Discret pionnier de l’histoire de la défense en Haïti
C’était à l’aube du premier mandat de René Préval, à cette époque incertaine où j’entreprenais mes chroniques sur la police et les forces armées. Je revois Me Constantin Mayard Paul, en son cabinet de la rue Pavée en face du Parquet de la capitale, me présentant le Dr Georges Michel autour d’un café. Une scène figée, presque suspendue. Ce veilleur discret des archives de la défense m’apparaissait alors comme le gardien d'un monde dont les clés s’égaraient déjà.
Il y a chez cet homme une manière de traverser l'histoire d'Haïti sans jamais hausser le ton, avec cette élégance retenue qui appartient aux grandes lignées. En me présentant le Dr Michel, il ne se contentait pas d’établir un lien ; il transmettait un témoin.
Vingt-cinq ans plus tard, cher Maître, le Dr Michel a ravivé, par quelques textes parus sur Facebook en octobre 2020, une curiosité singulière pour cette vieille question de la défense nationale. Mon récit, « Le Général Charles Louis et ses fils colonels » (oct 2020), retrace l’itinéraire d’une lignée d’officiers comme un vestige de dignité au sein des FADH, malgré l’éternelle précarité des temps. Le texte a suscité un intérêt immédiat — des milliers de regards en quelques instants — comme si le public cherchait, dans ces généalogies militaires, un repère disparu.
J’appartiens à cette génération nourrie par le récit des filleuls de François Duvalier. On murmurait qu’il en comptait une centaine dans l’armée, dont deux atteignirent le sommet. Détail troublant : l’un de ces officiers surgit dans un rapport de la CIA de 1962, déclassé seulement en 2014. On y devine, en filigrane, l'ombre du jeune Duvalier — « celui qui parlait peu » — plaçant patiemment ses pions dans chaque promotion de l’Académie, attendant son heure dans le silence des bureaux et les replis de l'histoire.
G.Mervilus
Extrait de: Quartiers de naguère (Petites et grandes histoires autour de certains quartiers d’Haïti…)