Se perdre,
c'est ne plus reconnaître son visage dans le miroir.
Regarder sans se trouver.
C'est ne plus pouvoir se tenir nu.
Toujours habillé,
pour plaire,
pour appartenir,
pour ne pas déborder.
J'ai porté des peaux.
Les unes sur les autres.
Ajustées, resserrées, échangées, abandonnées.
Chaque fois persuadé:
celle-ci sera la bonne.
Et puis je me suis fui.
Longtemps.
Jusqu'à m'épuiser de moi-même.
Alors, une part de moi a cédé.
Et j'ai retrouvé, presque par honte,
une peau laissée de côté,
trop simple,
trop nue,
trop vraie.
Une peau d'âne.
Elle était brute.
Animale.
Mais elle était mienne.
Je l'avais quittée.
Laissée derrière
comme on abandonne une odeur trop forte.
Par dégoût.
Pourtant, c'était elle
qui me tenait au chaud.
Et dessous,
je rêvais encore.
Les yeux ouverts.