cette terre. Les autres étaient là-haut, perchés sur des nuages, me pissant dessus quand je faisais des conneries. Je me ruinais en frais de shampoings.
Nos sorties sur les marchés, ou les vide-greniers, me manquaient terriblement. Je me rappelle ce jour où il m’avait offert une lampe de chevet. Elle était couverte de toiles d’araignées. Le mec prétendait que c’était pour la vendre moins cher. Il avait surtout la flemme de passer le plumeau. Papy m’avait pris à part avant de l’acheter.
« Ce type se trompe. Avec les toiles d’araignées, ça devrait être plus cher. Je vais la prendre. »
« Si tu le dis, papy. »
A peine rentrés, il me l’avait donnée.
« Ce n’est pas mon anniversaire, papy. »
« C’est tous les jours l’anniversaire des gens qu’on aime. »
Il était retourné chez lui dans un grand sourire, sans même le débriefing habituel. J’aurais dû me douter qu’il avait un mauvais pressentiment. S’il était resté, j’aurais vu qu’il y avait anguille sous roche.
Il est mort dix jours plus tard. Un infarctus alors qu’il n’avait jamais eu le moindre problème de santé. La poitrine comme une cathédrale, se vantait-il. Le cardiologue avait même affirmé que son cœur était celui d’un jeune homme.
Il avait été militaire de carrière dans les Transmissions. Puis brocanteur, sur ses vieux jours. Il m’avait légué sa boutique. Je l’ai revendue. J’y vais parfois pour saluer mon acheteur.
« Votre grand-père a laissé des empreintes un peu partout. »
« C’est un peu normal, non ? »
« Des empreintes au sens figuré. Des mots gentils scotchés aux meubles invendables, probablement destinés à son successeur. Il a dû s’imaginer que ce serait vous. Je les ai notés sur un carnet, vous le voulez ? »
« Avec plaisir. »
De retour à la maison, j’ai regretté de ne point lui avoir réclamé les originaux. Il avait une écriture tellement penchée qu’elle semblait piquer du nez sur le papier.
Je n’ai pas su où ranger la lampe. Elle patientait dans un coin de ma chambre. J’en avais déjà une, sur la table de chevet, cubique et parcimonieuse. Le vendeur l’avait qualifiée de « moderne ». Très peu de lumière, néanmoins suffisante pour me permettre de lire avant de plonger dans un monde dangereux d’où l’on revient toujours vivant, et même pas blessé. Un truc moche et sombre, pour résumer. Celle de papy était trop… volumineuse. Elle aurait débordé. On eût dit un champignon irradié. Mais pas question de la stocker avec les autres vieilleries, dans le grenier, ou exilée au fond du garage, entre deux bidons d’essence vides.
J’avais testé sa lumière, sur la table de la cuisine. Elle avait éclairé chaque ustensile avec une précision qui m’a sacrément épaté. J’ai attendu que la nuit tombe, et j’ai éteint. Son rayonnement a enveloppé la pièce au point que je me suis cru en plein jour.
« Toi, ma belle, tu es mon soleil de nuit. Tu vas finir sur ma table de chevet. Et si je ronfle, dis-le moi, je ferais le nécessaire pour ne pas te déranger pendant que tu recharges tes accus. »
« Tu peux me laisser par terre. Je ne suis pas susceptible. »
« Et tu parles ? »
« Seulement à ceux qui ont mis le prix pour m’avoir. Je suis une femme qui vend son corps. »
« Tu es enceinte ? »
« Non, pourquoi ? »
Je me suis ébroué.
J’avais trouvé mentalement la solution. Je la disposerais sur un guéridon, à côté de l’armoire. Une rallonge la relierait au mur, et une multiprise permettrait aux deux « générations » de cohabiter. Et si l’autre est jalouse, par exemple en se mettant à clignoter, je saurais comment la museler. J’appuierais sur le bouton sans risquer de convoquer la nuit. Et j’en profiterais pour solliciter le « champignon ». C’est le lustre qui ferait la gueule, et je lui promettrais, afin de le calmer, de monter sur une chaise et de le dépoussiérer avec un plumeau. Malgré sa ressemblance avec la lune, sa lumière n’en serait que plus solaire.
