Un jour, peut-être : le temps que la justice n’a pas rendu
J’ai écouté ce livre en deux jours.
Il m’a pris sans ménagement, puis relâché lentement, comme on revient d’un songe dont on ne sait pas s’il était doux ou inquiétant. J’en suis sorti avec une sensation étrange : celle d’un massage de "la promesse de l'ange de Lenoir" suivi d’un retour brutal dans le monde réel.
L’histoire se déroule dans l’Angleterre des années 80, à une époque où l’ADN n’existait pas encore dans les procédures judiciaires. Un jeune homme, fragile, influençable, est accusé d’un crime qu’il n’a probablement pas commis. Pressé, manipulé, épuisé, il avoue pour pouvoir manger, voir sa mère, rentrer chez lui. La justice, pressée d’avoir un coupable, se satisfait de cette confession. Le reste peut attendre.
Ce roman parle moins du crime que de ce qui l’entoure : la mécanique institutionnelle, les silences, les arrangements, la facilité avec laquelle une vérité peut être fabriquée. Il parle aussi de celles et ceux qui doutent, qui résistent, qui reprennent les dossiers abandonnés. Une avocate, une policière, quelques consciences encore vivantes tentent de réparer ce qui peut l’être.
Lorsque la vérité finit par émerger, des années plus tard, elle ne provoque pas le soulagement attendu. Elle arrive trop tard. Le temps a déjà fait son œuvre sur les corps, sur les vies, sur les cœurs. Être innocenté ne rend pas les années perdues, ni l’énergie de vivre d’avant.
Ce livre ne cherche pas à consoler. Il oblige à regarder. Et c’est peut-être là sa force : rappeler que la justice, même quand elle triomphe, ne répare jamais tout.
Un jour, peut-être… mais parfois, c’est déjà trop tard.