L'athée et la pieuse
J'étais dans un état second suite à 2 décès récents, dont celui d'un adolescent, fils d'une amie d'enfance, et je savais que j'avais du mal à me concentrer sur ma conduite. Quand j'ai voulu doubler une voiture, en côte et sans visibilité, j'ai aperçu une couronne de fleurs mortuaire posée sur le bas-côté de la route à ma droite et j'ai renoncé instinctivement à dépasser le véhicule.
J'étais prête à voir des signes partout tant ces deuils m'éprouvaient. Alors que j'avais voulu dépasser un camion, en côte encore une fois- je roulais vraiment dans un état de béatitude que je qualifierais de dangereux- j'ai lu le prénom du garçon décédé sur l'encart publicitaire peint sur le camion. Deuxième signe.
Aucun doute. L'au-delà me guidait ! C'était merveilleux. Sentiment d 'une joie immense. Moi, l'athée irréductible, je voyais, je sentais, je savais. Je m' étais trompée sur tout et refusais l'évidence : les morts n' étaient pas morts. Nouvelle incroyable si je puis écrire.
Quand j'ai lu le premier panneau annonçant la commune de Tournelas, j'ai donné un coup de volant à gauche sans réfléchir. J'ai entendu un klaxon et entendu le bruit assourdissant des freins d'un camion dernière moi. J'ai juste failli me faire couper en deux, et ai effrayé un conducteur.
J'ai raconté cette histoire à une amie pieuse. Elle pense que j'ai réellement vu des signes et que je les ai mal interprétés, surtout le dernier, forcément. Croire ne serait pas non plus oublier son libre-arbitre. Elle m'a dit aussi que je me disais athée et voyait des choses quand elle, elle ne voyait rien.
Ce dont je suis certaine , c'est que je suis revenue sur terre, d'un seul coup, dans le monde des vivants, et que non seulement je ne vois plus de signes, mais que je me garde bien d 'en voir. Je serais ennuyée d'y laisser ma vie ou de tuer quelqu'un par mon imprudence exaltée.
J'en ai déduit que chacun interprétait ce qu'il voyait comme il le désirait.
Des signes, j'en avais vu d' autres, toujours après un décès, une étoile filante magnifique en songeant à ma belle mère, sauf que c'était au moins d'août, en pleine période des Perséides.
Et puis, quand j'ai cru deviner l'âme de mon père dans le merle venu chanter sur la cime du bouleau du jardin des voisins, j'ai été plus embêtée de voir 5 merles le lendemain. Lequel était mon père ? En avais-je autant des pères ? Que me chantaient-ils donc sinon le retour des amours et le début du printemps ?
J'ai compris que qui voulait voir des signes avait toutes les chances d'en voir. J'ai décidé de les laisser aux croyants. J'ai toujours trouvé que c'était une sage décision.