Ce n’était pas hier ni même avant-hier et personne n’avait jamais réussi à le convaincre que c’était le plus âge de la vie.
Que restait-il de ses 20 ans? Des histoires ébauchées, des rêves inavoués, des espoirs que la réalité avait éteints un par un, comme on éteint les bougies d’un gâteau d’anniversaire. Il avait été l’enfant qui n’arrivait pas à souffler toutes les bougies en une seule fois, malgré les encouragements de ses parents. Leur déception était à la hauteur de la sienne lorsqu’il ouvrait ses cadeaux. Ce n’était jamais ce qu’il voulait…il aurait dû s’en souvenir car sa vie s’était bien souvent résumée à ça, des espoirs insensés rattrapés par la réalité et la tristesse infinie qui s’en suivait.
Pourtant, on le disait chanceux. Il avait tout pour être heureux, une famille aimante, suffisamment d’argent pour ne pas s’inquiéter du lendemain ni des jours suivants et encore de belles années devant lui. Alors, il jouait la comédie du bonheur, c’était un rôle qu’il connaissait par cœur, il n’avait plus besoin de relire ses répliques avant d’entrer en scène, elles étaient gravées dans son esprit, un peu comme ces souvenirs qui vous empêchent d’avancer.
Oui, c’était exactement ça, cette impression de faire du sur place depuis tellement d’années, comme si le compteur s’était arrêté ce jour d’avril il y a 30 ans, le jour de ses 20 ans, le jour où elle lui avait dit qu’elle ne l’aimait plus.