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Ce qu'il restait du ciel
Le ciel

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Le ciel

Je n'ai jamais vu le ciel.

Du moins, pas celui dont parlaient les archives.

Je suis née sous terre, comme mes parents avant moi. Les plafonds lumineux qui rythmaient nos journées reproduisaient une aube à six heures, quelques nuages vers midi et un coucher de soleil à vingt heures précises. Les ingénieurs avaient déterminé que cette alternance favorisait notre équilibre biologique. Les médecins l'avaient confirmé. Personne n'avait de raison d'en douter.

À vrai dire, personne ne se posait la question.

Notre ville s'étendait sur plusieurs niveaux, profondément ancrée sous la roche. On y trouvait tout ce qui était nécessaire pour vivre : des logements, des écoles, des hôpitaux, des ateliers, des jardins intérieurs, des laboratoires et des commerces. Les trains automatiques circulaient en silence, l'air était filtré en permanence, l'eau suivait un cycle presque fermé et la température ne variait jamais. Nous appelions cela le confort. Nos arrière-grands-parents, eux, auraient probablement appelé cela une prouesse.

La surface n'était pas interdite.

Elle était devenue inutile.

Seules les équipes de maintenance y montaient encore. Elles entretenaient les bulles agricoles, ces immenses dômes transparents sous lesquels poussaient les cultures qui nourrissaient la population. À l'intérieur, les saisons étaient recréées par des milliers de capteurs. La pluie tombait lorsqu'il le fallait, le vent soufflait à la vitesse idéale et de minuscules drones avaient remplacé les insectes pollinisateurs disparus depuis longtemps. Sans ces installations, nous n'aurions probablement pas survécu.

Je n'y voyais rien d'extraordinaire.

Comment aurais-je pu ? Je n'avais connu que cela.

Le soir, lorsque ma journée s'achevait, il m'arrivait de me connecter au Réseau Sensoriel. Certains choisissaient une plage, d'autres une forêt ou une montagne. Les simulations étaient si précises que beaucoup affirmaient ne plus distinguer un souvenir d'une expérience virtuelle. Je marchais parfois sur des sentiers bordés d'arbres dont j'ignorais jusqu'au véritable parfum. Je regardais des oiseaux dont je ne connaissais que le nom. Je m'arrêtais devant des rivières sans pouvoir dire si leur chant ressemblait vraiment à celui de celles qui avaient existé autrefois.

Je pensais que cela me suffisait.

Il est étrange de croire que rien ne nous manque lorsqu'on ignore jusqu'à l'existence de ce que l'on a perdu.

C'est sans doute pour cela que je ne prêtai aucune attention au vieux terminal que l'on m'avait demandé de démonter.

Il était destiné au recyclage.

Un appareil parmi tant d'autres.

Pourtant, en le remettant brièvement sous tension afin d'effacer sa mémoire, un dossier apparut à l'écran.

Il n'était ni protégé, ni classé, ni même dissimulé.

Comme s'il avait attendu, patiemment, que quelqu'un accepte enfin de l'ouvrir.

Je posai la main sur le clavier et hésitai quelques secondes avant de lire son titre.

Prévenir coûte moins cher que s'adapter.

Sans le savoir, je venais d'ouvrir bien davantage qu'un simple dossier.

Publié le 06/07/2026 / 12 lectures
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