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Le labyrinthe du désir
Heurt

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Ce texte participe à l'activité : Écrire à travers les personnes

Dans l'ascenseur étroit de l’hôtel Concorde, leurs hanches se touchent. Le frottement du denim contre le lin se transmet à leurs peaux. Ulysses plaque soudain Ouranos contre la paroi. « L’an dernier, tu ondulais comme une déité en transe. » Ouranos ferme les yeux : la chaleur du feu sur son torse nu, l’herbe sous ses pieds, il se souvient. « Montre-moi cette photo. » Ulysses déglutit. « Seulement si tu m'embrasses. » Leurs bouches s’aimantent. Relents de whisky et de tabac froid. La porte de l'ascenseur s'ouvre sur un couloir désert. Ils restent collés. La porte de l’ascenseur se referme. La lumière disparaît. La fusion se poursuit. Soudain, une secousse. L’ascenseur amorce une descente. Ouranos reboutonne hâtivement sa chemise. La porte s’ouvre sur le rez-de-chaussée. Un couple entre dans la cage, souriant, surpris que les deux hommes n’en sortent pas, mais apparemment peu gênés par le bouquet masculin qui flotte dans cette boîte tout juste adaptée à conduire quatre personnes aux étages. Depuis le deuxième jusqu’au troisième – et dernier – étage, les deux amants, enfin seuls, se collent de nouveau l’un à l’autre. La porte s’ouvre enfin. Ils s’arrachent de la boîte chromée. « La photo... » Ulysses prend la main d’Ouranos : « Viens. » Le couloir, interminable, se déploie, entre le désir de la photo et la photo qui déclencha le désir. La porte, enfin, qui s’ouvre dans un déclic sous l’effet d’une carte électronique. La chambre sent le cèdre de Virginie soutenu par un bouquet chypré. Ouranos voit une photo sur la table de nuit. Un danseur. Un brasier en arrière-plan. Il reconnaît la scène, c’est bien lui. « Près de toi. » Il approche sa main du papier glacé. Ulysses lui enserre la taille. « Je la regarde chaque matin, cette prière païenne. » Sa bouche trouve la naissance du cou d'Ouranos. Près du canapé, le Lagavulin attendra. Ulysses défait lentement les boutons de la chemise d'Ouranos. Ses doigts suivent la courbe du torse, s’arrêtent sur le plexus. « Ton cœur bat comme le tambour des Corybantes ». Ouranos saisit les poignets d'Ulysses et pivote. « Arrête. » - « Pourquoi ? » Les yeux bleu-acier le transpercent. « Parce que si tu continues … » Ouranos guide la main d'Ulysses sous la ceinture, « … je vais déclencher le chaos. » Ulysses rit. Un rire téméraire. « Promis ? » Leurs bouches se cherchent à nouveau, impatientes. Le goût du sel et de la tourbe se mêlent. Dehors, le mistral se réveille. Ils ne l'entendent pas. Ulysses écarte le lin, ses lèvres suivent les lettres grecques tatouées sur le bras d'Ouranos :

ΔΙΩΝΥΣΟΣ

« Cette magie du chaos … elle transforme les souvenirs en appétit ? » Il glisse la main sous la ceinture. Ouranos arque le dos. Il ronronne quand les doigts d'Ulysses rencontrent la chaleur de son entrejambe. « Arrête les théories …  » Avec la brutalité du mâle en rut, Ouranos abat sa main sur le crâne d’Ulysses. « Tu veux le chaos, alors fais ! » Ulysses obéit, dégrafe la braguette d'un geste vif, glisse le pantalon de lin et le slip aux chevilles. Sa bouche enveloppe la chair turgescente. La chaleur humide, le mouvement de la langue – Ouranos se cambre, les doigts serrés sur les épaules musclées du photographe. Il voit des étoiles. Pas celles de son tarot. Un effluve de whisky tourbé se mêle à ceux – musqués – de leur étreinte. Rémanence du verre vide posé sur la table de nuit. « Ton chaos... il coule comme du miel chaud. » Ouranos ronronne. Ulysses se défait de son hoody en reculant vers le sofa. Les chevilles entravées, Ouranos trébuche. Ils s’y affalent. Plaqué contre les coussins, Ouranos ôte ses chaussures, libère ses chevilles. Ulysses va et vient contre le ventre du psychologue : « Touche ! » Ouranos prend la chair brûlante et raide, attrape les testicules lisses comme des galets chauffés au soleil de Provence. Rasés ! Il serre. Du velours contre de l'acier. Immergé dans les yeux d’Ouranos, l’Américain retient une plainte, comme si des lames s’enfonçaient dans son ventre. Ouranos voit ses masséters vibrer, pousse un juron, desserre les doigts. Du liquide perle. Ils se frottent, mêlent leurs fluides. Ulysses saisit les deux membres d'une main. Friction parfaite. Le lin et le denim sont des souvenirs lointains. Ce tremblement dans les cuisses. La vague submerge Ouranos. Il vient, inonde leurs ventres. Ulysses se libère en rugissant. Leurs corps collent. Poisseux. Triomphants. Dehors, le mistral hurle contre les vitres. Ils rient, essoufflés. Le Lagavulin attend toujours. Il aura le goût du plaisir.

Ulysses effleure les traces blanches sur leur peau. Ses doigts tremblent légèrement. « Ton nectar ... sel et iode ; tu portes l’océan dans ta chair, Doc ? » Sa langue capture quelques gouttes oubliées au creux du nombril. Il passe la main dans l'entrejambe moite d'Ouranos qui lui saisit le poignet. « Arrête ! » — « Pourquoi ? » — « Parce que ta raideur mérite un hommage. » Ulysses ricane, libérant sa braguette. Son membre surgit tout entier comme un diable hors de sa boîte. « Alors vénère. » Ulysses défait tout ce qui lui reste. Nu, il se cale dans le divan, jambes écartées. « Viens. » Ouranos bascule sur ses genoux, offre sa bouche, sa dévotion.

Publié le 02/01/2026 / 42 lectures