Les voleurs de sommeil
Il ne dort plus.
Il est fatigué.
Il est épuisé.
Écrans, malédictions
d’un monde sans repos.
Il est connecté le jour
comme la nuit.
Le mode silencieux…
Les notifs vibrent.
Il était sur le point de s’endormir.
Ça doit être important.
Le sommeil attendra.
Ce n’était rien.
Mais il est hapé.
Alors il regarde encore et encore.
Puis il repose le monstre sur la table de nuit qui continuera à le harceler dans l’ombre.
Le standby de la télévision clignote.
Un clic et une image
le déviera
de sa trajectoire du sommeil.
La nuit avance.
La fatigue aussi.
Demain il sera un zombie.
Les écrans continueront.
Ils sont toujours en charge, eux.
Rien ne les éteint.
La volonté de l’homme s’effrite.
Elle a été déviée, formatée.
La nuit avance.
L’aiguille tourne.
Il est trop tard.
Le cercle infernal se répète jusqu’au burn-out.
Il n’est plus lui-même.
Les voleurs de temps lumineux lui ont pris ses rêves, son sommeil, sa présence.
La vie ne tient qu’à un fil.
Et à force de tirer dessus, de le tendre dans des nuits sans fin, un jour il pourrait céder.
Alors tout s’éteindrait
non pas l’écran,
mais lui.
Et ce serait
une fin dramatique.