La première nuit, il s’était passé quelque chose de bizarre. Je m’en rappelle comme si c’était hier. La lampe de papy a clignoté alors qu’elle n’était point branchée. J’avais eu du mal à m’endormir et j’avais avalé un somnifère. Celui-ci commençait à faire effet lorsqu’il y a eu cette farandole d’étincelles. Métaphoriquement rattrapé par la patrouille, je me suis endormi. J’ai eu juste le temps de maudire la molécule alors qu’elle ne faisait qu’obéir à mon médecin traitant. Dans le cas contraire, j’aurais consulté ce bon docteur Buttin, histoire de l’engueuler parce que son traitement…
« Le café est plus efficace. Faudra que j’essaie. J’ai fixé le plafond toute la nuit. Le lustre a même cru que je le matais. J’ignorais qu’il fût nyctalope. »
« Nous allons essayer autre chose. »
« Vous l’avez testé sur une souris et elle a bouffé un chat ? »
Le sommeil m’avait attrapé à la volée. La sensation de naviguer entre deux eaux, dans un sous-marin à pédales. Je m’étais échoué sur une plage de galets dont la plupart avaient des pattes et se déplaçaient comme des autos tamponneuses. Le bruit était assourdissant. Au-delà, il y avait un no man’s land dominé par une tour. Un phare ? Je prenais sa direction en traînant ma fatigue. Parvenu à dix pas, je levais les yeux et voyais l’étrange chapeau. Un épouvantail ? Pour effrayer qui ? Quoi ? Il était éclairé par intermittence par une lentille qui me donnait le mal de mer à force de girer.
La lampe de mon grand-père. Et je n’étais qu’un nain sur le point de la prier de me laisser entrer. J’avais toujours rêvé d’être gardien de phare. La porte, à son pied, s’était ouverte et, au moment où j’allongeais la jambe pour en franchir le seuil, se refermait, me broyant le genou.
La douleur m’a bouté hors du sommeil et des draps. J’ai atterri sur la descente de lit en grimaçant. J’avais un gros bleu sur la fesse gauche. Le miroir de la salle de bains ne mentait jamais.
« Tu tombes bien, mon gars, je voulais justement te dire que tu avais grossi. »
« Je tombe bien ? Qu’est-ce que tu en sais ? Tu m’as vu, dans la chambre ? Encore cette satanée glace de l’armoire qui balance à tout va. Elle me déteste. Elle croit que je l’espionne, alors que je ne fais que compter mes rides, chaque matin. »
J’ai pris un bain moussant chaud. Le pommeau de douche faisait la gueule.
« C’est la première fois que tu me fais des infidélités… »
« C’est un cas de force majeure. »
« Peut-être, mais tu te trompes, il faut du froid sur les bleus. »
J’ai bondi hors de la baignoire alors que j’étais en train de boire la tasse. J’ai toussé, toussé.
S’endormir dans une baignoire… A force de penser à papy, je commençais à méchamment tanguer. Un culbuto sur le point de se jeter du haut d’une falaise.
Paradoxalement, j’ai été libéré de ce poids le jour où j’ai appris son décès.
Marchés et vide-greniers me manquaient. Je craignais de souffrir encore plus de son absence, ces jours-là. M’y rendre seul eût été au-dessus de mes forces. Le soir, dans ma chambre, je ne parvenais point à lire et relire le carnet du remplaçant de papy, à la brocanterie, et il m’arrivait d’injurier la lampe cubique qui ne dispensait que trop peu de lumière. Je forçais le trait en l’accusant de s’en prendre à mes yeux.
« Tu le fais exprès, n’est-ce pas ? Continue comme ça et… »
C’est le moment qu’a choisi, ce soir-là, la lampe de papy pour émettre ce que je pris, au premier abord, pour des crépitements. Elle clignotait en laissant des intervalles différents entre chaque « œillade ». J’ai tendu l’oreille. Il était clair que cela évoquait un message en langage morse. Mon grand-père avait essayé de m’initier à cet alphabet de guerre, comme il disait, mais il avait vite renoncé. J’y étais hermétique. Et même allergique. Lui, militaire de carrière dans les Transmissions, maîtrisait.
J’ai alors songé à la lampe merveilleuse d’Aladin. Sauf que là, c’était le génie qui…
Il y a eu une panne de courant. Aucun orage ne grondait, au loin. La chambre s’est vautrée dans les ténèbres. Il était question de grève, dans les médias, mais aucune date n’avait été définie par les syndicats concernés. J’ai eu le réflexe d’allumer le lustre. Un vrai soleil. Je l’ai remercié et il m’a répondu en dessinant un visage souriant sur sa face de verre. La lampe cubique avait fait un caca nerveux.
