Le paragraphe complet (Dramatique et drôle)

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          Dès le printemps, un peu plus haut dans la rue, sous la fenêtre de chez Marc, apparaît un tableau noir avec le nom des primeurs. En euros. À côté, la porte de rue est toujours ouverte, l'entrée n'est barrée que par un bas-flanc, très bas, fait d'un treillis garni d'un tulle. Depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, Marie-Thérèse attend là, à l'affût comme une araignée attendant une mouche. Marie-Thérèse, ou plutôt la tête de Marie-Thérèse ; son corps doit être quelque part au-dessous, mais personne ne l'a jamais vu. Pas moi en tout cas. Il arrive que des gamins sur la route de l'école, surpris et épouvanté par son apparition, s'enfuient en hurlant, leur cartable brinquebalant sur leur dos. Il faut dire que Marie-Thérèse, sous ses cheveux gris coupés à la Jeanne d'Arc, à côté d'un œil inquisiteur, en possède un autre, soupçonneux, en verre, celui-là. Personne dans le quartier ne sait vraiment qui elle est ni ce qu'elle fabrique chez Marc. Épouse, sœur, mère, fille, cousine tarée par consanguinité, prestataire ALE ? No sé. Un perron permet aux visiteurs de s'approcher autant qu'il les tient à distance. En effet, s'ils s'avisaient de le gravir, ils se retrouveraient debout, leur braguette collée contre le front de Marie-Thérèse. Il faut qu'ils se tiennent à côté du promontoire, face au mur, et penchent le buste. Ou bien qu'ils s'agenouillent sur la marche supérieure comme sur un prie-dieu durant les mystères de l'Eucharistie. En pratique, les amateurs de primeurs locales restent droits sur une jambe et à genoux sur l'autre, en semi-génuflexion pour prendre une livre de fraises ou trois beaux poireaux à une Marie-Thérèse aussi statique qu'une Sainte-Vierge à la Pentecôte.


Publié le 30/07/2026 / 7 lectures
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