Le Kangoo empeste ou embaume. Une odeur de campagne, de ferme. Du foin mêlé à de la bouse de vache. Tu avales la route pour des interventions, des IA, inséminations animales. Tu pars en mission par tout les temps. Tu as un ordinateur portable, un téléphone cellulaire, une bonbonne d’azote, des paillettes à l’intérieur. Une vraie caverne d’ali baba. Tu vendras plus tard des aliments pour bovin pour gagner un peu plus. C’est un beau métier utile, social. Quand on me demande ce que tu fais, je dois expliquer avec pédagogie. Ce n’est pas simple, ce n’est pas fun. Ça sonne comme inspecteur. Je parle des naissances, du suivi. Je pourrais parler du téléphone qui sonne en permance à la maison. Des réveils à l’aube et des retours tard de le soiir. Je pourrais parler de l’absence, de ce temps perdu. Je pourrais parler aussi de ces remerciements, de tout ce que tu ramènes après tes tournées. Des pommes, du fromage, du lait, de la crème, du beurre, du vin. Un peu comme un médecin en zone rurale sans le prestige, sans les diplômes mais toujours présent, au contact. J’adore écouter le répondeur, reconnaître la voix, comprendre la demande, le degré d’urgence. Tu écoutes, réécoutes, tries, archives,supprimes. Pas de sécrétaire, pas d’assistant. Tu travailles du lundi ou dimanches pour une misère. Tu es comptable aussi avec ces fiches , ces chèques que tu dois mettre à la banque pour la coopérative.
Je pense que tu t’échappais, tu voulais souffler. Dans les champs ou bien en marchant en montagne. A la maison c’etait plus une colocation qu’une vie de famille. Il y avait ces repas pour donner l’illusion. Ces bisous artificiels pour donner le change. Tu gardais ça en toi. Personne ne savait ce que tu pensais, avec qui voudrait tu être. Tu es pris dans un quotidien, une machine à broyer les papa. Tu es avec une femme que tu n’aimes pas ou plutôt que tu n’aimes plus. Tu ne partages rien avec elle sauf une maison et des enfants. Tu travailles pour ta famille avec sens du devoir, courage. Je le comprendrais plus tard. Oui c’est bien plus tard que j’arriverais à épuiser ma peine et ma colère. Alors j’écris pour te raconter un peu avant que ma mémoire ne faute. J’écris par un détour. Ce n’est pas un hommage, papa. C’est juste mon coeur qui s’ouvre enfin.