« Et toi, vieille lampe… Tu ne peux rien faire pour moi ? Je ne t’entends plus. Tu as eu peur ? A cause de toi, ce soir, je déteste le silence. »
« Je crois qu’elle a un message pour vous. »
« Qui me parle ? »
« Moi ! Votre lampe de chevet en forme de cube. »
« Tu… »
« J’émets des ondes que votre cerveau traduit. Le cerveau humain aime tout ce qui est électrique. On peut même dire qu’il s’en nourrit. »
« Et vous comprenez le morse, je parie. »
« Hélas non. »
« Moi qui vous croyais fâchée… »
Un silence vertigineux a repris possession de la chambre.
Une idée. L’idée d’utiliser mon portable, d’enregistrer le prochain message en morse, et d’utiliser Internet pour changer les signes en lettres. Il me faudrait attendre que l’émission reprenne. Car il ne faisait plus de doute que quelqu’un cherchait à me contacter via l’antique lampe. Comme c’était à sens unique, c’était donc un message. Et il m’était destiné – forcément.
J’ai renvoyé le lustre dans sa nuit et je me suis glissé sous les draps avec la ferme intention de faire de beaux rêves.
Le crépitement a repris, mais c’était en songe, et ce sont les flammes d’un âtre qui…
Je me suis réveillé d’un bond.
La lampe de papy avait recommencé à clignoter.
« Pas maintenant… De grâce, pas maintenant… Les cybercafés sont fermés, la nuit. »
Je m’en suis voulu d’avoir été dans le déni de l’utilité d’Internet à la maison.
J’ai allumé la lampe cubique qui a obéi.
Celle de papy bougeait. On eût dit qu’elle voulait se déplacer. Qu’elle était enracinée dans le parquet. Mais pour aller où ?
Je me suis levé et je l’ai rejointe, près de l’armoire. Quatre pas. Là, guidé par l’intuition, j’ai fait un geste inconsidéré, que je n’avais point commandé. Etais-je devenu une marionnette ? Et qui tirait les ficelles ?
Je délirais.
J’ai attrapé l’ampoule à deux mains. Elle était énorme et chaude. La sensation de communiquer avec l’au-delà. D’être un médium qui invoque un défunt en « réchauffant » sa boule de cristal. C’était agréable. Mes paumes en redemandaient. Je me suis dit que j’étais en train de rallonger ma ligne de vie. Une pensée saugrenue, à la suite d’un geste du même acabit.
« Vas-y ! Parle-moi ! Dans ma tête… Je suis sûr que tu peux… »
Elle s’immobilisa.
Des frissons ont parcouru mon corps, têtards cherchant un trou d‘eau où ils pourront survivre.
J’ai fermé les yeux.
La nuit m’a enveloppé de son immatériel linceul.
Et la lampe m’a parlé.
« Il faut contacter le notaire. L’infirmière a réussi à me soutirer mon argent. Elle figure sur le testament, pas toi. »
« Papy ? »
Il y eut un long silence.
« Mais… »
« Tu veux savoir comment elle a fait ? »
« Oui, bien sûr. »
« La graphologie la passionne, et elle s’amuse à imiter l’écriture des grands auteurs d’autrefois. Alors, tu penses, la mienne, c’était un jeu d’enfant. »
« Et la signature… »
« La plupart du temps, personne ne vérifie. Elle a tenté le coup. »
« Mais… tu lui as dicté ton testament ? »
« Oui. Je ne peux plus écrire. Mes mains tremblent. J’avais confiance en elle. »
« Et tu as eu tort. »
« C’est plus compliqué. »
« C’est une voleuse ! »
Cette fois, l’orage a éclaté pour de bon, et j’ai pensé que papy avait un pouvoir, maintenant : celui d’imposer sa loi aux éléments.
« Mais non ! Mais non ! Tu fantasmes, gamin ! »
« Tu me manques, papy. »
« Toi aussi, tu me manques. Mais ce n’est pas comme si j’étais vivant, et le destin me privait de ta présence. »
« Tu sais ? J’aurais dû t’écouter quand tu me disais que ça pouvait être utile d’apprendre le langage morse. »
« Pour draguer les otaries, oui. »
Et il éclata de ce rire d’enfant, signature de sa joie de vivre lorsqu’il arpentait mes plates-bandes.
