J’éternue violemment.
En voulant éviter de souffler dans mon plat, (je mange à la terrasse d’un restaurant), je fais un brusque mouvement vers ma droite, et mon bras heurte la bouteille qui bascule sur le pied de mon voisin.
Il se lève sèchement en voulant l’éviter, poussant sa chaise vers la table voisine. Une patte vient s’appuyer sur la jambe d’une dame qui crie sa surprise, créant un petit chahut.
Intrigué, un quidam qui passe sur le trottoir adjacent s’arrête. Curieux, il cherche à comprendre la raison de l’émoi. Derrière lui, une jeune fille pressée, les yeux collés sur l’écran de son téléphone, ne le voit pas. C’est la collision. Déséquilibré, l’homme titube vers la rue, s’y engage.
Le chauffeur du camion citerne qui fonce, tourne brusquement le volant pour éviter l’infortuné. Le véhicule répond mal à la manœuvre. Il verse sur le côté, puis glisse jusqu’à frapper lourdement le coin d’un immeuble.
Le choc, fissure le cylindre du camion. S’en échappe maintenant un liquide inflammable qui, soudainement, prend feu, créant une formidable explosion. Semées tout autour, les flammes provoquent une réaction en chaîne qui nourrit un gigantesque incendie.
Les vents propices et forts ce jour-là, joints au temps très sec des derniers jours, font se propager le feu vers les vieux bâtiments du quartier. Le brasier devient un ogre incontrôlable.
Bientôt il rejoint les immenses réservoirs d’essence des pétrolières, concentrés densément dans cette partie de la ville. Une pétarade d’explosions en poursuit l’expansion.
L’enfer jaune s’étend rapidement hors de la ville. Il atteint les banlieues et les boisés autour. Il se nourrit lui-même jusqu’à atteindre les forêts environnantes. Il n’y a rien à l’horizon qui ne brûle maintenant. Le feu rejoint lentement d’autres villes, puis couvre la province et bientôt le pays en entier. En trois jours, l’Amérique entière est consumée. Les volcans de la planète se rallument, les plaques tectoniques s’activent. Vaincue par la chaleur, la croûte terrestre fond, coule, bave.
La planète elle-même craque jusqu’en son noyau. S’étiole. Se démembre.
Dans une cacophonie à assourdir les dieux, elle s’éparpille dans l’espace en millions de morceaux.
Les vents énormes que cela suscite brisent le fragile équilibre orbital des planètes du système solaire. La lune est lancée au bout du ciel, pendant que Saturne et Jupiter foncent à une vitesse folle dans le ventre bouillant du Soleil.
L’impact est fabuleux. La lumière créée, d’une blancheur innommable. Ce qui suit, mélange les corps céleste comme des pois dans la soupe. Des systèmes planétaires embrassent d’autres systèmes planétaires. Des galaxies heurtent d’autres galaxies, dans un formidable kaléidoscope de couleurs, et de sons, jusqu’au moment inéluctable de l’artifice final.
Et l’univers décimé, disparut, avalé par lui-même.
Publié le 18/01/2026
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