J'entre pour la première fois dans cette pharmacie de banlieue au charme désuet. Elle est située dans un centre commercial entre une banque et un restaurant chinois avec formule à volonté. Je sors de ma poche cette fameuse ordonnance.
J'ai l'esprit brouillé. Soudain je repense à l'infirmière. Ce coup de téléphone il y a deux mois pour un rendez-vous au CMP. Je ne devais pas être malade car jeune, diplomé, en couple et avec un travail. Je défie les lois statistiques ou alors l'humain n'est pas une affaire de chiffres. Je vous laisse seul juge.
- C'est nouveau ce traitement? demande la préparatrice avec un mouvement de tête. Elle lança aussitôt un regard à sa collègue qui voulait dire '' ah t'as vu la dose, énorme, en même temps avec sa tête de zombie... ''
Je ne me rappelle plus de ma réponse et ça n'a pas grande importance à vrai dire. Je n'écoute pas. J'ai des troubles de concentration. Je veux plus que tout quitter cette maudite officine et me retrouver seul...
- Monsieur votre carte vitale ne fonctionne pas. Vous êtes en fin de droit?
- Comment ça ?
- Veuillez faire le nécessaire auprès de la sécurité sociale et demander une attestation. C'est pas notre problème.
Je prends le sachet et pars en regardant le sol sale et mes chaussures. Me retrouver seul pas sûr que ce soit une si bonne idée mais voir ces gens me juger, c'est trop insupportable pour moi ...
Je reprends ma voiture. Je n'ai que 3 kilomètres. J'aurais pu faire ce trajet à pied mais conduire c'est être encore un peu comme tout le monde... Je respire un peu mieux. J'arrive dans mon appartement. Les volets sont fermés comme tout à l'heure. Je déballe l'emballage et m'empresse de lire la notice. J'ai l'air d'être plus mal qu'avant. Je prends les 150 mg soit 2 comprimés de 75 mg. Ça fait beaucoup mais je suis les recommandations du psychiatre. Toujours le matin. J'ai confiance et ça va aller mieux.
Un certain temps a passé mais un temps incertain.
Je me transforme. Je suis euphorique. Un vrai moulin à paroles. La colère aussi s'exprime beaucoup. Je ne me reconnais pas. Je transpire beaucoup la nuit. Je change souvent les draps. Je dors mal. Je me lève la nuit. Je pars quand même travailler et faire ces 2 heures de route. C'est dangereux. Il y a ce foutu triangle sur la boîte mais je n'ai pas le choix. La dame de la pharmacie avait raison. Un vrai zombie. Je me fais peur. J'ai des crises de larmes en voiture. Je suis agressé par ce petit chef, Daniel, ce taré. Mon bras se serre. Je sens ses mains, son absence de contrôle. Une scène surréaliste, traumatisante devant mes collègues qui me soutiennent mais je dois partir. Je n'en peux plus de cette ambiance glauque. Ce Rh qui me reproche d'être humain et qui se tapait la tête contre les murs... Ils ne savent rien, ils n'en sauront jamais rien. Je n'aurais pas d'autre accident cette année-là. C'est avec le sourire et avec patience que je lâche cette drogue et me reconstruit.
Note: je n'aime pas les pharmacies, je préfère les malades.
Note 2: je n'aime pas les psychologues, ils sont plus atteints que leurs patients.