Finalement peut-être, les mathématiciens sont-ils simplement des gens qui manquent de conversation.

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Le studio loué par Antonia était l’un des derniers immeubles encore debout, le plus grand, au beau milieu d’une friche industrielle bordée d’un canal aussi sinistre que rectiligne. Sous son toit en tuiles miraculeusement intact, les dix-huit vastes ébrasements en plein cintre pratiqués dans la brique rouge avaient tous été murés.

Je fais toujours ça quand je ne sais pas quoi dire ni les autres non plus ; je compte. Finalement peut-être, les mathématiciens sont-ils simplement des gens qui manquent de conversation. C’est difficile de compter les éléments lorsqu’ils sont identiques et nombreux parce qu’on manque de repères. On ne sait plus si celui-ci, parfaitement identique à celui-là, on l’a déjà compté ou pas, alors on recommence après avoir décelé une particularité presque invisible hors du tableau, mais à l’aplomb de l’une ou l’autre cible à décompter. Le résultat s’en trouvera plus fiable, mais il ne le sera jamais tout à fait. Le mieux est de conjuguer deux méthodes et de comparer les résultats. Une seconde pourrait être de balayer du regard, à une vitesse la plus homogène possible, les mires en les décomptant. Je me demande si nous sommes nombreux à attacher autant d’importance à des choses qui n’en ont sans doute aucune. Je me demande si parmi Antonia, Raphaëlle, Yazid ou Peggy, l'une ou l'autre aussi ont noté qu’il y avait dix-huit voussures.


Publié le 17/01/2026 / 2 lectures
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