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Un jour peut-être

De Michael Wood

Chroniqué par Mich
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Un jour, peut-être : le temps que la justice n’a pas rendu

 

 

J’ai écouté ce livre en deux jours.

Il m’a pris sans ménagement, puis relâché lentement, comme on revient d’un songe dont on ne sait pas s’il était doux ou inquiétant. J’en suis sorti avec une sensation étrange : celle d’un massage de "la promesse de l'ange de Lenoir" suivi d’un retour brutal dans le monde réel.

 

L’histoire se déroule dans l’Angleterre des années 80, à une époque où l’ADN n’existait pas encore dans les procédures judiciaires. Un jeune homme, fragile, influençable, est accusé d’un crime qu’il n’a probablement pas commis. Pressé, manipulé, épuisé, il avoue pour pouvoir manger, voir sa mère, rentrer chez lui. La justice, pressée d’avoir un coupable, se satisfait de cette confession. Le reste peut attendre.

 

Ce roman parle moins du crime que de ce qui l’entoure : la mécanique institutionnelle, les silences, les arrangements, la facilité avec laquelle une vérité peut être fabriquée. Il parle aussi de celles et ceux qui doutent, qui résistent, qui reprennent les dossiers abandonnés. Une avocate, une policière, quelques consciences encore vivantes tentent de réparer ce qui peut l’être.

 

Lorsque la vérité finit par émerger, des années plus tard, elle ne provoque pas le soulagement attendu. Elle arrive trop tard. Le temps a déjà fait son œuvre sur les corps, sur les vies, sur les cœurs. Être innocenté ne rend pas les années perdues, ni l’énergie de vivre d’avant.

 

Ce livre ne cherche pas à consoler. Il oblige à regarder. Et c’est peut-être là sa force : rappeler que la justice, même quand elle triomphe, ne répare jamais tout.

Un jour, peut-être… mais parfois, c’est déjà trop tard.

 


Publié le 29/12/2025
Commentaires
Publié le 31/12/2025
Bonjour Michel, tu pourrais ajouter cette chronique sur la page de l’atelier d’écriture « Justice ». J’avais relevé dans le livre eponyme de Sandel cette notion qu’est l’utilitarisme, soutenu par Jérémy Bentham et John Stuart Mill que l’on peut résumer ainsi : faire que la justice puisse faire « le plus grand bonheur du plus grand nombre ». Et comprendre que derrière chaque rouage de cette mécanique il y a de l’humain et dans l’autre livre que j’avais chroniqué sur le thème de la justice « Paroles d’avocats anthologie d’éloquence judiciaire » il y a une société et ses lois, une opinion publique (et en son sein déjà un tribunal populaire avec pléthore de justiciers masqués) des médias et des influenceurs et aussi des monstres qui alimentent la peur. Et puis il y a pour les croyants encore le tribunal céleste. Je voulais lire ce nouveau livre mais je ne l’ai trouvé qu’en audio et en ce moment je sature un peu de l’audio. Je verrais pour le lire plus tard. Merci Michel de cette recommandation.
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