L'auteur au melon. Janvier 2026. Le café est figé dans le temps, une toile vierge où chaque gorgée semble suspendue. Je suis là, la tasse à la main, lorsque l’auteur entre, un volumineux sous le bras, un melon bien rond, comme un rêve démesuré.
Les habitués jettent à peine un regard. Mais moi, je suis en première loge : bienvenue à l’insolite !
Il s’installe avec la gravité d’un artiste sur le point de percer les mystères de l’univers, le melon posé royal sur la table. « Voilà ma muse », déclare-t-il, la suffisance aux lèvres.
À ma droite, d’Artagnan, l’air curieux, lève un sourcil. « Un fruit pour composer ? C’est audacieux. Je parie qu’il va nous pondre un roman juteux. »
Gatsby, impeccablement vêtu, vérifie sa montre. « J’aurais plutôt opté pour un cocktail. Mais bon, pourquoi pas un melon ? Ça hydrate les idées. »
Ishmael, l’air désabusé, hausse les épaules. « Ou une bonne bouteille de vin. Moins de sucre, plus de caractère. »
L’auteur, cherchant visiblement à capter l’attention, s’adresse à eux. « Ce fruit symbolise l’originalité ! »
Molly, assise à la fenêtre, ne peut s’empêcher de répliquer. « Originalité ? N’est-ce pas plutôt une forme d’absurdité ? À ce rythme, je vais sortir une carotte et écrire un drame. »
Les éclats de rire fusent. Je me cache derrière ma tasse, me demandant si le ridicule a encore des limites.
« Et l’odeur ? » demande Swann, l’œil pétillant. « Ça sent un peu trop sucré, non ? Comme un parfum de supermarché. »
L’auteur se redresse, vexé. « L’odeur est une affaire de perception ! » s’écrie-t-il, comme s’il venait de découvrir la vérité ultime.
À ce moment-là, je lâche : « Un melon qui respire le succès ! Peut-être qu’il devrait faire son entrée dans la littérature. ‘Le Melon et l’Écrivain’ – un grand classique en devenir. »
Tous les regards se tournent vers moi, intrigués.
D’Artagnan sourit. « Qui êtes-vous, l’inconnue au café ? Critique littéraire ou humoriste ? »
« Un peu des deux, je suppose. Mais surtout là pour voir si de ce fruit peut vraiment naitre un chef-d’œuvre. »
Molly glousse. « Avec ce melon, il pourrait nous écrire une tragédie ! Ou une fable sur la vie des fruits. »
Gatsby renchérit : « Ou une comédie ! ‘Le Melon qui voulait être un best-seller’, ça a du potentiel, non ? »
L’auteur, agité, serre son précieux. « Je ne reviendrai pas ici ! Vous ne comprenez rien à l’art ! »
Ishmael, avec un sourire moqueur, réplique : « Peut-être qu’il devrait essayer une poire la prochaine fois. Ça pourrait lui donner plus d’éclat. »
Les personnages échangent clins d'œil et gestes entendus. « Demain, un autre spectacle ? » propose Gatsby, déjà en train de planifier la suite.
« Oui, pour voir ce qu’il nous concocte », répond Ishmael, l'expression brillante d’anticipation.
L’auteur sort, melon et ego en berne, laissant derrière lui une trace d’ironie.
La porte se referme sur ce tableau. Avec un soupçon de personnages et un café, voilà le monde qui s’amuse, un melon à la fois.