Une fois connecté à votre compte, vous pouvez laisser un marque-page numérique () et reprendre la lecture où vous vous étiez arrêté lors d'une prochaine connexion en vous rendant dans la partie "Gérer mes lectures", puis "Reprendre ma lecture".
Ulysses est raide. Raide de désir. Il s’était essayé comme nombre de jeunes hommes États-Uniens, à explorer le corps d’autres gars, préférentiellement de son âge, dans des salles de fitness. Des lieux vaguement confidentiels. Son engagement comme photo-reporter affecté à l’armée eût pu lui permettre d’approfondir son attirance pour les corps masculins. Il n’en avait rien fait. Trop engagé dans sa mission doublement informationnelle et éthique. Il ne se connaît pas homosexuel. Mais voilà qu’il aime s’abîmer avec Ouranos. C’est la première fois qu’il va si loin. Avec un mec. Il suce, se fait sucer. Goûte le sperme. C’est peut-être le whisky. Non ! Il n’était pas ivre l’an dernier à Uzès. Il était déjà fasciné par l’homme qui dansait nu autour du burning man. Que s’est-il passé ? Ouranos relève la tête. Il regarde Ulysses avec une tendresse mêlée d’admiration. « Léo a persiflé sur mon goût pour les cultes exotiques. L’enfoiré ! Là, je vénère le phallus. Ton sexe est une merveille de la nature. » - « Adore-le, goûte-le. Il est pour toi. Rien que pour toi. » Ouranos revient à son culte. Ulysses plonge les doigts dans l’épaisse chevelure défaite qui glisse sur ses jambes en contemplant ce dos puissant et cette croupe cambrée qui demande à être caressée, pénétrée. Sa respiration s'accélère quand Ouranos, docile et ardent, redouble d’attention autour du membre dressé. Les doigts d’Ulysses se resserrent dans les vagues brunes, guidant sans brutalité le mouvement de la bouche chaude qui l’engloutit. « Doucement Doc ! » Ouranos obtempère. Il lève les yeux, rencontre le regard bleu-acier de son amant qui bout d’appétence. Ses mains remontent le long des cuisses écartées, s’attardent à l’intérieur où la peau est plus douce. « Tourne-toi ! », L’injonction d’Ulysses sonne d’une voix faussement autoritaire. Ouranos hésite un court instant avant de se redresser. Mais il offre son dos à Ulysses qui tombe à genoux derrière lui, explore les flancs d’Ouranos, glisse les mains vers l’entrejambe et le caresse. Penché contre sa nuque, il lui chuchote : « Tu es insatiable ». Ouranos se cambre contre lui avec un soupir de ravissement : « Ça va être ma fête Yankee ? Alors oui, vas-y, défonce-moi ! »
Ulysses crache dans sa paume, étale la salive tiède sur ses doigts, les glisse entre les fesses d’Ouranos, trouve l’entrée serrée, la touche à peine d’un doigt mouillé, appuyant juste assez pour l’explorer. « C'est ma première fois Doc. Tu veux ? » - « Tu en as une furieuse envie. Moi aussi Uly. » Il recueille un nouveau jet de salive dans sa main qu’il mêle au jus qui perle de son gland. Ouranos tend le bras vers la bouteille de whisky posée sur la table basse, la débouche, en avale trois lampées et la passe à Ulysses qui en fait autant. « Ton bout est plein de jus Yankee ; frotte-moi avec, ça va aider. » Ulysses sourit dans le cou d’Ouranos, aligne son membre encore plus dur contre le petit orifice, applique des mouvements circulaires pour l’enduire, accompagné par Ouranos qui cogne doucement son anus sur la bosse glissante. Il se cambre. Ulysses pousse lentement, s'arrête dès qu'il sent le sphincter se contracter. « C'est vrai que tu n'as jamais baisé un mec ? » Les mains d'Ulysses tremblent sur les flancs d’Ouranos qui respire profondément, volontairement, comme il a appris à le faire à ses patients anxieux. Mais lui n'est pas anxieux. Il veut que son Yankee lui entre tout entier dedans. Il est de plus en plus épris. Alors il se donne. « Alors, c'est vrai ? » Il se détend peu à peu, sent Ulysses entrer davantage, très lentement, attentif à chaque sensation, contraction, résistance et relâchement. Ça pénètre. Ouranos ronronne. Il pousse son cul contre le corps de l'Américain. « Tu es bon Doc ? » Ouranos répond par un rire complice : « C'est toi qui est bon Yankee ». Il prend les mains d'Ulysses et les plaque contre ses pectoraux. Le photographe s'enfonce lentement. Ouranos lâche un long soupir. La douleur ? Accessoire, submergée par le plaisir d'être possédé par cet homme qu’il aime déjà. Il en est sûr. « Alors ... Réponds-moi Ulysses ; c'est vrai ? C'est la première fois ? »
Ulysses lui murmure quelque chose dans le cou dont Ouranos saisit le sens sans réellement comprendre les mots. Il le sait. Il le sens. C'est bien la première fois que l'Américain baise un autre homme. Il le sent à la façon dont Ulysses le pénètre. Presque timidement. Une précaution qui semble venir de ce qu'il entend aussi le faire aimablement, avec aménité. Ouranos se sent honoré d'être le premier à recevoir cet homme-là dans son corps. Il bouge doucement, prend son temps, savoure la sensation de plénitude que lui procure sa présence en lui. Il saisit les mains d'Ulysses qui lui murmure : « Tu es magnifique. Oui, c'est la première fois. Je me sens bien en toi. Dis-moi, je peux rester comme ça, sans bouger ? T'embrasser la nuque, te dire des choses que je n'ai jamais dites ? » Ouranos lui serre fort les mains. « Tout ce que tu veux. Je suis à toi, et c’est tout ce que je veux. » Ulysses lui enlace le torse. Il lui caresse le lobe de l'oreille avec les lèvres. La respiration chaude du photographe fait trembler le psychologue. « Tu es plus doux que je n'imaginais. » Ulysses glisse ses mains le long des bras du Français pour entrelacer à nouveau leurs doigts. « J'ai dû attendre ce moment depuis l'année dernière quand je t'ai vu danser près du feu sous la nuit étoilée. Tu avais l’air si seul. Je suis là maintenant. » Ouranos presse les phalanges contre les siennes, sentant la tension monter dans leurs corps exaspérés par le désir.
