La part silencieuse

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Le doute n’a pas besoin d’être invité pour entrer. Il arrive avec une discrétion presque insolente, s’installe dans un coin, observe nos gestes, murmure dans notre dos et finit par s’étendre dans toutes les pièces de notre esprit. Il vient lorsque l’on est fatiguée, lorsque l’on se sent plus fragile, lorsque le moindre souffle semble nous déséquilibrer. Il vient quand la vie nous demande d’avancer alors que nos jambes tremblent encore. Mais malgré son poids, le doute n’est pas une condamnation. C’est une étape, une respiration, un passage qui oblige le cœur à se regarder en face et à comprendre ce qu’il porte réellement.

Le passé laisse des empreintes que le temps ne parvient jamais à effacer. Des fragments d’histoires qui reviennent dans des instants inattendus et qui rappellent autant la douleur que la résistance. On croit parfois qu’il nous enferme, alors qu’il nous a surtout façonnées. Les épreuves, même celles qui ont été trop lourdes pour nous, ont laissé une force dans notre façon d’être au monde. Une force silencieuse, presque invisible, qui se manifeste seulement lorsque l’on s’enfonce dans l’obscurité et malgré tout, on continue de marcher. Le passé n’est pas une cage. C’est une archive qui témoigne de tout ce que nous avons déjà traversé.

Croire en soi n’est pas une évidence tranquille. C’est un geste fragile, un choix qui se répète, un souffle que l’on ravive chaque matin. Il faut parfois une immense douceur pour ne pas se juger trop durement, pour accepter la part de chaos que l’on porte, pour reconnaître que l’on avance même lorsque tout semble immobile. Croire en soi, c’est accepter de marcher à son rythme, de ne pas suivre les chemins imposés, de rester fidèle à ce qui vibre à l’intérieur même lorsque personne ne le voit. C’est reconnaître ses propres forces sans avoir peur de ses failles.

L’avenir n’attend pas une version parfaite de toi. Il ne demande ni courage absolu ni confiance totale. Il demande seulement que tu continues d’ouvrir des portes, même petites, même bancales, même entre deux larmes. L’avenir se construit dans les gestes infimes, dans la façon dont on relève la tête après une chute, dans les décisions minuscules que personne ne remarque mais qui changent déjà la trajectoire. Rien ne presse. Rien ne se compare. Rien ne se joue contre toi. L’avenir avance avec toi, pas devant toi.

Tu n’es pas en retard. Tu n’es pas brisée. Tu n’es pas insuffisante. Tu es une histoire en mouvement, une personne en transformation, un chantier magnifique que personne d’autre que toi ne peut comprendre entièrement. Chaque doute a son rôle. Chaque souvenir a sa place. Chaque respiration ouvre un espace nouveau où quelque chose peut enfin naître.

Tu avances même quand tu crois stagner. Tu grandis même quand tu te sens dos au mur. Tu te reconstruis même quand tu crois te perdre. Il n’y a rien de plus beau qu’un être humain qui continue malgré la lourdeur, malgré les ombres, malgré cette sensation de solitude que rien ne semble apaiser.

Tu es déjà en train de devenir celle que tu cherches.
Et même si tu ne le vois pas encore, tu es exactement là où tu dois être.

Tu peux souffler maintenant.
La route continue.
Et toi avec...


Publié le 19/11/2025 / 39 lectures
Commentaires
Publié le 21/11/2025
Douter en bien des situations est bien utile, j’aime bien le doute en ce qu’il contient d’humilité et de remise en cause, mais comme tous les sentiments et émotions, c’est souvent à la condition que ce ne soit pas au point de perdre toute confiance en soi. J’aime bien dans ton texte le temps pris à l’acceptation car c’est de là que découle le lâcher prise si important pour avancer. De rappeler que la perfection n’est pas de nos existences, qu’ils faut voir des murs avec du recul pour s’apercevoir qu’ils se pourraient bien que nous ayons le pouvoir de les transformer en marches pour nous émanciper et nous élever, franchir des étapes clés. Et puis enfin déculpabiliser et souffler. Merci pour ce texte qui fera sans nul doute du bien à celles et ceux qui peuvent naturellement se sentir perdu.
Publié le 21/11/2025
Une vive émotion me traverse à la lecture de ce très beau texte. Je pense à René Char avec ce doute que l'on fatigue, doute présent mais qui nous sublime. Je pense à cet éloge de la patience, de la bienveillance et de l'acceptation des épreuves. Ce texte c'est l'ami qui nous veut du bien, c'est l'ami qu'on ose déranger avec nos problèmes, c'est l'ami qui nous allège de notre peine.
Publié le 21/11/2025
Au diable la perfection, et les perfectionnistes, vivons, avec nos doutes, nos fantômes, nos regrets et nos souvenirs, avançons comme l’on peut sans certitude autre que de vivre le moment présent et d’en jouir. Et la lecture de ce texte était un moment de bonheur, merci.
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