Le jour se retire, épuisé de larmes.
Je reste là, indolente, avachie sous les draps,
Le cœur bordé d’ecchymoses.
Le sommeil absent de mes rêves nus
Me laisse voguer dans un triste éveil.
Mes pensées en fuite,
Je cours après les mots, les idées, la logique,
Pour retrouver le sens des choses.
Mais c’est la folie du monde, de mon monde,
Qui l’emporte et me transporte hors de ma conscience.
La nuit se fait bruyante derrière mes yeux ouverts,
Démesurés face à l’obscurité.
Le regard perdu dans le noir, j’inonde le vide d’une pluie de chimères
Dont chaque goutte pleure les cris étouffés.
Leur complainte amère résonne dans le néant
Des lettres en souffrance
Adressées à mon âme éperdue.
Je me languis dans un brouhaha placide.
Un festin de langues liées par des attaches fétides
Où des mots en peine sèment les graines d’un esprit tordu.
Leurs gémissements à l’éloquence fourbe
Affolent ma raison déserteuse
Qui dans sa fuite trahit les désirs fous
D’une vie à l’ironie haineuse.
Je suis lasse, désolée d’un tout.
Esclave volontaire de mes rêves et de mes regrets,
Galvaudée de l’indulgence d’un amour corrompu de dégoût.
Je me lamente, silencieuse, au cœur de ma prison de souhaits,
Où se réverbèrent la clameur d’un idéal
Qui, dans son écoute à l’aigreur vile et traître,
Pourrit même la plus vive des étoiles.
Le ciel noircissant de mes songes,
Cherchant soudain l’éclaircie,
S’emploie alors à bousculer la pénombre,
D’une étreinte qui de mon corps confuse l’inertie.
Faute d’en libérer l’outrance,
Cette caresse éprouve ma peau
Dans un râle implorant le monde
D’où jaillissent des perles de sanglots.
Des hurlements aphones et éraillés
S’échappent de mes mâchoires béantes,
Taillant dans mes joues échancrées
Les grimaces d’un désespoir rance.
Leurs sillons creusent sur mes lèvres tiraillées,
Les silences moroses d’une douleur corrosive,
Les plongeant au cœur de l’abîme de mes souvenirs blasés,
Et d’une inextricable terreur de vivre.