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Je pensai souvent à la surface dans les jours qui suivirent.
Non pas à la chaleur.
Ni aux bulles.
Je pensais au vieux clocher.
Il n'avait aucune utilité. Il ne produisait rien. Il n'abritait personne. Pourtant, je n'arrivais pas à l'oublier.
Je repris le cours de ma vie.
Le travail.
Les trajets.
Les repas.
Les visites chez Élise.
En apparence, rien n'avait changé.
Un soir, en rentrant, je décidai de passer par le jardin central. Je n'y allais presque jamais.
Les arbres y poussaient sous une immense voûte lumineuse dont le cycle imitait celui d'un printemps permanent. Les botanistes avaient conçu cet espace pour offrir aux habitants un environnement apaisant. Les essences avaient été choisies avec soin. Leur floraison se relayait tout au long de l'année afin que le jardin ne perde jamais ses couleurs.
Il était magnifique.
Je compris soudain que ce mot revenait souvent depuis quelque temps.
Magnifique.
Les bulles étaient magnifiques.
Les jardins étaient magnifiques.
Même les simulations du Réseau Sensoriel étaient magnifiques.
Notre monde savait fabriquer la beauté.
Une balle roula jusqu'à mes pieds.
Un petit garçon arriva en courant.
Je la ramassai et la lui tendis.
— Merci !
Il repartit aussitôt rejoindre les autres.
Ils jouaient en riant autour d'un arbre. Ils grimpaient sur les branches basses malgré les recommandations affichées à l'entrée du jardin. Une éducatrice les rappelait régulièrement à l'ordre, sans grande conviction.
Je souris.
Les enfants trouvaient toujours une manière d'inventer leurs propres règles.
Je m'apprêtais à repartir lorsqu'une petite fille s'approcha de moi.
Elle leva les yeux vers le plafond lumineux.
— Tu crois qu'il pleuvra demain ?
Je restai silencieuse quelques secondes avant de lui répondre avec douceur.
— Ici, non.
Elle réfléchit.
— Alors pourquoi il y a un ciel ?
Sa question me prit au dépourvu.
Je levai les yeux à mon tour.
Les ingénieurs avaient reproduit quelques nuages qui dérivaient lentement dans une lumière de fin d'après-midi. Je connaissais leur programmation, leur vitesse, leur intensité lumineuse.
Mais je ne savais plus quoi répondre.
L'éducatrice appela la fillette.
Elle me fit un signe de la main avant de repartir en courant.
Je restai seule.
Pourquoi y avait-il un ciel ?
Pour nous rappeler celui que nous avions perdu ?
Ou pour nous aider à oublier qu'il n'était plus là ?
En quittant le jardin, je passai devant une plaque fixée près de l'entrée.
« Cet espace contribue au bien-être psychologique des habitants. »
Je relus la phrase.
Elle était certainement vraie.
Pourtant, je ne pus m'empêcher de penser qu'autrefois, un jardin n'avait probablement pas besoin de justifier son existence.
Il était là.
Simplement.
Et cette simplicité me sembla soudain infiniment précieuse.