Choses infimes universelles. Douces à lire car elles nous rappellent qu'on n'est pas seul.

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Mon Dieu que c’est triste ces rendez-vous à la maison où, croyant bien faire, reserrer des liens d’amitié, on fait venir pour 19 heures la collègue avec son compagnon ou vice-versa. Cette soirée, soi-disant à la bonne franquette, on la prépare nécessairement depuis la veille. Il a fallu récurer à fond les toilettes et la salle-de-bains pour ne quand même pas passer pour des dégueulasses et puis faire les poussières un minimum et les courses aussi pour le repas parce qu’on ne peut tout de même pas leur servir un bête bolo, à ces gens. Et la chouette soirée, parce qu’elle est précédée d’énervements, de corvées, de choix et de dépenses, s’annonce déjà bien moins chouette lorsque les amis arrivent les mains pourtant chargées de fleurs et de liqueurs. À peine installé, l’un d’eux dira qu’elle est géniale notre baraque, qu’on est drôlement bien installés, mais il ne le dira pas comme ça, pas avec ces mots-là, parce que nous sommes tous en représentation. Nous le savons. Commence le remplissage. Au taf, on a toujours un truc à raconter, sur le cul, sur le boulot, sur un film, sur le cul... Et si on n’a rien à se dire, on ne dit rien et on bosse. Ça ne pose pas de problème. Alors qu’ici, devant l’argenterie alignée au cordeau, rien ne vient, on ne voit pas quoi raconter. Heureusement, il y a le joker, la bouffe ! Lorsque se sont lamentablement enlisées dans une pitoyable mélasse toutes les tentatives pour qu’une conversation plaisante s’engage, le repas assurera sans faillir la source d’inspiration entre deux déglutitions et offrira aussi, parce qu’on ne parle pas la bouche pleine, le parfait alibi pour se taire.

Publié le 01/01/2026 / 14 lectures
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