Ulysses se retire avec douceur en caressant du bout des doigts le galbe des hanches. Il le guide vers le sofa. « Viens t’allonger. Je veux voir ton visage. » Ouranos s'y étend, offrant son corps à l'Américain et à la lumière tamisée. Ulysses se met à genoux entre les cuisses écartées. « Je veux tout goûter de toi ». Il se penche pour l'embrasser. Les saveurs de whisky, de sel, de sueur et de sexe les stimulent. « Je veux tout de toi ... » Ouranos ferme les yeux lorsque Ulysses entre en lui à nouveau, lentement, profondément. Chaque poussée les fait tressaillir, plus intensément chaque fois. Ouranos respire de plus en plus vite. Il contient à peine les gémissements qui montent dans sa gorge. Ulysses ralentit, se penche sur lui et embrasse ses paupières closes. « Regarde-moi ». Ouranos ouvre les yeux pour voir Ulysses penché au-dessus de lui. Lui aussi est tendu comme un arc. Il remonte légèrement les hanches pour mieux le recevoir, offrant son corps dans une confiance totale. Il saisit les fesses d'Ulysses pour le guider encore plus profondément en lui, murmurant des mots crus, où se mêlent dans un déferlement chaotique tendresse et obscénité, brutalité et douceur. Le souffle court, Ulysses s'immobilise, enfoncé jusqu'à la garde, dans la chaleur confortable des entrailles d'Ouranos. Ses yeux bleu-acier percent l'obscurité. « Je t'ai désiré chaque jour depuis cette nuit près du feu... » Il avoue, « ... ta danse... ton corps sous la lune... j'ai cru devenir fou. » Ses doigts se referment sur les poignets d'Ouranos pour l’agrafer sur le sofa. Ouranos arque le dos, recevant chaque mot comme une nouvelle caresse. « T'es un romantique déguisé en bad boy, Yankee. » Il feint de ricaner mais sa voix chevrote un peu. Ulysses donne alors un coup de boutoir ; Ouranos libère un hoquet. « Ferme-la Doc ! Je t'aime. » Leurs bouches se joignent dans un baiser sauvage tandis qu'Ulysses initie un va et vient lent et profond, comme pour imprimer avec chaque poussée l'implacable réalité qui habite son âme. Le danseur du 31 juillet est enfin à lui. Ouranos attrape ses épaules : « Alors prouve-le, O'Brien. Fais-moi oublier qui je crois être. » Les mouvements s'accélèrent en vagues successives qui viennent lui frapper le plancher. Les claquements humides de leurs peaux sont comme les battements hypnotiques du tambour des chamans. Ouranos ne sait plus où finit son corps et où commence celui d'Ulysses. Les murs de la chambre s'estompent. Il se dissout dans le plaisir. Il voit des éclats blancs derrière ses paupières closes. « Regarde-moi ! » ordonne Ulysses en saisissant son menton. Ouranos ouvre les yeux, leurs fronts se touchent. Ulysses murmure quelque chose en anglais, trop vite pour être compris, puis répète lentement en français : « Tu es mon commencement et ma fin. » Ouranos sent son bas-ventre exploser. Un spasme l’envahit. Ulysses expire en hurlant.
Leurs corps tremblants s'effondrent. Un contre l'autre, baignés de cette sueur qui sent le sel et l’homme. Ulysses reste en Ouranos. Aucun ne veut rompre cette intimité. Ils respirent à l'unisson. Ouranos caresse le crâne rasé d'Ulysses. « Je ne savais pas... », mais Ouranos pose un doigt sur ses lèvres : « Maintenant tu sais. » Il se sourient. Dehors, le mistral souffle toujours plus fort, agite quelque chose dont l’ombre dansante se projette sur les murs de la chambre. Ulysses attrape le whisky. Ils en partagent ce qu’il reste en se dirigeant vers le lit. Ils s’allongent l’un contre l’autre. « Demain... » murmure Ulysses en traçant des cercles sur le torse d'Ouranos. « Demain je te photographierai devant le Pont du Gard, comme je l'ai imaginé depuis que je t’ai vu. Je t’aimais déjà. » Ouranos goûte la promesse. Il sait que quelque chose d'irréversible vient de se sceller entre eux. Quand il rouvre les yeux, c'est pour découvrir Ulysses endormi, la tête nichée contre son épaule. Il dépose un baiser sur son front avant de se laisser à son tour glisser dans le sommeil.