Le virus de la poésie

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J'ai attrapé le virus de la poésie par hasard. Je n'y ai pas prêté attention au départ. Aucun symptôme, aucune figure littéraire. C'était même l'inverse. Une écriture illisible, patte de mouche. Tu seras médecin c'est sûr ! Je n'écris pas beaucoup mieux mais désormais les mots sortent d'un clavier. J'ai commencé à écrire par nécessité. Exprimer l'indicible, faire couler les larmes sur le papier quand mon visage s'y refusait. J'ai écrit de manière égoïste, confuse, gauche mais j'écrivais. Je trouvais peu à peu un sens. Je me suis mis à lire de la poésie, à être impressionné par des géants, par ces mots si puissants. Merci à mon papa d'avoir mis René Char sur mon chemin! J'ai continué et je me suis perdu. J'ai cherché à plaire, à séduire. Cela flattait mon égo. J'avais du succès, des admiratrices. Des dizaines de milliers de vues sur mes textes. Des centaines de commentaires élogieux.Cela me montait à la tête. C'était une sorte de revanche. Ce que je ne pouvais avoir dans la vraie vie, je l'avais sur le blog et la messagerie instantanée. J'avais mes fans, mes fidèles. Elles pensaient se sentir unique. J' étais un modèle. Elles voulaient être chacune ma muse. J'avais ce besoin irrésistible d'amour ou plutôt d'être amoureux. De la remplacer Elle, par une autre. Ça ne devait pas être difficile mais au milieu de ce chaos, je l'ai trouvé. D'abord une amie, une confidente puis en confiance c'est devenu l'évidence. Alors comme le bonheur était trop beau, j'ai tout gâché un soir d'été et d'une manière incroyable elle m'a pardonné. Je ne suis pas fier. Cela ne me ressemble pas. Alors j'ai tout quitté pour elle. J'ai tout rayé de ma carte. Je n'ai pas donné de nouvelles, d'explications. Je suis parti comme un voleur. J'ai fait mon choix. Et pendant de longues années, je l'ai regretté. Je devenais fou. Je ne me sentais pas seul, je l'étais physiquement et j'étais fou. Alors j'ai continué à écrire. De plus en plus sombre. De plus en plus noir. Et un jour, j'ai tout lâché. J'ai balancé tout cette souffrance accumulée. Ces lettres comme des coups que je ne rendais pas. Je les ai postées et puis j'ai attendu fébrile. J'ai eu une réponse de mon père. Je l'avais touché en plein cœur. Je ne sais pas si tout a changé mais j'ai changé. Je me suis relevé. J'ai affronté mes ombres et mes fantômes. Je me suis battu pour cet amour ne soit pas qu'un caprice d'adulte encore adolescent. Je suis devenu papa une première fois. Et je n'arrive pas encore maintenant à décrire ce que je ressens. Peut être que c'était une deuxième naissance. Ou bien une renaissance? J'en sais rien. J'ai compris tout de suite que je n'étais plus seul. Que je ne le serais jamais plus. J'ai compris que j'allais avoir de nouveau peur mais différemment. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de reproduire l'histoire familiale. D'être moi aussi absent. De voir moi aussi mon enfant s'éloigner pour toujours. Je n'en parle jamais. Et pourtant c'est bien là, encore maintenant et pour toujours. L'année dernière, un autre garçon est venu me rappeler que le bonheur n'arrive pas par hasard. Il est venu me rappeler pourquoi j'écris désormais. Je n'écris pas pour moi. J'écris pour elle, pour eux, pour tant d'autres. Pour les oubliés, les vivants, les étoiles. Pour laisser une trace de son passage et rêver. J'écris et tant pis si ça dérange, tant pis pour les émotions fortes, les sorties de route, les fautes, les inattentions, les ratures. Tant pis si je reste incompris, désarmant. Tant pis du regard des autres, des critiques, de l'injustice. J'écris pour ce petit garçon qui ne voulait pas de l'avenir et préférait le passé. J'écris pour ce petit garçon à qui on ne voyait pas d'avenir. J'écris pour ce petit garçon qu'on ne remarquait pas, celui qui portait les drames sur lui plutôt que des émotions. J'écris pour cet hypersensible qui se sentait différent des autres, sans vraiment avoir d'amis. J'écris pour celui qui se faisait harceler, celui qui s'enfermait dans sa chambre, dans le noir. J'écris pour me livrer sans détour, nu, sans fard, sans conservateur. Alors s'il existe un vaccin, je n'en veux pas. Je ne souhaite pas la guérison. Je souhaite même répandre la maladie !


