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Quelques semaines plus tard, le projet Horizon revint sur la table.
Cette fois, il ne s'agissait plus d'une réunion d'information.
Les premières orientations devaient être validées avant le lancement des études techniques.
Je n'étais toujours pas décisionnaire.
J'étais simplement invitée à donner un avis sur les contraintes de maintenance des futurs équipements.
Lorsque j'entrai dans la salle, je retrouvai plusieurs visages déjà croisés.
La climatologue.
L'ingénieur.
L'économiste.
Le responsable des infrastructures.
L'urbaniste.
Ils me saluèrent chaleureusement.
Je pris place.
Les échanges commencèrent.
Les simulations confirmaient les projections. Le nouveau système permettrait de maintenir des températures supportables pendant plusieurs décennies tout en limitant la consommation énergétique.
Les chiffres étaient excellents.
L'économiste souligna le coût maîtrisé.
L'ingénieur insista sur la fiabilité des équipements.
Le responsable rappela que les travaux perturberaient très peu le quotidien des habitants.
Puis l'urbaniste demanda la parole.
— Nous avons étudié un second scénario.
Une nouvelle carte apparut à l'écran.
À première vue, les différences étaient discrètes.
Elle poursuivit.
— Cette solution demanderait davantage de temps. Elle nécessiterait de transformer progressivement certains quartiers et de revoir notre organisation territoriale. En contrepartie, notre dépendance aux systèmes de refroidissement diminuerait fortement sur le long terme.
L'ingénieur consulta les données.
— Les bénéfices n'apparaîtront que dans plusieurs décennies.
L'économiste ajouta aussitôt :
— Et l'investissement initial est nettement plus important.
Le responsable des infrastructures compléta :
— Sans compter les contraintes pour les habitants pendant les travaux.
Personne ne rejetait cette proposition.
Personne ne semblait prêt à la choisir non plus.
Je regardais les deux scénarios projetés côte à côte.
L'un améliorait le monde que nous connaissions.
L'autre proposait de le transformer.
Le responsable referma son dossier.
— Avant de conclure, est-ce que quelqu'un souhaite ajouter quelque chose ?
Je pris une inspiration.
— Oui... mais ce n'est pas une remarque technique.
Tous les regards se tournèrent vers moi.
Je cherchai mes mots.
— Depuis quelque temps, je rencontre une femme qui participait déjà à ce genre de réunions il y a très longtemps.
Quelques sourires polis apparurent.
Je poursuivis.
— Un jour, elle m'a dit qu'il manquait toujours une chaise autour de la table.
Le responsable fronça légèrement les sourcils.
— Une chaise ?
— Oui.
Je regardai lentement chacun des participants.
— Celle de ceux qui vivront avec nos décisions.
Le silence s'installa.
Un silence différent de celui que j'avais connu lors de ma première réunion.
Personne ne baissa les yeux.
Personne ne chercha à répondre.
Je continuai doucement.
— Vous êtes tous en train de protéger quelque chose d'essentiel.
Les habitants.
L'eau.
L'énergie.
L'économie.
La santé.
Je comprends pourquoi.
Je ferais probablement les mêmes choix à votre place.
Je marquai une pause.
— Mais je me demande si nous pourrions aussi essayer de regarder les choses depuis cette chaise.
Juste quelques minutes.
Je montrai les deux scénarios projetés à l'écran.
— Est-ce que nous pourrions comparer leurs conséquences... non seulement dans vingt ans... mais aussi dans cent ans ?
La climatologue rompit la première le silence.
— Nous n'avons jamais demandé cette simulation.
L'urbaniste prit aussitôt quelques notes.
L'économiste resta immobile, les yeux fixés sur les cartes.
Puis elle dit, presque pour elle-même :
— Cela changerait sans doute notre manière de comparer les deux projets...
Le responsable referma lentement son ordinateur.
— Ce sera un travail supplémentaire.
Il regarda successivement chacun d'entre nous.
— Mais je crois qu'il mérite d'être fait.
La réunion prit fin quelques minutes plus tard.
Aucune décision ne fut prise ce jour-là.
Les deux scénarios restaient sur la table.
En quittant la salle, je remarquai que l'agent d'entretien était déjà entré pour préparer la réunion suivante.
Il repoussa une chaise légèrement en retrait afin de compléter le cercle autour de la table.
Je m'arrêtai un instant.
Je souris malgré moi.
Il ignorait tout de notre conversation.
Et pourtant, ce simple geste me donna l'impression que, pour la première fois, la chaise vide avait trouvé sa place.
Je ne savais pas encore quelle décision serait prise.
Mais je quittai le bâtiment avec une certitude nouvelle.
Les grandes transformations ne commencent pas toujours lorsqu'on trouve une réponse.
Parfois, elles commencent le jour où une image change durablement la façon dont une question est posée.
Sans le savoir, nous venions peut-être d'ouvrir bien davantage qu'un nouveau scénario.