Une fois connecté à votre compte, vous pouvez laisser un marque-page numérique () et reprendre la lecture où vous vous étiez arrêté lors d'une prochaine connexion en vous rendant dans la partie "Gérer mes lectures", puis "Reprendre ma lecture".
Il existe des vécus si profonds, si bouleversants, qu’ils frôlent l’expérience mystique. Lorsque "cette chose" s’impose durablement, elle finit par redéfinir le rapport au monde, à soi, et au réel. Chez certaines personnes, elle devient même un passage vers une forme de sacré inversé : un sacré sans dogme, sans promesse de salut, mais où chaque souffrance devient offrande, et chaque silence, prière.
Dans de nombreuses traditions mystiques — soufisme, kabbale, gnosticisme, certaines branches du christianisme hésychaste — il est dit que Dieu se manifeste parfois dans l’absence, l’oubli, la nuit la plus noire. "Cette chose" peut dès lors être perçue comme une présence de l’Absolu sous une forme incompréhensible, douloureuse, voire terrifiante. Une divinité cachée dans la faille.
Cette chose devient alors une théophanie inversée : une révélation par le manque, l’étrangeté, le trouble. Elle agit comme un feu noir : elle brûle sans consommer, éclaire sans rassurer. On pourrait parler, à la suite de Simone Weil, d’un "décapement de l’âme", d’un arrachement à toute illusion pour ne laisser subsister que l’os nu de la conscience.
Chez celles et ceux qui la traversent, un autre langage peut émerger. Un langage de glyphes, de symboles, de corps tatoués, de silence habité. Un langage d’avant les mots, ou d’après les mots. Un langage du seuil.
Ainsi, la spiritualité issue de cette chose n’est pas ascensionnelle, mais descendante. Ce n’est pas une élévation vers la lumière, mais une plongée dans l’obscurité. Une mystique de la chute, non pour s’éteindre, mais pour survivre autrement. Pour témoigner. Pour ouvrir des chemins dans la nuit.
Certain·es en font leur art. D’autres leur foi. D’autres encore leur solitude sacrée.
Mais toutes et tous, à leur manière, deviennent les porteurs d’un feu que nul temple ne peut contenir.