Nous nous étions rencontrées lors de sa formation professionnelle. J’étais formatrice dans l’établissement dans lequel elle étudiait mais je n’intervenais pas sur sa formation. Nous nous croisions par contre beaucoup dans les couloirs. A chaque fois, un signe de tête, un sourire, un « bonjour » cordial, presque amical. Nous nous étions parlé rapidement une ou deux fois. Le contact était facile, simple, fluide.
Puis sa formation s’était terminée sans que nous n’ayons eu l’occasion de nous dire aurevoir.
Mais, à ma grande surprise, une semaine après, je recevais ce mail de sa part :
Bonjour Marie
Pardon de te déranger qui plus est sur ta boîte professionnelle mais je n’ai aucun autre moyen pour te contacter.
Je suis Vickie de la certification, auteure que tu as beaucoup croisée par la suite.
La certification s’est terminée vendredi dernier sans que je n’aie eu l’occasion de te dire aurevoir.
Je me permets donc de revenir vers toi pour te dire que j’ai été ravie de faire ta connaissance et que j’aurais aimé, avec ton accord, bien sûr, pouvoir te revoir, simplement pour faire vraiment connaissance car je suis persuadée que l’on pourrait très bien s’entendre et que cette idée du " plus jamais l’occasion de discuter ensemble ne se présentera " me laisse finalement un réel sentiment de regret.
Nous n’habitions pas très loin l’une de l’autre, le trajet jusqu’à chez toi est tout à fait faisable de mon côté. Encore faut-il que cette envie de se revoir pour discuter tout simplement soit partagée.
Je comprendrais tout à fait que ce ne soit pas le cas pour toi.
Je te laisse y réfléchir.
A bientôt j’espère (ou non)
Amicalement
Vickie
Je m’empressai d’y répondre avec emphase, acceptant le contact, acceptant de la revoir, en lui laissant mon numéro de téléphone.
Dans la journée, Vickie me proposait des dates pour se revoir.
Je lui expliquai alors que mariée avec un enfant en bas âge, je n’avais pas beaucoup de disponibilités, tout en essayant de voir si une des dates proposées pouvait correspondre à mon emploi du temps chargé.
Nous commençâmes donc de discuter par textos.
Au fil des conversations, j’appris alors qu’elle était également maman d’une fille de 16 ans, dont elle n’avait plus la garde, et qui voulait transitionner de fille à garçon. Vickie semblait mal vivre cet état de fait mais m’expliqua qu’elle « ne pouvait pas au moins faire l’effort d’au moins essayer de la comprendre, en tant que maman, et surtout en tant que maman homosexuelle ».
Cette dernière information me laissa sans voix. Cela compliquait soudain beaucoup les choses : et si elle était intéressée par moi ? Et si c’était pour cette raison qu’elle avait souhaité se rapprocher de moi ? Ce n’était pas du tout de cette façon que j’envisageais moi-même cette relation. En plus, elle m’expliquait être à la recherche d’un emploi, vivre seule avec son chien, et s’ennuyer énormément. Elle m’expliquait également ne pas pouvoir travailler à plus d’un mi-temps pour raison de santé. Quels étaient ses problèmes ? De quoi souffrait-elle ?
Non. Décidément, même si cette fille avait l’air très sympa au départ, elle me faisait peur à présent : homosexuelle, malade, et plutôt insistante au vu de la fréquence de ses messages…je pris peur et préférai alors prendre mes distances et rester dans le silence.