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Les années ont passé.
La ville est toujours sous terre.
Les voûtes lumineuses reproduisent encore les variations du jour. Les jardins intérieurs continuent d'être entretenus avec le même soin. Les bulles agricoles s'étendent toujours à la surface, protégeant des cultures devenues impossibles à produire à ciel ouvert.
Les tempêtes n'ont pas disparu.
Les canicules non plus.
Certaines espèces ne reviendront jamais.
Certains paysages n'existent plus que dans les musées et les archives.
Nous n'avons pas retrouvé le monde d'autrefois.
Personne n'en parle comme d'un objectif.
Parce que chacun sait désormais qu'il existe des décisions dont les conséquences traversent plusieurs générations.
En revanche, quelque chose a changé.
Les grandes réunions ne commencent plus par les chiffres.
Ni par les délais.
Ni par les budgets.
Elles commencent par une question.
« Qui manque encore autour de cette table ? »
Parfois, la réponse est évidente.
Parfois, elle demande de longues minutes de silence.
Il arrive même que la réunion soit reportée.
Non parce qu'il manque des données.
Mais parce qu'il manque un regard.
Au début, cette manière de faire agaçait certains.
Elle faisait perdre du temps, disaient-ils.
Puis chacun comprit qu'elle évitait parfois d'en perdre beaucoup plus.
Les décisions ne sont pas devenues parfaites.
Elles ne le seront jamais.
Il arrive encore que nous nous trompions.
Il arrive encore que nous renoncions.
Il arrive encore que l'urgence nous oblige à choisir entre plusieurs biens que nous ne pouvons pas préserver en même temps.
Mais une chose a changé.
Nous savons désormais qu'une décision ne s'arrête pas au problème qu'elle résout.
Elle commence aussi par le monde qu'elle prépare.
Il m'arrive encore de penser à Élise.
À Tara.
À Delphine.
À la photographie du printemps 2026.
Au galet qui repose toujours sur mon bureau.
Je comprends aujourd'hui qu'aucun d'eux ne m'a appris quoi décider.
Ils m'ont appris à regarder autrement.
Nous avons hérité d'un monde que nous ne pouvions plus réparer entièrement.
Certaines blessures étaient devenues irréversibles.
Mais il nous restait encore un choix.
Celui de ne plus prendre une décision sans nous demander quel avenir elle construirait.
Peut-être est-ce cela, finalement, grandir comme une civilisation.
Accepter que l'on ne change pas le passé.
Mais refuser qu'il soit le seul à écrire l'avenir.