Surprise

PARTAGER

On a frappé doucement, mais je ne suis pas sûr.

 

Quelqu’un a bien frappé, c’est bien un toc-toc que j’ai entendu.

 

Le son était net, précis, presque poli.

 

Le son était tout de même bien clair : c’était bien à la porte.

 

J’ai retenu mon souffle, comme si le silence pouvait effacer ma présence.

 

Je ne savais pas vraiment quoi faire. Il était tard et je n’attendais personne. Je fus pris de frissons, puis ça n’a frappé qu’une fois… et plus rien.

 

Le silence qui a suivi était plus lourd que le coup frappé.

 

Ce silence m’était étrange. Je collai mon oreille à la porte, juste pour entendre si quelqu’un était là.

 

Derrière le bois, il n’y avait rien… et pourtant j’avais la sensation d’être observée.

 

Je décidai finalement de dire discrètement :

— Qui est là ?

 

Ma voix me sembla étrangère, comme si elle ne venait pas tout à fait de moi.

 

Je crois qu’on ne m’a pas entendue. Ma voix était trop faible et peureuse. Je repris le contrôle après une grande inspiration et je dis assez fort :

— Qui est là, s’il vous plaît ?

 

Cette fois, le silence ne répondit pas… mais il n’était plus vide.

 

Personne ne répondit. Alors j’ouvris la porte. Il n’y avait personne. Je me dis : « Je vais quand même frapper chez la voisine, des fois qu’elle aurait entendu quelque chose. »

 

Le couloir était désert. La lumière jaune tremblait légèrement, comme fatiguée d’éclairer pour rien.

 

Je frappai chez ma voisine.

— Bonsoir, Madame Duchemin, pourriez-vous me dire si quelqu’un est passé ? J’ai cru entendre frapper à ma porte.

 

— Ah non, Madame Bernard, je n’ai rien entendu ! Peut-être un chat… ou un fantôme !

 

— Un fantôme ! Nous n’avons pas de fantômes dans cet immeuble ! Et les fantômes n’existent pas !

 

Je rentrai chez moi et fermai la porte à double tour.

 

Pourtant, en glissant la clé dans la serrure, j’eus l’étrange impression que quelqu’un souriait dans mon dos.

 

Quelqu’un est entré chez moi pendant que je parlais à Madame Duchemin ! Je commençai à paniquer un peu. J’aurais entendu ou vu quelque chose !

 

Un parfum familier titilla mes narines. Je connais ce parfum !

 

— Gisèle ? C’est toi, ma fille ? Tu me fais une surprise ?

 

Le cœur battant, j’avançai vers le salon, prête à voir surgir un éclat de rire derrière le canapé.

 

— Oh Gisèle ! Mais tu es folle de me faire un coup pareil ! Tu veux que ta mère ait une crise cardiaque !

 

Je la pris dans mes bras, pleurant de joie en l’embrassant.

 

Elle riait contre mon épaule, et je compris que parfois les fantômes ne sont que des absences qui reviennent.

 

— Il faudra quand même que tu m’expliques comment tu m’as joué ce tour, vilaine ! Allez, viens t’installer qu’on parle un peu.

 

Et nous parlâmes des heures en buvant du champagne.

 

L’heure disait :

— Il faut se coucher, les filles.

 

Nous acquiesçâmes.

 

Et cette nuit-là, aucun fantôme ne frappa à ma porte, car la maison était pleine de rires.

 


Publié le 02/03/2026 / 5 lectures
Commentaires
Connectez-vous pour répondre