La pluie a mitraillé les volets. J’ai cru que des archers lardaient la maison.
Je savais que l’infirmière de papy avait été proposée par mon médecin traitant – nous avions le même. C’est, en tout cas, la version que l’on m’avait donnée. Il me serait facile d’obtenir son nom et son adresse. Un coup de téléphone et hop !
J’ai revécu le jour où le notaire m’avait convoqué. C’était pour me dire que papy m’avait, apparemment, déshérité au profit de son infirmière. Il m’avait été impossible d’insister lourdement afin d’obtenir son nom.
Elle s’appelait Corinne. Papy l’évoquait souvent. Il disait que c’était la fille qu’il aurait voulu avoir – maman, c’était sa bru.
« Voyons, maître, que craignez-vous ? Que je me venge ? Que je lui demande des comptes ? »
« C’est la loi. »
« La loi n’impose-elle pas qu’un parent soit favorisé par rapport à une pièce rapportée ? »
Il m’avait toisé du haut de son mépris.
« Votre réaction prouve que… »
« Ma réaction est humaine. »
Je m’étais levé, sans colère, et j’étais parti.
J’avais entendu la porte claquer, dans mon dos.
Je n’en ai jamais voulu à mon grand-père de m’avoir oublié. Il avait probablement de bonnes raisons. Je ne l’avais point senti sous influence, au contraire. Il disait que Corinne refusait de lui faire la lecture quand il en avait envie, pour le punir de manger des bonbons en cachette. Elle l’épiait.
Son omniprésence m’avait inquiété, mais bon, papy semblait en forme. La maladie qui le rongeait, inexorablement, reculait.
Peut-être pour mieux sauter…
De mauvaises pensées se hasardaient. Car quoi, n’avait-il pas un cœur solide comme un roc… Alors, cet infarctus…
L’avait-elle empoisonné à petits feux ?
J’étais en train d’écrire un polar. J’ai posé mon stylo. C’était un peu gros. Aucun éditeur ne validerait cette histoire à dormir debout.
La métaphore m’abandonna.
J’avais obtenu l’adresse de Corinne. Le médecin traitant ne s’était guère fait prier. Il m’avait même rassuré au sujet de cet infarctus tombé du ciel.
« Il a très bien pu avoir peur de quelque chose. Et là, à son âge, même si vous avez un cœur en béton… J’ai eu le cas d’un ado qui a fait une syncope face à un chien qui lui montrait les crocs. Son cœur en a été altéré. Maintenant, il est traité par un cardiologue. Il lui a prescrit un bétabloquant à prendre à vie. »
Je me suis rendu chez l’infirmière sans la moindre envie d’être agressif. J’avais bu un verre de whisky, trente ans d’âge, pour me donner du courage. Il m’avait surtout désinhibé.
Il y avait un heurtoir rouillé – une bête à cornes inidentifiable – sur sa porte. Et un caducée, sous son nom gravé à côté de la sonnette : Corinne Pinatel, infirmière libérale, libre 24 heures sur 24.
Je me suis dit qu’elle avait de l’humour.
J’ai toqué. Elle a ouvert après que j’ai compté jusqu’à dix – un tic destiné à regarder le temps passer.
Elle m’a souri sans attendre.
« Je sais qui vous êtes. »
« Il vous a montré ma photo ? »
« Pas vraiment. »
« Mais vous vous attendiez à ma visite. »
« On peut dire ça comme ça. »
Elle m’a fait entrer. Sa maison ressemblait à tout ce qu’aimait papy. Des toiles accrochées au mur du salon. La plupart évoquaient des oiseaux perchés sur des lettres suspendues au cœur de l’azur.
« C’est vous qui avez peint ces toiles, je parie. »
« Comment avez-vous deviné ? »
« Mon grand-père ne se serait pas intéressé à vous si vous m’étiez pas passionnée par la culture sous toutes ses formes. »
« Vous êtes très perspicace. Je vous offre à boire ? »
« On va au bar ? »
« Vous avez son humour. »
« Je sais. Je suis son petit-fils. »
« Et moi, sa fille. »