Publié le 13/05/2026 / 19 lectures
Commentaires
Publié le 13/05/2026
Ta poésie est superbe. Mais ce texte m’a transpercé. Parce que ce petit garçon, je le connais. Je l’ai été. Je le suis encore, parfois, quand je me retrouve seul avec mes mots et mes souvenirs. Toi, tu écris pour lui comme on allume une lumière dans le noir. Moi, j’ai passé ma vie à fermer les portes, à étouffer les cris, à protéger d’autres, quelquefois d’eux-mêmes. J’ai serré les dents à m’en faire saigner les gencives. À faire comme si tout allait bien pour moi… moi l’enfantôme. Je n’ai pas eu d’enfants. Je réalise que même si ça avait été possible, je n’aurais pas pu ; j’étais blessé. Aujourd’hui, je commence à écrire. Je le fais derrière un pseudo par souci de protéger encore… les autres. En fait, depuis juillet l’an passé. Et c’est comme si, enfin, je donnais la parole à ce petit garçon, à cet ado en colère, révolté, à ce jeune adulte qui peu à peu a su affirmer son identité et son droit à aimer et à être aimé. Je ne sais pas si je veux « répandre la maladie », comme tu dis. Mais je sais que je ne veux plus la cacher. Alors merci. Merci de m’avoir montré que c’est possible, que nos blessures, nos silences, nos colères, ils ont le droit d’exister. Même après une vie à se taire. Alors j’ai osé, j’ai mis un premier texte qui parle de moi, un texte et une série d’autres qui suivront que je ne pouvais me résoudre à mettre en ligne. Merci de m’en avoir donner le courage. Il t’est destiné. Voici : Entre deux mères.
Publié le 13/05/2026
Je ne savais pas que j'avais des super-pouvoirs! Plus sérieusement, je suis d'accord avec toi sur la censure, le fait de se cacher, le fameux syndrome de l'imposteur qui nous gâche la vie. Il arrive un moment où on brise la glace et à partir de là tout devient possible. La petite voix intérieure se fait alors plus discrète.
Publié le 14/05/2026
Ton texte m’a bouleversé. Écrire par nécessité face au harcèlement c’est ce qui m’a amené à être la joueuse de mots que je suis. C’est fort de voir que ce que ce petit garçon écrit passe au-dessus de tout, la puissance des mots et du monde intérieur vit, libre. Elle n’est pas écrasante. Dans tes mots je partage aussi tes doutes, notamment sur la légitimité. La confiance en soi est fragile, il est important de l’entretenir. Garde ce magnifique virus, il te va très bien !
Publié le 14/05/2026
Merci Lucie. C'est si joliment exprimé. Je me rends compte parfois et même souvent que le doute est bien présent. Mais il est de bon conseil. Il me pousse a être meilleur, à apprendre de mes erreurs, à donner une chance à l'imparfait. A oser revenir sur un site d'écriture après plusieurs déconvenues passées par exemple. Le doute me raisonne, me donne de la matière, de la reflexion. A de nouveau partager des mots et en accueillir d'autres venant d'êtres sensibles et touchants. Tu en fait partie de manière délicate.
Publié le 17/05/2026
Merci pour ce texte bouleversant et empreint d’une telle authenticité. Bravo pour le courage que tu as eu de te livrer. C’est une maladie salvatrice que tu as contractée : elle a permis au petit garçon de traverser des périodes difficiles, à l’homme de se construire et de partager son humanité avec tous ceux qui te lisent. Je suis réellement touchée, et ton texte résonne en moi.
Publié le 17/05/2026
Merci infiniment pour ces mots très justes et touchants. Je suis ému de voir ce texte trouve un si bel écho. La poésie oui se partage et ça qui la rends si merveilleuse ! ☺️
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