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Ce qu'il restait du ciel
La ville souterraine

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La ville souterraine

En quittant le centre de coordination, je décidai de rentrer à pied.

J'avais besoin de marcher.

Pas pour aller quelque part.

Simplement pour laisser retomber le tumulte de la journée.

La ville suivait son rythme habituel.

Les commerces étaient ouverts. Des enfants sortaient de l'école en courant. Certains tenaient leurs parents par la main, d'autres s'arrêtaient déjà devant les vitrines des librairies ou des pâtisseries.

À quelques mètres de là, une musicienne jouait du violoncelle.

Les passants ralentissaient un instant avant de reprendre leur chemin.

À cet instant, il était difficile d'imaginer qu'un cyclone approchait.

Notre monde avait été construit pour cela.

Pour absorber les crises.

Pour continuer malgré elles.

Je poursuivis ma marche.

Au-dessus de moi, la voûte lumineuse reproduisait un ciel de fin d'après-midi.

Quelques nuages dérivaient lentement.

Le programme lumineux imitait les variations naturelles avec une précision remarquable.

Je savais pourtant qu'aucun vent ne les pousserait jamais.

Je traversai le jardin central.

Les arbres étaient magnifiques.

Des botanistes veillaient sur eux depuis des générations.

Chaque essence avait été choisie avec soin.

Chaque fleur avait sa saison.

Chaque parfum son moment.

Une petite fille ramassa une feuille tombée au sol.

Sa mère lui sourit.

Je me demandai soudain si elle savait qu'un arbre pouvait aussi perdre ses feuilles sans qu'aucun calendrier ne l'ait décidé.

Plus loin, une terrasse accueillait une dizaine de personnes.

Des amis riaient autour d'une table.

Un couple partageait un dessert.

Deux étudiants révisaient leurs cours.

La vie continuait.

Simplement.

Je compris alors ce qui me troublait depuis plusieurs semaines.

Nous avions réussi.

Du moins en partie.

Nous avions construit une ville capable de protéger ses habitants.

Une ville où l'on pouvait apprendre, travailler, aimer, rire, vieillir.

Une ville où l'on ne craignait plus chaque canicule.

Une ville où les enfants pouvaient courir sans surveiller les alertes météo.

Je ne ressentais aucun mépris pour ce monde.

Au contraire.

J'éprouvais une immense admiration pour celles et ceux qui l'avaient rendu possible.

Sans eux, rien de tout cela n'existerait.

Pourtant...

En levant les yeux vers le plafond lumineux, je compris que cette réussite faisait naître une nouvelle question.

Étions-nous en train de protéger une manière de vivre...

Ou d'en inventer une autre ?

Je poursuivis mon chemin jusqu'à l'extrémité de la galerie principale.

Là, une immense baie vitrée donnait sur la paroi rocheuse qui entourait la ville.

Des dizaines de mètres de pierre.

Immobiles.

Rassurants.

Je posai la main contre le verre.

Derrière cette montagne, le vent commençait déjà à souffler.

Je ne le voyais pas.

Je ne l'entendais pas.

Je savais seulement qu'il existait.

Je pensai à la photographie du printemps 2026.

À cette prairie où l'herbe semblait bouger librement.

Au vieil homme qui m'avait parlé des promenades avec sa femme.

À Delphine.

Combien de fois avions-nous marché toutes les deux sans destination, simplement parce que nous avions envie de parler ?

Aucun itinéraire.

Aucun objectif.

Seulement le plaisir d'avancer côte à côte.

Je souris malgré moi.

Ce souvenir avait une valeur que je n'aurais jamais su inscrire dans un rapport, un budget ou une étude d'impact.

Et pourtant, il comptait autant que le reste.

Peut-être davantage.

Une annonce résonna dans toute la galerie.

« Les équipes techniques sont invitées à rejoindre leur secteur d'affectation. Passage en vigilance renforcée dans trente minutes. »

Je retirai doucement ma main de la vitre.

La ville poursuivait son activité avec un calme presque irréel.

Elle était prête à résister au cyclone.

Je me surpris alors à formuler une pensée qui me fit presque peur.

Le véritable défi n'était peut-être plus de construire des villes capables de survivre aux tempêtes.

Il était de faire en sorte qu'en les traversant, elles ne perdent jamais les raisons pour lesquelles elles avaient été construites.

Publié le 06/07/2026 / 12 lectures
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