extrait du 5eme chapitre de rescucitare : "L'After"

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            À la fin du récit, Antonia, jambes nues sous une longue tunique en tulle, se joignit à nous. Pour mon plus grand plaisir, mais me causant aussi un trouble considérable, elle vint s’asseoir sur mes cuisses. Sa chevelure rousse, encore humide de sa douche, sentait bon, mais une question surtout me taraudait véritablement depuis une seconde : Combien de temps je pourrais supporter le supplice causé par mon extrémité qui, s’insurgeant, tirait atrocement sur quelques-uns de mes cils les plus intimes ? Mon plaisir et son inconfort qu’il causait étaient si accaparants que je ne réagis pour ainsi dire pas à l’arrivée de Peggy, épuisée, se posant lourdement sur la chaise à ma droite. Toutefois quand Raphaëlla nous rejoignit, mon martyre n’étant plus supportable, je balbutiai des excuses et, s’il est possible de courir avec un manche de brosse dans le slip, m’encourus pour me rendre aux toilettes remettre un peu d’ordre dans mes idées. À mon retour, dopé à la vodka-pomme en ce qui me concerne, mais chacun sur sa chaise cette fois, nous évoquâmes, joyeux, exaltés, infatigables, le merveilleux spectacle, si, si, je t’assure, pendant qu’autour de nous, les boules à facettes, découpes, pc, pars et Svobodas s’étaient imperceptiblement estompés.

À quatre heures du matin, la musique ainsi que tous les autres convives avaient aussi disparu. Il ne restait que nous et le barman, un petit gabarit noir de cheveux et noir d’yeux dans un costume noir qui regardait sa montre. Un petit homme plutôt sombre mais avec un je ne sais quoi d’attachant et de comique. Astiquant pour du faux son zinc, il finit par dire sans nous regarder, qu’il irait bien se coucher, qu’il était trop tard pour refaire le monde et que c’était bien triste, tout ça pour une recette aussi nulle… Peggy bondit. «Y a pas d’heure pour refaire le monde, petit Tristan! Crois-moi, y’a pas d’heure parce qu’y a pas d’heure pour s’aimer! Y a pas d’heure pour être humains, bordel!» Elle avait dit ça, son doigt pointant vers lui. «Tu réponds rien, hein, Tristan? Tu fais semblant de t’occuper dans ton coin sans rien dire parce que tu sais que cest pas la peine de discuter avec nous. Tu sais quon parle pas la même langue, au fond, toi et nous. Ouais, les copines et moi, on est différentes, di-ffé-rentes. Et c’est pas parce qu’on est bourrées. Ça n’a rien à voir! Y’en a qui ont lalcool mauvais. Ceux-là, il faut pas quils ont bu. Mais pour celles qui ont lalcool rigolo, comme moi. Rigolo comme moi. Pfouh! Rigolo dabord et puis amoureux juste après, je vois pas où est le problème. On est sur la même longueur d’onde, Antonia, la p’tite et tout le monde-là. Je sais pas comment j’le sais, mais j’le sais et je sais aussi qu’on est tous des gentils. Et c’est pour ça qu’on va pas t’emmerder plus longtemps, Tristan. Allez, on va pas emmerder Tristan plus longtemps, hein ? » On applaudissait et Raphaëlla sifflait entre ses doigts pendant que Peggy se risquait à passer derrière le comptoir en se balançant, en nous regardant du coin de l’œil et en faisant des moulinets de ses mains au-dessus de sa grosse tignasse blonde. Tristan coincé entre ses étagères à verres, les pompes à bière et les frigos se retrouva comme gobé par l’opulence blonde qui submergeait son bar. Quand il réapparut, son visage béat était recouvert des mêmes décalcos rouge vif que celles sur mes deux joues.


Publié le 12/01/2026 / 6 lectures
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