LE SEL

 

Ça fait maintenant 3 mois que je dérive seul sur mon voilier comme un chien errant

Mât cassé, moteur en panne, les placards sont vides, mon corps est vide : la poisse

L’océan était mon terrain de jeu favori, il est désormais une prison à ciel ouvert 

Le sel et les éléments m’agressent, la peau en feu, l’aridité aqueuse : un comble !

Je scrute l’horizon sans cesse, dans l’espoir d’une terre, d’un bateau, autre chose que l’eau

Mais rien. L’infini à 360 degrés. Je ne sais pas si j’avance ou si je recule : comment veux-tu ...

Je souris intérieurement, mais le temps n’est clairement plus aux chansons paillardes

J’attends la pluie, mon messie, douce récolte, récompense ultime d’une patience douloureuse

Je me souviens de ma vie avant la tempête, ce désir de découvrir le monde

Des rêves plein la tête, avide d’histoires de pirates et de vagabonds des mers

Des légendes, des naufragés, des iles désertes sans caméras, sans Koh-Lanta (salut Denis)

Le retour du bâton dans les dents est rude, injustement violent, de quoi perdre la foi  

Quand je pense que j’adorais le poisson, maintenant je rêve de viande saignante

Du bœuf, du porc, du canard, du poulet, avec des frites maison ... sans sel

Je ne sais pas si le pire est de penser à toute cette graisse comestible,

ou de me dire en pleine conscience que des légumes crus seraient également délicieux

Les journées passent, rythme immuable, houle de travers, ondulation inconfortable

Ma barbe me gratte, mon corps me gratte, pilosité cristallisée, c’est marrant (mais en fait non)

J’ai rempli au BIC toutes les feuilles de papier disponibles à bord, beaucoup de dessins

Je les garde au cas où le destin serait enfin décidé à me sourire, avec des dents bien alignées

Ce genre de sourire non tarifé qui fait craquer : j’ai encore bon espoir, doigts et orteils croisés

Je m’allonge à l’avant lorsque les nuits sont calmes et claires, je dors mais je ne rêve plus

Il me reste du cassoulet en conserve, dernier rempart, ultime relique, mon précieux totem

Je ne profite pas de ces journées interminables, juste le néant, la beauté initiale n’existe plus

Cette danse imposée est épuisante, tango maritime infernal, moonwalk sans public

Cet endroit n’est pas fait pour l’homme et je suis trop occupé à simplement survivre

Alors je pense au monde que j’ai fui volontairement, lâchement peut-être, lâchement sûrement

Je regrette ce monde, son confort, l’eau en bouteille, le McDo, la politique, les nanoparticules

Finalement


Publié le 02/03/2026 / 1 lecture
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